Ensemble, Imoh Ezekiel et Michy Batshuayi assurent un gros pourcentage de la production offensive du Standard : 27 buts et 7 assists. Des chiffres qui représentent environ 50 % des réalisations concrètes de cet axe. Bizarrement, ils ont rarement été alignés conjointement cette saison. Mais après avoir joué la carte de l'un, puis celle de l'autre, dans les play-offs surtout, le coach des Rouches, Mircea Rednic, a eu la bonne idée de les associer, jeudi passé, sur les terres du dernier vainqueur de la coupe de Belgique, le Racing Genk. Non sans succès, car le Nigerian a signé à cette occasion le seul but de ses couleurs d'une frappe somptueuse.
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Ensemble, Imoh Ezekiel et Michy Batshuayi assurent un gros pourcentage de la production offensive du Standard : 27 buts et 7 assists. Des chiffres qui représentent environ 50 % des réalisations concrètes de cet axe. Bizarrement, ils ont rarement été alignés conjointement cette saison. Mais après avoir joué la carte de l'un, puis celle de l'autre, dans les play-offs surtout, le coach des Rouches, Mircea Rednic, a eu la bonne idée de les associer, jeudi passé, sur les terres du dernier vainqueur de la coupe de Belgique, le Racing Genk. Non sans succès, car le Nigerian a signé à cette occasion le seul but de ses couleurs d'une frappe somptueuse. " Le Standard, c'est Ezekiel-Batshuayi ", explique Nordin Jbari. " Ces deux gamins ont suscité et animé le réveil de leur équipe après le passage catastrophique de RonJans. Rednic a tout de suite trouvé la parade en unissant Imoh et Michy, ce dernier ayant été délaissé par le coach néerlandais. Au vu de leur apport, je me demande encore pourquoi Rednic s'est régulièrement passé d'eux durant les PO1, surtout à Anderlecht où la première place était à sa portée. C'est difficile à comprendre car ce duo fait peur à tout le monde. Ces deux-là mettent la pression sur les défenses adverses. Ils permettent à William Vainqueur et à Yoni Buyens, qui ne sont pas de vrais organisateurs de jeu, d'évoluer plus haut. Sans eux, qui sont les premiers défenseurs de leur équipe, la pression adverse est plus forte sur le milieu de terrain liégeois. Tout cela a été prouvé à Genk où le Standard a joué pour la gagne. Je suis sidéré par leur apport dans le système de jeu. Il faut des variantes, pour résoudre des problèmes ponctuels, mais quand on détient une telle force de frappe, on l'utilise en priorité. Je sais que ce ne sont pas des pivots. Michy est le plus puissant. Imoh est vif, costaud. Ces deux-là se trouvent les yeux fermés. Pour moi, c'est un capital qu'on doit cultiver sans cesse, pas de temps en temps. Tous les entraîneurs rêvent de miser sur une attaque aussi automatisée. Leur vitesse fait des dégâts en Belgique où les défenseurs sont lents. Dans les grands championnats étrangers, il n'y a pas de fers à repasser. " Consultant comme Jbari, Eddy Snelders (ex-Standard) est impressionné par la vitesse d'exécution des avions à réaction de Sclessin : " À Genk, chacun de leur raid a effrayé les arrières limbourgeois. Par contre, ils ont raté de nombreuses occasions de but. Contre Genk, j'en ai noté des... dizaines. Ezekiel a été formidable mais il a transformé la plus difficile et raté les plus faciles. Dans ces conditions-là, il est difficile de remporter tout l'enjeu d'un match comme cela aurait dû être le cas à Genk. Je comprends que Rednic se fasse des cheveux blancs. Ses attaquants sont jeunes et font parfois les mauvais choix dans le dernier geste. Ils savent ce qui leur reste à faire : travailler la finition. " Rednic est au courant de tout cela et répète : " Je suis fier d'eux, de leurs progrès, de leur travail. J'ai tout de suite cru en Imoh et Ezekiel. Ils ont un énorme potentiel mais il ne faut pas oublier que c'est leur véritable première saison en D1. Et cela passe forcément par des hauts et des bas dont je dois tenir compte. Les anciens joueurs devenus consultants devraient mieux étudier les statistiques et s'intéresser au nombre d'occasions qu'il nous faut pour marquer un but. Chaque match des PO1 est une finale. On ne peut pas vivre un tel enchaînement à 11 mais avec la globalité d'un effectif. Quand on opte pour un 4-4-2 avec pressing haut, Imoh et Michy sont parfaits car