Chaud, il fait chaud quand les Liégeois et les Carolos montent sur la pelouse du Stade Constant Vanden Stock plein à craquer. Loin de là, à Bogota, un célèbre gardien de but, René Higuita, international colombien, est arrêté pour trafic de drogue et participation à un enlèvement. Les portiers sont des gars à part mais, tant Gilbert Bodart que David Baetslé ont d'autres éblouissements qui ne peuvent pas partir en fumée. Et s'ils rêvent d'enlever quelque chose, c'est cette Coupe de Belgique qui brille avec insolence. Capitaine emblématique du Standard, Bodart a raté trois fois un rendez-vous avec la belle. Il a le regard plus décidé que jamais.
...

Chaud, il fait chaud quand les Liégeois et les Carolos montent sur la pelouse du Stade Constant Vanden Stock plein à craquer. Loin de là, à Bogota, un célèbre gardien de but, René Higuita, international colombien, est arrêté pour trafic de drogue et participation à un enlèvement. Les portiers sont des gars à part mais, tant Gilbert Bodart que David Baetslé ont d'autres éblouissements qui ne peuvent pas partir en fumée. Et s'ils rêvent d'enlever quelque chose, c'est cette Coupe de Belgique qui brille avec insolence. Capitaine emblématique du Standard, Bodart a raté trois fois un rendez-vous avec la belle. Il a le regard plus décidé que jamais. Baetslé est un peu l'invité-surprise. Le gardien titulaire des Zèbres, le sympathique Istvan Gulyas, s'est blessé au dos lors du dernier entraînement à Marcinelle. David est un Goliath et il accepte de porter le poids de ses responsabilités sur ses puissantes épaules. Contrairement à ce qu'on pourrait croire de nos jours, Charleroi n'est pas le Petit Poucet de cette finale. Les Carolos vivent même un âge d'or. Continuant sur la lancée de Luka Peruzovic, Robert Waseige a mis au point une remarquable phalange. Avec les Raymond Mommens, Olivier Suray, Roch Gérard, Rudy Moury, Fabrice Silvagni, Pär Zetterberg, Dante Brogno, Neba Malbasa et leurs amis, les Hennuyers ont du répondant ; ils alternent parfaitement richesses techniques et atouts athlétiques au point d'avoir battu trois fois Anderlecht en fin de saison : en championnat et à l'occasion des deux manches des demi-finales de la Coupe. C'est dire si Arie Haan, lui aussi, se méfie de ces Zèbres qui ne sortent pas d'un zoo. Les Rouches se portent bien et le coach hollandais, malin et expérimenté, grand amateur de champagne, les fait pétiller. Il dispose de stars : Bodart, Guy Hellers, Frans Van Rooij, André Cruz, Marc Wilmots... Et Haan a aussi eu l'intelligence de lancer des jeunes du crû comme Régis Genaux, Philippe Léonard et Michaël Goossens. Leur heure de vérité est arrivée et cela les crispe. Charleroi prend le jeu à son compte dès le premier coup de sifflet. A la 23e minute, Cedo Janevski, coude luxé après un choc avec Henk Vos, cède sa place à Gérard. C'est un fait de match décisif car Cedo est l'architecte de sa défense. Comme si le ciel avait choisi son camp... Malgré cela, Charleroi secoue sans cesse le cocotier. Nerveux, Genaux harangue ses équipiers mais c'est insuffisant. Même si ce n'est pas voulu, le Standard muscle son jeu et recule dans son camp. Si Charleroi ne passe pas, cela s'explique par le brio de Bodart. Le crack de Verlaine arrête tout comme d'hab'. Avant la pause, Dinga bloque Malbasa dans le rectangle. Pour les Zèbres, c'est penalty. Les Liégeois et l'homme en noir haussent les épaules. C'est léger et Alphonse Costantin a tranché. Cet arbitre met un terme à sa carrière ; c'est son cadeau d'adieu. Mais la Maison de Verre ne sait-elle pas qu'il entretient de bonnes relations commerciales avec Jean Wauters, le président du Standard ? Des " ragots " sont sur le point de fleurir à son propos quand les joueurs regagnent les catacombes. Le moment est peut-être décisif. Les pompiers ont la bonne idée de sortir leurs lances pour asperger la foule. Cette douche collective fait du bien car le thermomètre monte, monte, monte... Haan a choisi le vestiaire habituel des Mauves. Il est plus vaste et plus confortable que celui des visiteurs. Le Hollandais ne cache pas son courroux : " Je ne suis pas satisfait car nous n'avons pas joué au football. Le Standard n'a pas combiné. Il n'y a qu'une chose intéressante à retenir en ce qui nous concerne : les Zèbres n'ont pas marqué. "Les paroles du technicien néerlandais ont de l'effet et ses hommes aèrent