Le panneau indique Richelle à distance de vélo. Juste en face, le Stade de la Cité de l'Oie se remplit timidement. Deux entités occupent l'enceinte. L'URSL Visé et Richelle United, qui n'est autre qu'une section de la commune visétoise. Adversaires du jour, ils se partagent aussi leur formation des jeunes, au sein d'une école au titre très américain de Basse Meuse Football Academy.En ce 1er novembre, les quelques locaux présents assistent donc à un petit derby entre amis.
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Le panneau indique Richelle à distance de vélo. Juste en face, le Stade de la Cité de l'Oie se remplit timidement. Deux entités occupent l'enceinte. L'URSL Visé et Richelle United, qui n'est autre qu'une section de la commune visétoise. Adversaires du jour, ils se partagent aussi leur formation des jeunes, au sein d'une école au titre très américain de Basse Meuse Football Academy.En ce 1er novembre, les quelques locaux présents assistent donc à un petit derby entre amis. Une rencontre impensable il y a peu. Mais avant même la disparition du RCS Visé, fondé en 1924, son ancien président, Guy Thiry, reprend l'URS Lixhe-Lanhaye, entente du coin qui évolue en P4. Il enchaîne quatre montées successives, change de nom et se retrouve ainsi en D3 amateurs. Sur le pré, alors qu'un Richellois simule, un supporter adverse réclame l'entrée de Neymar. Les rires fusent çà et là. Preuve que doucement, chez les Oies, le football revit. 2015, Visé meurt. Les " gars de la Basse-Meuse " viennent de voir passer quatre printemps de grand n'importe quoi, qui se terminent en faillite. En 2011, le RCS joue en D2 quand des investisseurs indonésiens frappent à la porte. Il s'agit du groupe Bakrie, celui d'une des familles les plus puissantes de la République insulaire coincée entre la Malaisie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le conglomérat, qui fait déjà dans l'huile de palme, le charbon ou le caoutchouc, décide de se mettre au ballon rond. Les Bakrie possèdent leur écurie au pays, le Pelita Jaya. Ils jettent leur dévolu sur le Brisbane Roar, en Australie, et le RCS Visé. " Je m'étais dit que c'était la bonne affaire, qu'ils allaient faire progresser le club directement ", rembobine Guy Thiry, chef MR à la commune, dans la foulée du match. D'entrée, les nouveaux proprios multiplient le budget par deux. Il atteint 6,5 millions, quand Charleroi, au même étage à l'époque, n'en compte " que " 6. Si Thiry garde son fauteuil de président, les Indonésiens installent plusieurs représentants, dont deux en particulier. Le premier, Giuseppe Accardi, dit " Beppe ", termine sa modeste carrière de joueur au Pelita Jaya en 96, un an après le passage de Roger Milla. Le second, Carlos Molinaro, est gestionnaire des finances. L'Uruguayen, qui s'occupe aussi du centre de formation du groupe Bakrie dans son pays, devient " directeur financier ". Le troisième, Roberto Regis Milano s'occupe quant à lui des affaires européennes du groupe Bakrie et devient le directeur du club. Le projet est simple : mettre en valeur des talents indonésiens. Au jour le jour, ils sont suivis par une chaîne de télé, détenue par Bakrie, dont les audiences explosent facilement tous les standards belges. " Il y avait une émission hebdomadaire d'une demi-heure, sur leur parcours ici ", poursuit Thiry, regard dans sa mousse, sans pression. " Quand ils ont repris le club, ça a fait l'ouverture du JT là-bas, devant plus de 40 millions de téléspectateurs. " Pour rallier la Province de Liège, le propriétaire officiel, Aga Bakrie, se déplace en famille dans un Boeing 737 aménagé, full options. Cuisine, chambres et salles de bain