ils savent toujours où se trouve l'autre. C'est un gros atout mais, pour créer la surprise, cela ne doit pas nous empêcher de tenter autre chose. Ils sont jeunes, ont tout pour réussir mais cela passera aussi par du travail et du temps. " Spectateur attentif à Sclessin, Robert Waseige partage les grandes lignes du discours de Rednic : " Le Standard a deux excellents joueurs sous la main. A 19 ans, ils en sont encore au stade de la post-formation, de la découverte de leur métier, des charges de travail qui ont changé, du stress, des responsabilités. Il faut être prudent avec des joueurs aussi jeunes. Rednic a raison d'utiliser tous ses atouts. S'il ne le faisait pas pour résoudre des problèmes ponctuels, on le lui reprocherait. Imoh et Michy disposent d'un atout important dans le football moderne : la rapidité. Il y a un scénario de match idéal pour eux : si le Standard ouvre rapidement la marque, ils peuvent contrer plus facilement. Mais, pour former un duo totalement complémentaire, il leur manque quelques centimètres. Même s'il a de la détente, Ezekiel n'est pas bien grand. Batshuayi mesure 1,86 m, est plus puissant, joue bien dos au but mais n'est pas un pivot qui règne dans les airs. Ils détiennent en quelque sorte les mêmes points forts et les mêmes défauts. Ils ont besoin d'espaces pour respirer à l'aise. Et cela se sait : les défenses se replient vite. Ils possèdent des atouts gagnants mais on ne doit pas les réduire à un couple unique. Il serait trop réducteur, même dangereux de les condamner à vivre éternellement ensemble. La vie à deux leur va bien mais ils peuvent réussir l'un sans l'autre. Les grands duos offensifs du passé étaient plus complémentaires : Wilmots-Goossens, Kostedde-Depireux, Claessen-Galic, Tahamata-Wendt, Mbokani-Jovanovic. Imoh et Michy sont appelés à un beau destin mais, à leur âge, la patience s'impose, sans quoi on risque de les griller. " Figures légendaires du Standard, LéonSemmeling et HenriDepireux ont connu tous ces grands duos. " Des jeunes sont incapables de porter le poids offensif d'une équipe pendant toute une saison ", rétorquent-ils. " Le Standard ne peut pas se contenter de jouer le contre. Il est normal de tenter autre chose, notamment avec Tucudean. Michy ou Imoh tournent alors autour de lui et je suis persuadé que cela leur convient. Rien n'est plus difficile que d'agencer une ligne d'attaque, surtout en reprenant un club à la dérive. Rednic a accompli un travail d'orfèvre avec Imoh et Michy qui ont progressé tactiquement, physiquement, techniquement, mentalement. A 19 ans seulement, ils sont déjà devenus des valeurs sûres de la D1 grâce à lui. Au milieu des années 60, quand Michel Pavic, en plus de bâtir une défense se fer, a uni Roger Claessen et Milan Galic., Claessen avait disputé un paquet de matches européens et était le roi du trafic aérien. Les ailiers étaient chargés de déborder et de délivrer de bons centres : c'était souvent but avec nos Roger. Derrière lui, Galic était incroyable balle au pied : à 28 ans, il détenait la classe mondiale. A cette époque, le système était différent, on ne jouait avec un pivot. Le jeu était moins rapide. Ezekiel et Batshuayi ont 10 ans d'expérience de moins que Claessen et Galic à leur grande époque ou que le duo Tahamata (exceptionnel débouleur, dribbleur, finisseur)-Wendt (une fameuse puissance). Wilmots-Goossens ou Mbokani-Jovanovic étaient plus mûrs, plus complets qu'Imoh et Michy actuellement. Mais ils sont déjà loin et ne peuvent que progresser. " Préparateur physique du Standard, Carlos Rodriguez ne les quitte pas des yeux : " Michy a le bon moteur. Je le suis depuis 3,5 ans. Il a progressé à tous points de vue : endurance, résistance, vitesse, explosivité. La charge de travail ne lui pose aucun problème. Costaud, il est peu blessé et bosse bien préventivement. C'est prometteur car l'âge d'or d'un footballeur se situe à 25 ans. Ezekiel bosse bien aussi et a un don génétique : la vitesse. Il est moins solide que Michy dans les duels mais va à l'abordage si c'est nécessaire. Imoh est venu en Europe pour réussir et il travaille à fond pour y arriver. "PAR PIERRE BILIC ET STÉPHANE VANDE VELDE" Michy a le bon moteur " (Carlos Rodriguez) " Il serait dommage de les condamner à vivre ensemble. " (Robert Waseige)