La grisaille matinale ne s'est pas encore totalement dissipée aux alentours du Kim Clijsters Sports & Health Club à Bree, mais sur les terrains indoor, on sue déjà à grosses gouttes. Un groupe de jeunes tennismen professionnels, certains encore en pleine puberté, sont pendus aux lèvres de leurs entraîneurs. " Plus haut, plus profond, allez... " Durant de longues minutes, des drills sont exécutés. Sur un autre terrain, on filme : ces images seront analysées sur ordinateur. D'autres travaillent leur jeu de pied. Le rêve de chacun : intégrer le top du tennis mondial.
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La grisaille matinale ne s'est pas encore totalement dissipée aux alentours du Kim Clijsters Sports & Health Club à Bree, mais sur les terrains indoor, on sue déjà à grosses gouttes. Un groupe de jeunes tennismen professionnels, certains encore en pleine puberté, sont pendus aux lèvres de leurs entraîneurs. " Plus haut, plus profond, allez... " Durant de longues minutes, des drills sont exécutés. Sur un autre terrain, on filme : ces images seront analysées sur ordinateur. D'autres travaillent leur jeu de pied. Le rêve de chacun : intégrer le top du tennis mondial. Lorsque Kim Clijsters fait irruption dans le centre, elle s'arrête un moment pour discuter. Il y a quatre ans, elle a racheté, avec Bob Verbeeck (CEO du bureau de marketing sportif Golazo) et Onno Holtrust (propriétaire, entre autres, de AADrink), les infrastructures du TC DeBoneput. D'importants travaux de rénovation y ont été entrepris et le résultat est impressionnant. Carl Maes, qui fut pendant de longues années son compagnon de route sur le circuit, dirige la Kim Clijsters Academy. Son ostéopathe et coach physique Sam Verslegers est chargé de la préparation physique, Golazo a élaboré le businessplan. Tout le monde peut se rendre chez Energy Lab pour réaliser des tests, analyser ses mouvements ou recevoir des conseils en matière d'alimentation. " Ce n'est pas un club élitiste, réservé aux meilleurs ", insiste- t-elle. " À l'époque où je parcourais le monde, j'ai noté tout ce que je voyais dans un petit carnet. Des idées que je pourrais peut-être utiliser plus tard. Je veux amener tout le monde à faire du sport. Pas seulement du tennis, mais aussi du yoga, du fitness. " Bienvenue dans le nouveau monde de l'ancienne n°1 mondiale, qui a remporté quatre tournois du Grand Chelem. Elle sert le café à son visiteur, mais se contente elle-même d'un smoothie qu'elle a elle-même préparé. Derrière le comptoir, le gérant regarde son verre d'un air curieux. " Gingembre, banane, épinards, céleri... Même Jack (son fils, né en septembre 2013, ndlr) adore. " En septembre 2012, la Limbourgeoise alors âgée de 29 ans a fait ses adieux au circuit lors de l'US Open. Fatiguée, diminuée par les blessures. Prête pour un nouveau défi, pour une vie dans un quasi-anonymat. Utopique. " Lorsqu'un événement était organisé, j'étais presque toujours contactée pour le rehausser de ma présence. Ce que j'apprécie plus que tout, c'est de me joindre aux autres mamans lorsque Jada joue au tennis les mercredis et vendredis. Ce sont des moments fantastiques. Après leurs cours de tennis, les enfants vont courir dehors pendant que les mamans bavardent. Cela me rappelle ma propre enfance. Ce fut peut-être la plus belle période de ma vie. J'aurais aimé rester un enfant. " Mais le nom de famille est lourd à porter : Jada Clijsters. La question revient souvent, alors qu'elle n'a que sept ans : deviendra-t-elle aussi bonne que sa mère ? " J'aimerais qu'elle devienne une joueuse de tennis, mais elle doit surtout prendre du plaisir. Jada est jouette et vite distraite, comme je l'étais également, mais très athlétique. Elle a hérité de la morphologie de Brian (Lynch, son mari, ancien basketteur et aujourd'hui coach de Limburg United, ndlr). Et elle a besoin de diversifier ses activités : tennis, athlétisme. Elle veut même commencer le basket. " (elle rit) Kim Clijsters a un look décontracté. Chemise à carreau, pantalon. Pas une femme d'affaires en costume deux-pièces. " J'essaie de venir ici tous les jours. Au début, les entraîneurs rigolaient. 