comprises. Pour emballer le tout, il rameute également 25 journalistes dans un avion affrété par ses soins. En clair, Visé entre dans un autre monde. " On avait reçu des costumes, on faisait des mises au vert, on allait à l'hôtel... Je n'avais jamais connu ça avant. Au début, on vivait vraiment comme un club de D1 ", assure Marin Lacroix, au RCSV de 2011 à 2014, revenu dans la Cité de l'Oie l'an dernier. En 2013, ils effectuent un stage à Andalo, en Italie, où ils affrontent notamment la réserve du Bayern. Accardi se charge de choisir la préparation physique de ses joueurs. Ça sera celle de la Juve et rien d'autre. " Depuis que je joue au foot, je n'ai jamais eu une préparation aussi dure de toute ma vie ", souffle Fayçal Rherras, aujourd'hui à Malines. Sauf qu'Aga n'est jamais là et en sous-marin, Beppe Accardi officie comme agent. Sur l'ensemble de la saison, une vingtaine d'étrangers débarquent, parmi lesquels sept Indonésiens, trois Uruguayens et dix Italiens, sans compter l'entraîneur. Et les caisses se vident aussi vite que le temps qui file. " Ces représentants italiens étaient très limites. Dans la faillite du club, à mon avis, tout le monde n'a pas perdu ", sourit encore Thiry, qui s'en va après un an et demi de collaboration, et vingt de service à la tête du Cercle. Logiquement, les joueurs voient de moins en moins leurs fiches de paie. En 2014, les actions de Bakrie chutent. Les Indonésiens décident de retirer leurs billes du domaine du sport. Accardi, Molinari et Milano disparaissent. SDD, un mystérieux groupe anglais, s'empare du flambeau. " SDD " reprend les initiales de Michael Scanlan, avocat d'affaires, Steve Davies et Tony Dullers, deux agents, un anglais, un belge. En mars, ils se mettent d'accord avec Bakrie pour recevoir 1,2 million d'euros sur plusieurs tranches afin d'éponger les dettes et conclure la saison, qui les voit descendre en D3. Steve Davies connaît la Belgique pour y avoir placé le Trinidadien Khaleem Hyland à Zulte, en 2008. Hyland vient alors de Jabloteh, équipe de Trinité-et-Tobago, coachée par Terry Fenwick. L'ancienne victime de Diego Maradona au Mondial 86 s'assoit sur le banc des Oies pour l'exercice 2014/2015. Dans ses valises, il amène quatre Trinidadiens, dont l'homonyme d'Elton John. Mais les lendemains visétois grincent des dents. Dans le contrat signé avec Bakrie, rien ne stipule que SDD doit utiliser l'argent reçu pour renflouer les comptes. C'est Fenwick qui l'assure, lorsqu'il vient trouver Sport/Foot Magazine début 2015. " Ça les arrangeait bien. Donc, ils prenaient 3.000 euros par ci, 5.000 euros par là. " Fin octobre 2014, le Tribunal de Commerce de Liège met en faillite la société anonyme qui gère le club, ce qui fait évidemment fuir les Anglais. En janvier, c'est l'ancien international nigérian Sunday Oliseh qui se pointe avec un " projet chinois ". Guy Thiry accepte de gérer la reprise. " Mais je n'ai jamais vu les Chinois. C'est curieux ça, non ? " Les dettes grimpent alors à deux millions. Les joueurs ne sont plus payés, seuls ceux qui désirent rester jouent. Oliseh prend quand même les rênes sportives jusqu'en mai, moment où Visé est relégué, encore. Le 1er juillet 2015, le club est radié. Une radiation qui permet à... Richelle d'être repêché en P1. En cette journée de Toussaint, United s'incline 3-1, face à son frère allié de l'URSL. " On a des ambitions, mais elles sont mesurées ", dit Thiry, qui estime difficile une cinquième montée d'affilée. " On veut prendre notre temps. Il faut surtout savoir bien s'entourer. " Guy a visiblement retenu la leçon... par Nicolas Taiana - photo Belgaimage " On a des ambitions, mais elles sont mesurées. " Guy Thiry