Pour obtenir des révélations croustillantes, il ne faut pas compter sur lui. Lukas Podolski dit qu'il est payé pour jouer au football. Pas pour parler. Il se nourrit volontiers à la source de la simplicité. Lorsqu'un journaliste lui a demandé quel est le principal désavantage de sa célébrité, Podolski n'a pas hésité longtemps à donner sa réponse : " Je ne peux plus me promener longtemps dans le centre-ville sans être reconnu et accosté ". Et lorsque le plumitif insiste pour connaître le nom du lieu où l'attaquant passe alors son temps libre, Podolski répond avec une honnêteté désarmante : " Je vais quand même dans le centre ", lâche-t-il sur le ton de la plaisanterie.
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Pour obtenir des révélations croustillantes, il ne faut pas compter sur lui. Lukas Podolski dit qu'il est payé pour jouer au football. Pas pour parler. Il se nourrit volontiers à la source de la simplicité. Lorsqu'un journaliste lui a demandé quel est le principal désavantage de sa célébrité, Podolski n'a pas hésité longtemps à donner sa réponse : " Je ne peux plus me promener longtemps dans le centre-ville sans être reconnu et accosté ". Et lorsque le plumitif insiste pour connaître le nom du lieu où l'attaquant passe alors son temps libre, Podolski répond avec une honnêteté désarmante : " Je vais quand même dans le centre ", lâche-t-il sur le ton de la plaisanterie. Podolski se meut désormais dans un monde étincelant. Avant le début de la Coupe du Monde, on affirmait encore que l'attaquant du FC Cologne manquait de mouvement. Même le sélectionneur Jürgen Klinsmann lui reprocha plusieurs fois son jeu statique. Podolski a débuté son tournoi de manière laborieuse mais en bon élève, il a écouté et s'est appliqué. En huitièmes de finale contre la Suède, il a explosé en plantant deux buts. Et ce dans l'Allianz Arena de Münich où il sera appelé la saison prochaine à dynamiter la ligne offensive pour le Bayern. Les deux réalisations tombèrent à chaque fois sur un assist de Miroslav Klose. C'était une sorte de co-production. Et ce n'est pas pour rien également que les deux avants de la sélection allemande se retrouvent à la base de 70 % de la concrétisation de leur formation avant la demi-finale contre l'Italie : huit buts sur 11. Podolski a eu 21 ans le 4 juin dernier et Klose 28 cinq jours plus tard ! Ils marquent aussi facilement l'un que l'autre mais n'ont pas que ça en commun. Comme Klose, Podolski a passé sa prime jeunesse en Pologne et comme lui, sa mère a évolué pour l'équipe nationale polonaise de handball. Mais la comparaison s'arrête là. Tandis que Klose est rentré dans son tournoi avec davantage de flair et d'assurance, sans pour autant tomber dans l'arrogance, Podolski est resté en retrait, réservé voire même un peu gêné d'être là. Pourtant, il représente un peu le modèle de la nouvelle Allemagne : jeune, vibrante mais également particulièrement brillante. Podolski n'a pas encore connu dans sa carrière de gros revers. Il a déménagé à deux ans avec ses parents et a atterri à Bergheim, dans la banlieue de Cologne. Le football a facilité son intégration : " Quand je jouais en rue, j'étais toujours choisi en premier dans l'équipe ". C'est pour cette raison qu'il a rejoint les équipes de jeunes de Cologne, débutant à 18 ans en équipe Première. Un an plus tard, il faisait son entrée en équipe nationale. Une carrière éclair. Sur la route du succès, Klose a rencontré davantage d'obstacles. Arrivé à huit ans en Allemagne, il séjourna, avec ses parents et sa s£ur, un temps dans un centre d'accueil pour immigrés : " Il n'y avait qu'une seule toilette et nous pouvions à peine bouger ". Un véritable cauchemar. Klose arriva à Kusel, un petit village du Palatinat en connaissant seulement deux mots d'allemand : Ja et Danke. Alors qu'il débuta ses études en quatrième primaire, on le