"Par beau temps, on peut apercevoir l'Angleterre ", nous assène Didier Gras, l'attaché de presse de l'Union Sportive de Boulogne Côte d'Opale (USBCO). Actif dans le secteur de la publicité, il fait tourner un bureau avec quelques collaborateurs au bout d'une zone industrielle, un rien en-dehors de la ville. Le vent fait déferler les vagues au-dessus des murs qui doivent protéger le port et la plage de Boulogne. Celui qui travaille ici ne peut que nourrir le plus profond respect pour les forces de la nature.
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"Par beau temps, on peut apercevoir l'Angleterre ", nous assène Didier Gras, l'attaché de presse de l'Union Sportive de Boulogne Côte d'Opale (USBCO). Actif dans le secteur de la publicité, il fait tourner un bureau avec quelques collaborateurs au bout d'une zone industrielle, un rien en-dehors de la ville. Le vent fait déferler les vagues au-dessus des murs qui doivent protéger le port et la plage de Boulogne. Celui qui travaille ici ne peut que nourrir le plus profond respect pour les forces de la nature. Quelques heures plus tôt, en ville, nous avons été impressionnés par la force de l'homme. Boulogne-sur-Mer tente tant bien que mal de muer son petit stade en temple du foot, apte à recevoir les grands de la Ligue 1. Nous avons ri de Tubize la saison passée mais c'était un cinq étoiles comparé au stade de ce club. Le complexe a pourtant un certain charme : proche de la vielle ville, il offre de beaux panoramas par beau temps. Une caméra derrière le but peut filmer, dans le prolongement du terrain, les tours de la cathédrale et, derrière, vers l'ouest, le soleil qui se couche dans la mer. Ici, c'est un peu l'histoire d'un club qui tentait de mériter ses galons dans les divisions inférieures, il y a peu. La CFA correspond à notre Promotion. Quelques centaines de personnes dans la tribune, une bière avant et après, tout le monde était content. Le parcours en Coupe de Calais, un club voisin, offrait une diversion bienvenue. Il a vécu une formidable année 2000, atteignant la finale de la Coupe de France. N'ayant pas de stade, il disputait ses matches à domicile à Boulogne-sur-Mer. Et l'USBCO ? Anonyme. Jusqu'à ce que le président Jacques Wattez embauche Philippe Montanier au poste d'entraîneur, en 2004. Gardien, il a porté le maillot de Caen puis de Toulouse. C'est un coup magistral. Montanier est champion en CFA puis, deux ans plus tard, en Ligue 2. La montée est assortie de problèmes car la sévère commission des licences interdit d'abord au club d'embaucher des joueurs professionnels, le budget n'étant pas suffisant. En appel, l'USBCO peut monter. Elle assure son maintien lors de la dernière journée, en vainquant Niort 1-0. Montanier est un pro. Durant la deuxième saison en D2, il forme une véritable équipe, soudée, sans budget ni vedettes. La formation est dans le top dix, parfois dans le top cinq pendant un an. Tout le monde s'attend à ce qu'elle craque mais elle résiste. Mieux : elle s'impose à deux reprises face à Lens, le rival de la région, et le 29 mai, bat Amiens 4-0. Les rêves les plus fous sont devenus réalité : l'équipe est promue en Ligue 1, pour la première fois de son histoire. Jean-Claude Allan vend les abonnements, dans un local préfabriqué à l'entrée du Stade de la Libération. Il est bénévole et débordé. Il est assisté d' Henri, qui est lié avec la fille du président..., et pour lequel c'est un travail d'étudiant. Allan : " Dommage que Montanier soit parti. Chez le concurrent, en plus : Valenciennes. " Il est fier de son équipe, dont le noyau reprend deux jeunes de la ville. De vrais Boulons, comme on dit ici ; Boulonnais en bon français. Damien Marcq est particulièrement apprécié. C'est un défenseur talentueux, international Junior. " Après FranckRibéry, c'est sans doute notre plus grand talent. " Jean-Pierre Papin est également Boulonnais mais il est moins apprécié. Ses parents ont rapidement divorcé et JPP a suivi sa mère, à Jeumont puis à Valenciennes. Allan : " C'est fantastique pour notre communauté. La fête du poisson mi-juillet c'est déjà un spectacle mais ceci... Recevoir le PSG, Marseille, Bordeaux... Que sera-ce... En France, tout le monde parle de Boulogne-sur-Mer. Même en Belgique ! " Il éclate de rire. Le club et la Ville collaborent étroitement car l'image de la région a besoin d'être polie. Boulogne-sur-Mer vit essentiellement de la pêche, qui traverse des temps difficiles. Les quotas imposés par l'Europe créent des remous. Grèves, blocages du port, protestations. Les gens sont fâchés, ils sortent les couteaux pour défendre