Samedi 10 janvier, petit Heysel. A la faveur de la reprise du championnat, en D1 dames, le match au sommet de la journée oppose Anderlecht au Standard. Son enjeu se limite au seul prestige, car dans la course au titre, les joueuses bruxelloises et liégeoises sont d'ores et déjà larguées par leurs homologues du Rapide Wezemaal, autoritaire leader.
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Samedi 10 janvier, petit Heysel. A la faveur de la reprise du championnat, en D1 dames, le match au sommet de la journée oppose Anderlecht au Standard. Son enjeu se limite au seul prestige, car dans la course au titre, les joueuses bruxelloises et liégeoises sont d'ores et déjà larguées par leurs homologues du Rapide Wezemaal, autoritaire leader. La rencontre donne lieu à une bataille, surtout tactique, entre l'équipe locale, alignée en 3-5-2 et des Rouches disposées en 4-4-2. Pendant les trois quarts de la partie, les Principautaires résistent remarquablement aux assauts répétés des Sportingwomen avant de s'incliner, en toute fin de partie, sur des réalisations d'Anne Puttemans et de Sophie Hannaert. Pourtant, c'est une autre représentante des Mauves qui leur aura volé la vedette cet après-midi-là : Wendy Migom, aux déboulés diaboliques sur l'aile droite. Du côté opposé, une seule adversaire pouvait soutenir la comparaison : Liesbeth Hemelsoet, impériale dans son rôle de rempart devant l'arrière-garde liégeoise. En leur compagnie, nous avons disputé les extra-time. Wendy Migom : C'est mon père, joueur à Kwadrecht, qui m'a transmis le virus. Spectatrice attentive de ses matches, je profitais invariablement de la mi-temps pour taper dans un ballon avec quelques compagnons d'âge. Les poupées, à vrai dire, c'était vraiment pas mon truc (elle rit). Un beau jour, la possibilité me fut offerte de m'aligner avec les Préminimes du club. Jusqu'à 12 ans, cette mixité était tolérée par la fédération. Mais passé cet âge, je n'avais d'autre ressource que de m'affilier dans une équipe exclusivement féminine. C'était au DVK Gand. J'y suis resté trois ans avant de rallier le DVC Kuurne, où j'ai fait mes débuts parmi l'élite alors que je venais tout juste de souffler 15 bougies. Par la suite, j'ai évolué à l'Eendracht Alost de 1995 à 2002 avant de prendre la direction d'Anderlecht où je joue comme flanc droit. Liesbeth Hemelsoet : Mon cas est plus ou moins similaire, dans la mesure où mon père, secrétaire à Gingelom, a favorisé mon adhésion là-bas, en Préminimes aussi. Pour les mêmes raisons précitées, j'ai dû opter pour une entité exclusivement féminine et c'est pourquoi, en 1990, je suis passée dans les rangs d'Eva's Kumtich. Au même titre que Wendy, j'ai accompli mes premiers pas au plus haut niveau à l'âge de 15 ans au sein du même club. J'y suis restée trois saisons, après quoi j'ai bifurqué vers le Standard, dont je défends les couleurs depuis six années à présent. Au départ, j'étais alignée sur l'aile gauche, tantôt ou back, tantôt au demi. Mais depuis mon passage à Sclessin, j'ai coulissé vers le centre, où j'occupe le poste de demi défensif. Migom : A mes débuts, aux prémices des années 90, plusieurs formations tenaient le haut du pavé : non seulement le Standard Femina, emmené par cette extraordinaire joueuse qu'était Fery Ferraguzzi mais aussi Anderlecht, l'Eendracht Alost, Herk Sport, Eva's Kumtich, les Sinaai Girls ou encore le Rapide Wezemaal. Plusieurs de ces clubs sont singulièrement rentrés dans le rang depuis. Je songe par exemple à l'Eendracht Alost, qui fut quatre fois champion entre 1999 et 2002, avant de sombrer corps et âme, à l'instar de quelques autres. En réalité la D1 féminine présente des similitudes évidentes avec l'élite masculine. Car à l'image d'Anderlecht, du Standard et du Club Brugeois, trois teams tiennent régulièrement le haut du pavé chez les dames : les mêmes Anderlecht et Standard ainsi que le Rapide Wezemaal. Hemelsoet : Au niveau du jeu également, il y a eu pas mal de changements. Autrefois, certaines équipes, surtout les moins huppées, jouaient réellement à l'emporte-pièce. A présent, tout est beaucoup plus réfléchi. La preuve par ce match Anderlecht-Standard où le Sporting s'est positionné en 3-5-2 sur le terrain alors que nous avons développé notre 4-4-2 habituel. Il est d'ailleurs frappant de constater que le système utilisé par les dames dans chacun de ces deux clubs n'est pas sans rappeler celui en vigueur chez les messieurs. Chemin faisant, le RSCA est effectivement passé du 4-4-2 au 3-5-2 et vice-versa cette saison, alors que les Rouches se sont le plus souvent appuyés sur un 4-4-2 ou un 4-3-1-2 comme nous. Là ne s'arrêtent d'ailleurs pas les comparaisons car autant les