rétrograda une semaine plus tard en deuxième. Klose pratiqua son sport dans la grisaille de l'amateurisme et n'explosa véritablement que la saison passée au Werder Brême, à 27 ans, bien qu'il s'était déjà illustré durant la dernière Coupe du Monde. Malgré une saison émaillée de blessures, il devint meilleur buteur en inscrivant 25 buts en 26 rencontres. Les différences de style sont grandes entre les deux attaquants. Podolski se laisse guider par son instinct, a une conduite de balle subtile, sent quand il doit jaillir dans la surface de réparation et possède une bonne frappe. Klose est plus raisonné, agressif et a réussi à marquer des deux pieds grâce à un entraînement intensif et individuel. Il apprécie les exercices de fitness et est constamment à l'écoute de son corps. Cela en dit beaucoup sur son attitude et sa mentalité. Il essaie de comprendre également le jeu de ses adversaires en Bundesliga. Davantage que Podolski, Klose est le pilier de l'attaque. Pour la Coupe du Monde, il a fait remarquer à son jeune équipier qu'il devait adapter son jeu et que la situation en équipe nationale était différente par rapport à celle du FC Cologne où tout le dispositif tourne autour de lui. Par la suite, il s'est profilé comme un grand frère. Car, depuis qu'il est devenu père de jumeaux, il appris, comme il le dit lui-même ce qu'être responsable signifie et c'est pour cette raison qu'il a pris Podolski sous son aile, le guidant et veillant sans cesse sur lui comme un éducateur. Klose, malgré ses débuts étincelants contre le Costa Rica en ouverture de tournoi et sa forme ascendante, n'est pas tombé dans l'égocentrisme. Même après l'intérêt croissant des clubs étrangers. Au début de la saison encore, Klose culpabilisait après chaque défaite. Son entraîneur, Thomas Schaaf, a éprouvé beaucoup de difficulté à changer cet état de fait. Et durant la Coupe du Monde, Klose préfère toujours évoquer l'évolution de Podolski que la sienne. Klose connaît ses qualités et ses faiblesses et sait qu'il a besoin de confiance pour être à son niveau optimal. Il a besoin de se sentir à l'aise dans le cocon du Werder Brême et c'est pour cette raison qu'il a fait le tri dans les clubs intéressés pour finalement ne retenir que trois ou quatre clubs potentiels. En dehors de ces clubs, il préfère donner la priorité au club de la Weser. Cependant, il y a encore quelques doutes quant à la capacité de Klose de réussir au plus haut niveau. On lui a par exemple longtemps reproché d'avoir inscrit ses cinq buts de la dernière Coupe du Monde uniquement contre des petites formations. On a également affirmé qu'il manquait de potentiel de base suite à son entrée tardive dans le monde du foot professionnel. Et c'est également pour cela que le but inscrit vendredi contre l'Argentine le projette dans une autre dimension même s'il n'a donc pas encore atteint son sommet. Quelle que soit l'issue du tournoi pour le pays organisateur, l'Allemagne sait désormais qu'elle dispose en Klose et Podolski de deux attaquants qui évoluent en harmonie. Que Podolski ait réussi à convertir son penalty avec beaucoup de sang froid lors du thriller contre l'Argentine est une preuve de sa confiance grandissante. Il n'hésite d'ailleurs pas à affirmer être devenu beaucoup plus fort sur le plan tactique suite à ces quelques semaines passées sous la conduite de Klinsmann et qu'il a commencé à réfléchir davantage à tous les aspects qu'implique son métier, grâce aux spécialistes du staff technique invités par le sélectionneur. Comme pour Klose, ce nouveau statut ne va pas changer sa vie. Après la Coupe du Monde, ils iront tous les deux visiter de la famille en Pologne et garderont en souvenir le sourire des citoyens de leur pays d'origine qui savent vivre avec très peu de choses. Il s'agira pour eux d'une leçon d'humilité. JACQUES SYS, ENVOYÉ SPÉCIAL EN ALLEMAGNE