S'il faut être un invité du " Mister Ancelotti " pour avoir l'infime honneur d'assister à un galop d'entraînement du Naples de Dries Mertens, il faut surtout voir Castel Volturno. Du nom de cette station balnéaire fantôme située à 50 kilomètres au nord de Naples et devenue royaume de la prostitution, de la drogue et du trafic de migrants. L'impression de bout du monde qui l'accompagne est réelle. On ne s'aventure d'ailleurs pas ici autrement qu'en taxi et rien ne colle globalement avec l'image que l'on se fait de l'environnement ultra sélect d'un grand club européen. Pas plus le centre d'entraînement désuet aux pelouses jaunies par le soleil que la dégaine de Carlo Ancelotti elle-même.
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S'il faut être un invité du " Mister Ancelotti " pour avoir l'infime honneur d'assister à un galop d'entraînement du Naples de Dries Mertens, il faut surtout voir Castel Volturno. Du nom de cette station balnéaire fantôme située à 50 kilomètres au nord de Naples et devenue royaume de la prostitution, de la drogue et du trafic de migrants. L'impression de bout du monde qui l'accompagne est réelle. On ne s'aventure d'ailleurs pas ici autrement qu'en taxi et rien ne colle globalement avec l'image que l'on se fait de l'environnement ultra sélect d'un grand club européen. Pas plus le centre d'entraînement désuet aux pelouses jaunies par le soleil que la dégaine de Carlo Ancelotti elle-même. Sexagénaire accompli, le coach italien le plus respecté de sa génération a troqué ce jour-là l'habituel costard pour le complet d'entraînement en lycra et la casquette assortie. Naples est définitivement un club à part. Une institution encore largement influencée par les barons de la mafia locale et perdue dans un XXIe siècle qui ne lui ressemble pas vraiment. Ici, on vous sert d'ailleurs encore avec fierté " le café de Maradona ". Un concentré ultra serré de sucres et de caféine. Quelque chose d'imbuvable, mais chargé de souvenirs. Un peu plus de six ans après son arrivée à l'ombre du Vésuve, Dries Mertens ne nous avait évidemment pas attendus pour se forger les siens. Rencontre. Dries, tout le monde t'appelle ici " Ciro ", un prénom typiquement napolitain, qui rappelle qu'ici aussi, tu jouis d'une importante cote de popularité. Cela te vexe, si on te dit que tu es un joueur grand public ? Le chouchou d'une majorité, pas forcément des spécialistes... Dries Mertens : Non, parce que je crois que c'est peut-être lié à mon style de jeu. Sur le terrain, je vais vite. Je percute, je tente, je centre, les gens voient que je ne calcule pas mes efforts. Mais si j'aime bien jouer comme ça, d'une manière assez directe, c'est aussi parce que je sais que le public aime ça. Mais cela va dans les deux sens parce qu'il ne faut pas oublier qu'il y a le rendement qui va de pair. Et je ne crois pas que ça puisse déteindre sur mes performances. Je ne sais pas si les spécialistes me portent dans leur coeur ou non. Ce qui m'importe, c'est d'être dans celui de mes équipiers et de mon entraîneur. Les spécialistes sont là pour comparer. Eux préfèrent donc sans doute le génie d'un Kevin De Bruyne, par exemple. Le public, lui, ne compare pas. Mais, je vous rassure, moi aussi je préfère Kevin De Bruyne (rires). Concrètement, ce fanatisme dont tu jouis en Belgique et à Naples, tu penses que c'est plus lié à ta belle gueule ou à ton style de jeu ? Mertens : Aucun des deux, je crois surtout que les gens m'aiment bien parce que je leur ressemble. Je le pense sincèrement. Par exemple, quand je suis arrivé à Naples, j'ai appris l'italien, ça m'a permis de me fondre directement dans la culture locale. Je n'ai jamais cherché à être quelqu'un d'autre. Et puis, sur le terrain, comme en dehors, les gens peuvent voir que je m'amuse. Je vis et je vis bien. Je suis content de ce qui m'arrive. Il faut croire qu'on aime bien les gens heureux. Est-ce qu'on est dans le vrai si on dit qu'il y a deux Dries Mertens ? Le charmeur qu'on retrouve face caméra et celui qui pousse, par exemple, Gary Cahill contre Joe Hart à Wembley en 2012 ? Mertens : Non, c'est moi aussi, mais dans ma version sanguine. Le problème, c'est que quelquefois sur un terrain, il m'arrive de faire des trucs dont je suis terriblement gêné après coup. Tout ça parce que je suis réellement obsédé par la gagne. Mais pour revenir à Cahill, je l'ai recroisé quelques années plus tard dans un restaurant tout à fait par hasard. C'est un geste que j'ai beaucoup regretté parce qu'il a quand même loupé l'Euro 2012 à cause de moi, donc j'étais content de le revoir pour m'excuser. Depuis, tu es