enfin leur jeu en deuxième mi-temps. Le ton change vite avec un but de Vos (48e) confirmé par Léonard du droit à la 64e : 2-0 : la finale est pliée. Elle a souri aux plus réalistes, ce qui fait dire à Baetslé : " Les Liégeois ont joué comme des fous et il aurait fallu répliquer avec les mêmes armes. Il fallait à tout prix empêcher Vos de tirer au but. Le descendre carrément si c'était nécessaire. Eux n'ont jamais hésité à le faire. "Les frères ennemis wallons ont un nouvel os à ronger pour des années. Les Carolos sont outrés par l'engagement excessif du Standard qui leur a coûté deux retraits importants : Janevski en première mi-temps, Suray plus tard après un accrochage avec Léonard. Les Zèbres sont déçus mais les Liégeois, eux, se lancent dans une farandole qui dure toute la nuit. Des supporters garnissent tous les ponts de l'autoroute qui mène vers la Cité ardente. Ils mesurent tous que la marche de l'histoire leur sourit enfin après des années de disette. Responsable des relations avec la presse, Lucien Levaux est le plus ému de Liégeois tandis que l'autocar des joueurs se dirige vers Sclessin. 18 ans plus tard, il se souvient avec précision de ces moments de grande joie : " Cette victoire, c'était un peu comme si le Standard s'évadait de l'Alcatraz de la malchance et retrouvait la lumière, le soleil, l'espoir. La misère et les galères, c'était fini, évacué, exorcisé. J'avais eu l'idée des ponts de l'autoroute et j'en avais parlé aux supporters. J'exagère à peine : ce fut une haie d'honneur de 100 bornes. On n'avait jamais vu cela en Belgique. Et durant le plus beau voyage de ma vie, j'ai songé à tous nos problèmes de l'après Standard-Waterschei. J'ai convaincu Jean Wauters de venir chez nous puis j'ai enthousiasmé André Duchêne. Mais ce dont je suis le plus fier, c'est le stade. Avant le début des travaux de modernisation, on s'asseyait sur des planches pourries. Sclessin était condamné à mourir si nous ne réagissions pas comme Anderlecht l'avait fait. Et ce que Bruxelles pouvait réaliser, Liège en était capable aussi. J'ai lancé un appel dans le quotidien La Meuse et les amis du Standard sont venus avec des brosses, de la peinture ; c'était la preuve que ce club mobilisait encore les gens. Il y a eu des hauts et des bas car l'impatience grandissait, mais finalement cette Coupe de Belgique s'ajoutait à notre titre de vice champion. " Lucien Levaux insiste sur le rôle assumé par Haan et Léon Semmeling : " C'était un duo très complémentaire comme le sont Dominique D'Onofrio et son T2, SergioConceiçao. Arie ne jurait que par un football offensif. Au Standard, il faut aller de l'avant. Ce club ne peut pas s'arcbouter devant son rectangle, ça ne marche pas à Sclessin. Haan a fédéré les enthousiasmes et il a pu compter sur Léon, très calme, qui connaît mieux que personne la maison. A mon avis, la génération de 93 aurait dû rafler un titre. Pour cela, il fallait retrouver l'audace, la culture du succès. C'est un long chemin et le Standard n'a pas souvent été verni. Même si la Coupe 93 n'a été confirmée que beaucoup plus tard, par... le titre en 2008, elle est importante. C'était quand même la preuve que nous pouvions enfin croire à notre avenir. " A 72 ans, Levaux continue à suivre son club à domicile. Le Standard de 1993 est-il comparable à celui de l'époque actuelle ? " Oui et... non ", explique-t-il. " Les temps ont changé et tout est plus pointu, plus moderne. Le football actuel est très exigeant et hyper-médiatisé. Dans une équipe, l'intérêt général a cédé sa place aux ambitions individuelles. Il est difficile de comparer les époques mais il est de plus en plus difficile de diriger un club. Cela dit, il y quand même de similitudes entre 1993 et 2011. Les jeunes ont toujours été la sève du Standard. Michel Pavic l'a prouvé avec sa défense de fer des années 60. Haan a fait confiance à des gamins de la région qui ont été loin. Et qu'est-ce qu'on constate ? Les promesses de chez nous sont bourrées de talent et valent de l'or. Lucien D'Onofrio a eu mille fois raison de construire l'Académie Robert Louis-Dreyfus. Bel outil. Quand je vois Axel Witsel ou Mehdi Carcela à l'£uvre, je songe évidemment à Genaux, Léonard et Goossens : la Coupe 92 les a définitivement lancés... " PAR PIERRE BILIC - PHOTOS: REPORTERS" Quand je vois Witsel ou Carcela, je songe à Genaux, Léonard et Goossens. " (Lucien Levaux)