leur gagne-pain. Il y a encore 120 bateaux et 500 pêcheurs environ, dont l'existence est menacée. Comme la fête du poisson, les manifestations contre les nouveaux quotas sont devenues une tradition en avril. En quinze ans, la France est passée de 190.000 à 9.000 tonnes, rien que pour le cabillaud. La population envie l'industrie norvégienne de la pêche : elle ne fait pas partie de l'Union européenne et n'est pas soumise à des restrictions. Les mécontents sont capables de tout. Donc, en avril dernier, les ports ont été bloqués, à Boulogne mais aussi à Calais et à Dunkerque, le deuxième port hexagonal après Marseille. Une réussite comme celle du club de football fait donc du bien au moral. Allan constate que le football du Nord marche bien. Il est représenté par quatre clubs au sein de l'élite : Lens, Valenciennes, Lille et Boulogne-sur Mer. La vague Ch'ti, titrent les Français. Allan s'énerve : " Nous ne sommes pas des Ch'tis ! On parle toujours du Nord/Pas-de-Calais mais il y a d'énormes différences régionales. " Qu'est donc un Boulonnais selon lui ? Allan : " Un homme tranquille, un peu entêté. Il n'a pas la mentalité d'un Ch'ti. Nous sommes au nord de la France mais dans un autre nord. Il y a déjà l'accent. D'autres expressions, aussi. Et puis l'abus d'alcool... C'est une caricature : les frites et la boisson. Cela me fâche car on nous met tous dans le même sac. Nos supporters sont des travailleurs, des ouvriers, c'est exact. C'est pour cela que nos abonnements sont bon marché. Le plus avantageux coûte 60 euros, en place debout non couverte. Pour ce prix-là, on peut voir 19 matches : c'est donné. "Il nous envoie à La Waroquerie, le complexe d'entraînement, qui est aussi le siège administratif du club. La pente est raide depuis le centre-ville mais cela en vaut la peine. Derrière nous, la mer. L'équipe fanion est sous la direction de Laurent Guyot, le successeur de Montanier. Il effectue ses débuts parmi l'élite et vient de l'institut de formation de Nantes, ce qui illustre la philosophie du club. Le noyau ne compte pas de nom, il est composé majoritairement de Français, complété par quelques Africains. Nous n'avons pas de chance, l'entraînement est postposé et se déroule ailleurs. La Waroquerie est aussi en chantier. En prévision des rudes hivers, on pose un terrain synthétique. Les terrains en herbe fraîchement semés doivent être ménagés et on construit aussi un centre de mise en forme. Didier Gras s'occupe de la mise au point des relations publiques. Les ambitions du club sont limitées : " Assurer le maintien serait comme de gagner la Coupe de France. C'est un fameux défi. Le nouvel entraîneur est modeste. Il s'occupe du court terme. Chaque match sera énorme. Il veut donc préparer l'équipe physiquement, pour qu'elle résiste à un championnat long et pénible. Nous avions une bonne équipe en Ligue 2. Quand nous passons toute la saison en revue, nous constatons que l'équipe n'a jamais été plus loin que la huitième place et a généralement occupé la quatrième. Notre promotion ne constitue donc pas une surprise totale. " Gras estime que l'équipe peut afficher plus d'assurance : " Pourquoi serions-nous inférieurs à Guingamp, Auxerre ou Lorient ? Boulogne n'a rien à envier à ces villes. Nous ne sommes pas la plus petite Cité de Ligue 1. Nous avons certes le budget le plus modeste mais 20 millions, ce n'est quand même pas rien. "Il ne veut pas d'histoire triste. Boulogne revit. Un ferry réopère la jonction avec l'Angleterre. Il fait partie d'une compagnie du groupe Louis-Dreyfus. Gras: " Le tunnel sous la Manche a absorbé beaucoup de trafic, de même que le port de Calais mais le Boulonnais est habitué aux défis. " La mer fournit du poisson, pas de supporters. C'est l'inconvénient d'une équipe côtière. Gras éclate de rire : " Et nous ne pouvons pas compter sur les Anglais malgré le ferry. C'est un handicap mais d'autre part, entre Dunkerque et Boulogne, on recense environ 600.000 personnes. C'est largement assez pour remplir un stade. L'essentiel est d'attirer l'attention. Il faut un esprit de solidarité avec les gens de la mer... Nous pâtissons des quotas, nous ne pouvons le cacher. Notre club peut peut-être contribuer au dialogue entre Paris ou Bruxelles et la Ville. Notre président parle la langue des marins. Ils peuvent être durs quand il s'agit de défendre leurs intérêts car ils n'ont rien ! La France est un pays agricole. La terre se transmet de génération en génération, elle a de la valeur. Un marin pêcheur ne possède rien : il prend la mer tous les jours... ""Ne nous mettez pas dans le même sac que les Ch'tis."