Le Standard est sur la défensive dans son bilan des transferts durant l'été 2010 : échec (médical) total pour Tom De Mul et montagnes russes pour Laurent Ciman, peu utilisé pendant les play-offs. Bilan des joueurs arrivés en janvier dernier : Abdelfattah Boukhriss a dû patienter jusqu'à la finale de la Coupe de Belgique pour décrocher sa première titularisation et mention très bien pour Kanu.
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Le Standard est sur la défensive dans son bilan des transferts durant l'été 2010 : échec (médical) total pour Tom De Mul et montagnes russes pour Laurent Ciman, peu utilisé pendant les play-offs. Bilan des joueurs arrivés en janvier dernier : Abdelfattah Boukhriss a dû patienter jusqu'à la finale de la Coupe de Belgique pour décrocher sa première titularisation et mention très bien pour Kanu. Mais la plus belle réussite, c'est Daniel Opare : 20 ans seulement mais énormément de matches joués. Un arrière fiable qui s'est directement imposé alors que son seul passé en D1 se limitait à une grosse dizaine de matches au Ghana. Et surtout, il n'avait plus mis les studs sur une pelouse de première division depuis 2007. Genèse d'une success story et perspectives. Opare se révèle dès l'âge de 16 ans avec Ashanti Gold, club ghanéen dont l'Ajax Amsterdam est l'actionnaire majoritaire. Et c'est sur la scène internationale qu'il frappe le plus les esprits. Il est élu meilleur défenseur du Mondial des -17 en 2007 avec les Black Starlets. Après ce tournoi, le magazine anglais World Soccer le répertorie dans les 50 jeunes les plus prometteurs du monde. Opare fait un crochet par un club de D3 tunisienne (Sfax Railway Sports), puis le Real Madrid débourse 3 millions d'euros pour ce jeunot. De 2008 à 2010, il doit se contenter de matches avec l'équipe B, mais il est régulièrement appelé aux entraînements des Galactiques. La presse espagnole croit en lui et le surnomme El Cafù negro ( Le Cafù noir), allusion au Brésilien que l'on considère toujours comme l'un des meilleurs backs droits de l'histoire, qui est passé par Saragosse, la Roma et Milan, qui a disputé près de 150 matches avec son équipe nationale et a été champion du monde en 1994 et 2002. Tout au long de cette saison, à chaque fois qu'il a été interviewé, Opare a été confronté à son passé espagnol. Des images fortes de la Maison Blanche, il en a pour la vie : " J'en ai bien profité là-bas. Je me suis entraîné avec des stars comme Cristiano Ronaldo, Kaká et Sergio Ramos, un joueur que j'observais plus que les autres car il joue au poste qui me convient le mieux, celui de back droit. C'est un défenseur à l'africaine, très dur sur l'homme et qui ne se laisse jamais dépasser. Il tuerait son adversaire pour avoir le ballon. Il y en a plein d'autres comme lui, en fait. Les joueurs du Real savent qu'ils font partie d'une toute grande équipe, ils ont une énorme confiance en eux, et si tu te laisses intimider, ils te descendent. J'ai souvent affronté Cristiano Ronaldo : je jouais back droit, il était ailier gauche. Comme j'étais là simplement pour compléter le noyau, on me demandait expressément de ne pas lui faire mal. J'essayais donc de le contrer proprement, mais c'était perdu d'avance. Encore heureux qu'il était fair-play ! Il aurait pu me faire tourner en bourrique mais il n'en a jamais rajouté. " En juin 2010, plusieurs clubs essayent de transférer Daniel. Liverpool, Bursaspor, le PSV, West Ham, Lyon, Wolfsburg, le Club Bruges et le Standard sont intéressés. Les bons contacts entre Lucien D'Onofrio et la direction du Real facilitent les choses. Opare, toujours sous contrat à Madrid jusqu'en 2012, ne coûte pas grand-chose, il signe pour trois saisons, et quand il sera vendu par le Standard, le club espagnol touchera une partie du montant. " J'ai quitté le Real avec le c£ur lourd mais sans regrets ", dit le Ghanéen. " Jouer en Première dans ce club, c'était un peu dur pour moi ! J'ai eu deux graves blessures, je me suis cassé deux fois le pied pendant la première année, mais ce n'est sûrement pas une excuse. Je n'avais pas le niveau pour jouer au Real, point à la ligne. Je devais faire un choix de carrière : il fallait que je joue. Ce grand club restera éternellement sur mon CV : j'en suis très fier. J'aurais pu me retrouver à West Ham, qui a tout fait pour me transférer. Mais après avoir bien réfléchi, j'ai préféré le projet Standard, où j'avais plus de chances de jouer qu'en Angleterre. Mon objectif consistait à rattraper le temps perdu en Espagne. "Quand Opare débarque à Liège, il retrouve l'attaquant Edouard Kabamba, qu'il a côtoyé pendant un an en équipe B du Real. Kabamba dresse alors le portrait de la recrue : " Nous étions tout le temps ensemble parce que nous étions les deux seuls Africains du noyau ! Notre équipe