'La patronne est là.' Je trouvais cela horrible. Je veux faire partie du team. Collaborer, me réunir avec les entraîneurs, être au courant de tout ce qu'il se passe au sein de l'académie. Je ne suis certainement pas meilleure que les coaches en place et je n'explique pas aux élèves comment ils doivent jouer, mais je connais le chemin qui mène au sommet. Ce serait stupide de ne pas en faire profiter les autres. " Les paroles de Prince passent par la tête. But I'm here to tell you there's something else, the afterworld. A world of never-ending happiness.You can always see the sun, day or night. Le soleil brille tout le temps. Deux enfants, un mari, un beau projet. Une reconversion réussie, qui n'était pas évidente. Les comptes du Club Justine N1, le prestigieux projet de Justine Henin à Limelette, étaient à un moment donné dans le rouge, Juju a dû intervenir l'an passé. Arantxa Sanchez-Vicario, qui a gagné près de 50 millions d'euros en prize-money et en contrats publicitaires, a rompu avec ses frères et ses parents, à qui elle reproche d'avoir dilapidé sa fortune. Goran Ivanesevic a été victime de mauvais placements. Et les problèmes financiers de Boris Becker ont été étalés dans la presse allemande... Clijsters ne l'ignore pas. " Je fais ça pour mes enfants. J'ai aussi beaucoup investi et je ne retrouverai probablement jamais cet argent, sauf si nous vendons le complexe, mais ce n'est pas l'objectif. Se retrouver sans rien, à un moment donné, c'est encore différent, bien sûr. Trop d'athlètes se laissent embobiner par des managers. J'ai aussi eu affaire à eux, et cela peut vite tourner mal, mais papa (Lei, ndlr) a toujours su me protéger. Nous avons aussi eu la chance de pouvoir déménager, avec toute la famille, à l'académie de Nick Bollettieri en Floride. Oui, toute la famille, même les grands-parents. Si l'on a du talent et que l'on est bien conseillé, on réussit. Le climat est plus agréable en Floride, c'est vrai, mais pour le reste ? Ils ne travaillent pas différemment de nous ". Down to earth. " Après un tournoi, je n'avais qu'une envie : rentrer le plus vite possible en Belgique. Prendre mon vélo pour rendre visite à ma grand-mère. Ou faire une heure de squash avec une amie. " De temps en temps, elle jette un regard vers le grand écran de télévision, où Novak Djokovic balade l'espoir canadien Milos Raonic d'un coin à l'autre. " J'apprécie toujours autant de suivre un match de tennis. Lorsque je me lève le matin, je regarde les résultats de la nuit. Et lorsqu'il y a un match que je veux voir à tout prix, même au milieu de la nuit, je mets mon réveil. J'ai regardé le troisième tour de Yanina (Wickmayer, ndlr) contre SaraErrani pendant un set et demi. Jusqu'à deux heures et demie du matin. " Elle se délecte des combats physiques des messieurs et observe l'évolution du tennis féminin. " Le top est beaucoup plus large qu'autrefois. Au début de ma carrière, Lleyton (Hewitt, ndlr) et moi avons souvent prédit la composition des quarts de finale. La plupart du temps, on y retrouvait les huit têtes de série. Il m'est arrivé de gagner 6/1 6/1 au quatrième ou au cinquième tour, ça arrive plus rarement aujourd'hui. Les filles ont beaucoup progressé physiquement, les échanges sont plus longs, mais cette évolution a déjà été amorcée lorsque je jouais encore. Nous avons dû nous adapter au tennis très physique de Venus et Serena Williams. On a dû multiplier les entraînements physiques, pour pouvoir jouer plus longtemps à un haut niveau, renvoyer les frappes sèches et parvenir à reprendre l'avantage dans les échanges. Avant, seules les quatre meilleures joueuses mondiales disposaient d'un coach physique. Aujourd'hui, on ne peut pas imaginer ne pas en avoir. Le match de Serena contre Garbine Muguruza était d'un très haut niveau. Et Madison Keys : quelle puissance ! Sur l'un des terrains indoor, Sam Verslegers soigne un tendon. " Lorsque je compare cela avec la période de mes débuts... (elle soupire) Quelques mouvements d'épaules, un peu de courses, des