devenu un taulier chez les Diables et l'un des meilleurs à ton poste en Italie. Tu te pinces parfois pour réaliser ? Mertens : Plus aujourd'hui. Jusqu'il y a quelques années oui, cela m'arrivait. Là, j'arrive à un stade de ma carrière où je suis plus dans le confort. Je profite de ce qui m'arrive. Je me dis qu'après tout, je l'ai peut-être mérité. Il n'y a pas d'arrogance dans ce que je vais dire, mais je suis habitué à ma réussite maintenant. Il y a 12 ans, en 2007, tu étais transféré pour 46.000 euros de Gand à Apeldoorn en D2 néerlandaise après avoir transité par Alost en D3. Le fait d'avoir dû ramer pour réussir, c'est devenu une fierté avec le temps ? Mertens : Parfois, je vois des gamins de 19 ans dans le vestiaire chez nous. Ils jouent en Serie A, ils mènent déjà la grande vie. Dans ma tête, je me dis qu'il sont peut-être partis pour faire une carrière longue de 20 ans. Si je dois vous dire la vérité, je ne les envie pas. Je suis tellement content d'avoir pu profiter de la vie jusqu'à 25 ans. De jouer un match par semaine, sans pression. Pour le plaisir. Je sais que ce n'est pas très dans l'air du temps et que nous, les footballeurs, on n'a pas trop le droit de se plaindre parce qu'on gagne bien notre vie, mais je vais vous dire une chose : le haut niveau, c'est usant ! Je ne me plains pas de ma réussite actuelle, mais je n'aurais pas voulu que ça dure 15 ans et je serai content quand cela s'arrêtera. En attendant, l'avantage, c'est que j'ai 32 ans et que je ne suis pas encore usé. Justement, tu as eu 32 ans en mai. À ce stade, on a encore l'impression que les années n'ont pas de prise sur toi. Mais toi, tu le sens, on imagine, que tu ne récupères plus de la même manière ? Que tu perds aussi peu à peu ton explosivité ? Mertens : Non, pas du tout. Je me sens même plus fort qu'il y a 5 ou 6 ans. Je crois que c'est lié à l'enchaînement des matchs. Ici, les trois premières saisons, je n'étais pas vraiment titulaire. Avec Benitez, je ne jouais pas toujours. Avec Sarri non plus la première saison. Or, depuis que je joue tout et tout le temps, je me sens mieux. Pourtant, les physios disent que mes tests ne sont plus aussi bons, mais bon, ils doivent se tromper (rires). Le fait que tu as dû attendre tes 30 ans et ta quatrième saison à Naples pour devenir un titulaire à part entière, tu considères cela comme une injustice eu égard à tes performances lors de tes premières années ici ? Mertens : Je n'aime pas parler d'injustice. Je suis content de l'éducation que j'ai eue et qui m'a permis aussi d'avoir cette patience. Mon seul regret, c'est quand je me demande ce qui se serait passé si j'avais toujours tout joué titulaire dans ma carrière ? Qui sait, peut-être que j'aurais inscrit le double de buts ? En décembre 2016, dans la foulée de la décision de Sarri de faire de toi son numéro 9 suite au départ de Higuain puis à la blessure de Milik, tu plantes un triplé suivi, la semaine suivante d'un quadruplé. Cette saison-là, tu planteras finalement 38 buts toutes compétitions confondues. Tu as vu le regard des gens changer à partir de ce moment-là ? Mertens : J'étais surtout moins frustré. Avant ça, j'avais beaucoup parlé avec Sarri pendant les nombreux mois où je ne jouais pas. Sa première saison à Naples, il ne m'a fait commencer que 6 matchs comme titulaire. Il me rendait fou parce que chaque semaine, il m'appelait dans son bureau pour m'expliquer, en gros, qu'il était désolé, mais que cette fois-ci encore j'allais devoir débuter sur le banc. Je me suis souvent fâché. Honnêtement, j'ai parfois eu envie de me battre avec lui. Et, souvent, il me demandait de le comprendre. Il me disait qu'il espérait qu'un jour je devienne entraîneur et que je puisse alors saisir l'intérêt d'avoir un joueur comme moi sur le banc. Je lui demandais pourquoi, il me répondait qu'il n'y avait personne qui pouvait rentrer comme moi. Que j'étais unique dans ce rôle-là. Je l'ai souvent menacé d'un jour faire exprès de mal rentrer... Et tu l'as fait ? Mertens : Une fois, j'ai essayé. Je me souviens, c'était un match à la Sampdoria. Je m'étais vraiment dit que j'allais faire exprès d'être mauvais. Parce que j'étais fâché. Mais Sarri me connaissait trop bien, il savait que j'étais incapable de faire ça plus de cinq minutes. Et il avait raison. Après trois touches de balles, j'en avais marre et je me donnais à fond. Depuis, tu as enchaîné trois saisons à minimum 20 buts toutes compétitions confondues et celle-ci repart déjà sur les mêmes bases. Aujourd'hui, tu es l'homme qui tire les penalties importants à la 80e minute contre le champion d'Europe en titre. A