valait une D2 belge moyenne et Opare sortait clairement du lot. C'est un défenseur très offensif, il monte en dribblant ou en sollicitant le une-deux avec le médian devant lui. Il est très rapide. Et malgré un gabarit qui n'est pas impressionnant, il est vif et puissant. " Des qualités entre-temps confirmées. " Je sais que j'ai l'air léger, mais je suis solide ", rigole-t-il. Opare a deux gros morceaux dans les pattes quand la saison commence. Ciman a été acheté pour devenir titulaire à droite. Et Sébastien Pocognoli semble sûr de sa place à gauche. L'Africain lâche : " Ciman a ses qualités, j'ai les miennes. Je préfère jouer à droite, mais s'il le faut, je peux faire le bonheur du Standard de l'autre côté. " Ses prédictions se sont confirmées tout au long de la saison. Il a joué à droite quand Dominique D'Onofrio a eu besoin de Ciman dans l'axe. Et il est resté sur le même flanc durant les play-offs lorsque Ciman était sur le banc. Il a aussi dépanné à gauche quand Pocognoli n'avait plus les faveurs du coach. Au bout du compte, Opare a disputé une trentaine de matches. D'Onofrio a plus d'une fois signalé son apport. Kanu a stabilisé la défense liégeoise à partir du mois de janvier, mais Opare a été bon durant toute la saison. Seul bémol : une exclusion stupide en Coupe de Belgique contre l'Antwerp, pour une agression sur un adversaire. " J'ai eu du mal à l'avaler ", dit DD. " C'était une gaminerie. " Mais dans le groupe, Opare ne passe pas pour un hooligan. Il dit lui-même : " Je suis un vrai gentil. " La preuve quand il ajoute que " tous les joueurs du Standard pourraient jouer au Real, il suffirait qu'ils travaillent beaucoup. Je prends l'exemple de Steven Defour : un grand footballeur et un grand monsieur. Au Standard, je suis à ma place. Mais lui, il peut sûrement percer à Madrid. " Le Ghana a été la seule bonne équipe africaine à la dernière Coupe du Monde. Sans Opare, qui a mal vécu l'événement. " Je mourais d'envie d'y être mais je n'ai pas été repris parce que je ne jouais pas avec le Real. Depuis que je suis au Standard, j'ai un objectif bien précis avec mon pays : participer au Mondial 2014. Le Standard est un club que l'on connaît bien au-delà des frontières de la Belgique. En étant titulaire ici et en jouant de bons matches, je suis suivi par ma fédération. "Avant d'arriver chez nous, il avait été appelé une fois en sélection. Il n'avait alors que 17 ans et avait affronté le Togo en amical. Il a failli participer à la CAN 2008 : il était dans le noyau mais avait sauté in extremis à cause d'une blessure, quelques jours avant le match d'ouverture. En avril dernier, il a refait un pas vers les Black Stars. Le coach serbe Goran Stevanovic l'a appelé pour un match amical contre l'Angleterre à Wembley. Opare est monté au jeu en début de deuxième mi-temps. Mission : contrarier Stewart Downing, le virevoltant ailier d'Aston Villa. Opare l'a remplie parfaitement. " C'était génial pour moi. J'ai eu l'occasion de montrer ce que je savais faire et je pense que je m'en suis bien sorti. Je vais continuer à travailler dur pour devenir un titulaire régulier de l'équipe ghanéenne. " Confirmation par son coach : " Opare m'a vraiment impressionné. Je pense qu'il jouera un rôle très important dans le futur. " Depuis quelques semaines, il y a de plus en plus de rumeurs faisant état d'un possible départ prochain d'Opare. On a d'abord annoncé un intérêt de Lille et de Lyon. La presse ghanéenne a embrayé en signalant que le Spartak Moscou et Wolfsburg s'étaient branchés sur le coup. Ensuite, ce sont les médias anglais qui se sont intéressés au défenseur rouche. Actuellement, c'est Sunderland qui semble le plus chaud. Le Guardian lui a récemment consacré un article élogieux : " Sunderland suit Daniel Opare de très près. C'est un excellent défenseur qui peut être aussi performant à gauche qu'à droite. Le problème pour ce club, c'est que plusieurs grosses cylindrées européennes aimeraient aussi le transférer. Le Standard de Liège estime sa valeur à 8 millions d'euros mais c'est sans doute exagéré. Il est plus raisonnable de croire que les Belges le lâcheraient pour 4 ou 5 millions. " Les journalistes du site référence ghanasoccernet.com en ont en tout cas plein la bouche dès qu'il est question d'Opare. Ils composent chaque semaine l'équipe-type des joueurs ghanéens disséminés dans les meilleurs championnats européens et le Standardman y figure régulièrement. Aux côtés, par exemple, de Sulley Muntari (Sunderland), Jonathan Mensah (Grenade), Kevin-Prince Boateng (AC Milan), André Ayew (Marseille) et Kwadwo Asamoah (Udinese). PAR PIERRE DANVOYE- PHOTOS: REPORTERS" Je sais que j'ai l'air léger, mais je suis solide. "" Aux entraînements du Real, je jouais sur Cristiano Ronaldo et on me demandait de ne pas lui faire mal. "