interval-trainings sur la piste. Les soins sont devenus beaucoup plus complets. Stabilisation, prévention des blessures, flexibilité, positionnement, accompagnement mental... Des choses que je n'ai découvertes qu'à la fin de ma carrière. On voit aussi beaucoup d'anciens grands joueurs se mettre au coaching. Boris Becker-Djokovic, Stefan Edberg avec Roger Federer, Martina Navratilova et Agnieszka Radwañska, Amélie Mauresmo avec AndyMurray... Ils savent tous ce que c'est de jouer une demi-finale d'un tournoi du Grand Chelem et c'est surtout dans ce domaine qu'ils apportent leur expérience. " Elle rit. Le monde du tennis est son habitat naturel, le court est comme une résidence secondaire. Mais elle insiste sur " secondaire ". Pourtant, Carl Maes a déclaré qu'avec trois ou quatre mois d'entraînements, elle parviendrait facilement à réintégrer le Top 25, voire le Top 20. " C'est difficile à dire. Si je retrouvais mon meilleur niveau, je pourrais peut-être encore faire illusion sur le circuit, mais le top absolu est devenu hors d'atteinte : Simona Halep, Maria Sharapova ou Serena Williams, la plus complète de toutes. Bon service et bon retour, montée au filet, jeu agressif, défense : elle maîtrise tous les aspects. Et elle travaille de façon plus professionnelle que jamais. Autrefois, lorsqu'on la voyait sur un tournoi, on remarquait qu'elle n'était là que parce qu'elle y était obligée, alors qu'aujourd'hui, elle apparaît plus concentrée et mieux préparée. Elle voyage avec un cuisinier, un instructeur de yoga, un coach physique. Elle se rend sans doute compte qu'elle vit ses dernières années sur le circuit. J'adore la regarder jouer, elle frise la perfection sur le plan technique. Je n'aime pas le show et le tralala, mais lorsqu'elle joue à son meilleur niveau, personne ne peut la battre. Elle est beaucoup trop forte physiquement. Puissante et rapide. Sa vitesse de réaction et d'anticipation est énorme. Elle est intimidante, aussi. Beaucoup de joueuses se disent, bien avant le match : 'je n'ai aucune chance face à elle'. Au début de ma carrière, j'ai ressenti cela également... Elle est capable, lors du toss, de vous regarder en donnant l'air de penser 'tu es qui, toi ?' Ou alors, pendant l'échauffement, elle vous renvoyait quelques balles du gauche... Mais, après un moment, on se rend compte qu'elle utilise son pouvoir d'intimidation pour dissimuler certains doutes. Sur le court, Serena doute parfois énormément, mais grâce à sa puissance, elle parvient à impressionner ses adversaires. Justine et moi, nous parvenions à résister et à la faire encore douter davantage. " De beaux souvenirs, mais l'avenir de KimClijsters ne se situe plus sur le circuit. Elle a refermé le livre. Famille, affaires... Elle a d'autres intérêts. Parfois, un petit tournoi avec les Legends (d'anciens champions, ndlr). Ou alors, à la demande de Billie Jean King, un petit match de démonstration au Royal Albert Hall au profit de la fondation d'Elton John pour la lutte contre le sida. Parfois, aussi, elle échange quelques balles au club avec Yanina, Elise Mertens ou Klaartje Liebens. " Ce sont des moments que j'apprécie, et je tire encore mon épingle du jeu, mais je suis contente de pouvoir rentrer chez moi après le match, sans devoir me taper un entraînement ou une séance de conditionnement physique l'après-midi. J'aime varier les plaisirs : tennis aujourd'hui, yoga demain, ou alors un peu de course, disputer une partie de squash... " Elle regarde son smartphone. Il est temps d'aller rechercher sa fille à l'école. Quatre Néerlandais, qui ont terminé leur petit match de tennis depuis un certain temps, attendaient ce moment. " Madame Kim, voulez-vous poser avec nous sur la photo ? " La rançon de la gloire. Mais elle s'y plie avec le sourire. Voilà, clic : quatre messieurs heureux.?PAR CHRIS TETAERT" J'aime varier les plaisirs : tennis aujourd'hui, yoga demain. Ou alors, un peu de course ou disputer une partie de squash... "" Trop d'athlètes se laissent embobiner par des managers. J'ai aussi eu affaire à eux, mais papa a su m'en protéger. "