Mauves déploient un football des plus académiques, autant la furia liégeoise est élevée à la hauteur d'institution chez nous. De part et d'autre, la tradition est donc respectée. Migom : Avant de mettre le cap sur le Sporting, j'ai eu la chance de jouer pour l'Eendracht Alost, club très connu dans le giron du football belge, tant chez les hommes que chez les dames, vu les succès engrangés par elles ces dernières années. Personnellement, je n'avais donc pas le sentiment de réaliser un énorme bond en avant en optant pour le club de la capitale. C'est surtout pour les autres que ce passage aura été retentissant. Je songe non seulement à mes proches, mais aussi à mes élèves puisque je suis professeur d'éducation physique. Pour tous ceux-là, une enseignante jouant à Anderlecht, c'était et c'est toujours le sommet. A partir de ce moment-là, d'ailleurs, j'ai eu mes premières demandes d'autographes. Hemelsoet : Pour ma part, j'étais pleinement consciente du grand pas accompli. Avec Eva's Kumtich, je n'avais jamais eu la joie de remporter le moindre trophée : ni le championnat, ni la coupe de Belgique. En principe, mon déménagement dans la Cité Ardente aurait dû me permettre de pallier cette lacune, puisque les Rouches étaient détentrices à ce moment-là du record du nombre de victoires en championnat, avec 12 sacres, et qu'elles comptabilisaient alors également quatre succès en coupe. Malheureusement, je suis restée quelque peu sur ma faim jusqu'ici, en ce sens que je n'ai toujours pas glané la moindre distinction collective avec l'équipe principautaire. Depuis que Fery Ferraguzzi a raccroché définitivement les crampons, le Standard est à la recherche d'une nouvelle dimension. Ceci dit, je ne boude nullement mon plaisir d'être Standardwoman. Même si, au fond de moi-même, je suis supportrice du Club Brugeois (elle rit). Migom : Depuis que Roger Vanden Stock a accédé à la présidence, l'intérêt pour la section dames est allé croissant. Son épouse, Kiki, est d'ailleurs présidente d'honneur et le trésorier du Sporting, Charles Berden, ne loupe pas un seul de nos matches. De temps à autre, quelques joueurs de l'équipe fanion assistent à nos prestations à domicile. Surtout s'ils sont amenés à devoir se produire avec les doublures au stade Roi Baudouin ou sur le petit Heysel. Pendant sa revalidation, Nenad Jestrovic a ainsi pris place, à l'une ou l'autre occasion, dans la tribune. Et Olivier Deschacht a été signalé quelquefois également. En ce qui concerne les dames, nous possédons toutes un abonnement pour les matches de nos collègues masculins au RSCA. C'est notre cadeau pour les 185 euros de cotisation annuelle que nous payons. Je ne réponds pas toujours présente à tous les matches mais lors des sommets, contre le Club Brugeois ou le Standard par exemple, je ne me prive pas d'encourager mes couleurs. Hemelsoet : Chez nous aussi, la considération a changé du tout au tout ces dernières années. A un certain moment, nous étions considérées comme la cinquième roue de la charrette. Nous avions d'ailleurs dû céder notre terrain, à la rue de la Centrale, aux joueurs qui l'utilisaient comme aire d'entraînement alors que nous étions priées de disputer nos matches de championnat à Herstal. A présent, nous avons repris possession de nos terres et le bourbier de jadis a fait place à un authentique billard, de qualité supérieure à celui de l'équipe A. Au même titre que mes partenaires, il m'arrive d'encourager les hommes. Et vice-versa. Par le passé, Harald Meyssen était un spectateur assidu à nos rencontres. Cette année, face aux Sinaai girls, la moitié de l'équipe nous supporta de vive voix. Migom : D'une meilleure considération pour ce qui constitue notre réelle passion. Au fil des ans, rien n'a changé : nous devons toujours nous battre contre les mêmes préjugés qui veulent que nous sommes des garçons manqués ou des lesbiennes. C'est franchement n'importe quoi. Dernièrement encore, je suis sortie de mes gonds. On me demandait si un tir violent en pleine poitrine ne faisait pas trop mal. Pas davantage qu'un ballon frappé sèchement dans les parties génitales d'un homme. Hemelsoet : Je regrette que le football féminin ne soit pas davantage pris au sérieux ou médiatisé. Avec l'équipe nationale, il m'est arrivé de jouer devant 5.000 personnes toutes d'orange vêtues, dans les installations d'Eindhoven VV, lors d'un match entre la Belgique et les Pays-Bas. Ici, quand il y a 200 personnes pour une affiche, c'est déjà beaucoup. Il n'y a qu'à l'occasion de la finale de la Coupe de Belgique que ce chiffre est battu. C'est dommage. Bruno Govers" Ni des garçons manqués NI DES LESBIENNES "A Anderlecht, la cotisation est de 185 euros