part le statut, qu'est ce qui a vraiment changé chez toi ? Mertens : Le fait que je joue chaque match principalement (rires). Peut-être le regard des autres aussi, c'est vrai, mais cela ne fait pas de facto de moi un leader. (Il réfléchit quelques secondes). En fait, je crois que je n'ai jamais revendiqué ce rôle. Je ne me vois pas dans la peau d'un capitaine (long silence). Je ne sais pas pourquoi. Je n'ai jamais eu besoin de ça. Avant le dernier Mondial, tu étais l'un des moins optimistes sur les chances réelles de la Belgique. Et tu reprenais souvent ce match contre l'Espagne perdu 2-0 en amical en septembre 2016, le premier de l'ère Roberto Martinez, comme révélateur du niveau réel de l'équipe et de l'écart entre la Belgique et les meilleures nations. Tu es plus confiant à 8 mois de l'Euro ? Mertens : Oui parce qu'on a énormément progressé en tant qu'équipe ces dernières années. Et qu'individuellement aussi, on est tous beaucoup plus forts qu'il y a 3 ans contre l'Espagne. Les autres nous respectent beaucoup plus aussi et cela, ça peut changer la physionomie d'une rencontre, d'un tournoi. On arrivera à l'Euro pour le gagner. L'EURO, ce sera ta dernière grande compétition avec les Diables ? Mertens : Non, pourquoi ? Parce que tu as 32 ans et que cela semble être la mode d'arrêter en sélection avant sa carrière en club. Defour, Fellaini et officieusement Dembélé l'ont fait. Même Lukaku a déjà laissé entendre qu'il pourrait arrêter les Diables après l'EURO... Mertens : Oui, mais Romelu, il ne faut pas toujours écouter ce qu'il raconte (il éclate de rire). Je l'adore, je trouve ça tellement génial ce qu'il fait à l'Inter depuis quelques semaines. Et je l'ai encore appelé il y a deux jours pour le féliciter d'une interview magnifique qu'il a donnée en italien alors qu'il vient d'arriver. Mais je pense que même Romelu, il doit parfois relire ses interviews et se demander pourquoi il a dit telle ou telle chose. En tout cas, moi, je ne conçois pas d'arrêter de mon plein gré l'équipe nationale. Un jour on ne m'appellera plus et ce sera fini, mais d'ici là vous pouvez compter sur moi. Tu as essayé de convaincre Marouane Fellaini de continuer après le Mondial ? Mertens : Vous savez, on est tous différents. Marouane, il avait fait un choix. Il voulait aller en Chine et arrêter, il faut le respecter. Et puis, entre-temps, il y a d'autres joueurs qui se sont imposés à sa place. Je pense évidemment à Tielemans qui fait ça très bien. Après, c'est vrai que Marouane a quelque chose d'unique. Surtout sur un tournoi. Et puis, il ne parlait pas beaucoup, mais il me faisait rire. Il va me manquer à l'EURO. D'autres petits nouveaux ont récemment faire leur apparition dans le groupe. On pense évidemment à Yari Verschaeren et Leandro Trossard en priorité. Ça doit te faire tout drôle de les accueillir dans la peau de l'ancien ? Mertens : Vous vous imaginez que j'ai presque le double de l'âge du petit Yari ? Le pauvre, ça veut dire qu'il a encore 20 ans de carrière devant lui (rires). Oui, parfois, je pense comme ça. Clairement, je serai content de raccrocher. De voyager, de découvrir le monde. Je n'ai pas d'enfant, moi, c'est aussi pour ça. Et parce que je n'ai pas trop envie de perdre ma jeunesse... Mais revenons au petit d'Anderlecht ! Il est fort lui, il m'a vraiment impressionné. Je lui ai dit après son entrée contre l'Écosse que j'espérais que ce serait pour lui le début d'une grande carrière internationale. C'est un bon, il va écouter, apprendre. Mais Nacer m'avait dit que c'était un crack. La preuve, c'est que le Yari, il est arrivé et il a tout de suite joué son jeu. À l'entraînement, puis en match. Avec respect, mais confiance. Moi, j'étais plus en retrait, j'osais moins. Dans sa manière d'être et par sa timidité avec le groupe, Trossard me rappelle moi à mes débuts. En fin de carrière, on commence souvent gentiment à penser à la place qu'on laissera dans l'histoire de son sport. Tu n'es plus qu'à 7 réalisations du record du nombre de buts inscrits par un joueur de Naples, propriété aujourd'hui de Marek Hamsik (121 buts) devant Diego Maradona (115). C'est un objectif ? Mertens : Je vous mentirais si je vous disais l'inverse. Je pense que quand tu es si près de faire quelque chose comme ça, tu en as forcément envie. Mais un scudetto ce serait évidemment le rêve absolu. De toute façon, je me doute que l'un n'ira pas sans l'autre. Et puis, je sais aussi que je suis à 87 sélections avec les Diables. Ça me plairait bien d'aller jusque 100. C'est important même pour moi. Ce n'est pas rien de jouer 100 sélections pour son pays quand même...