Si un chasseur de tête avait pour tâche de recruter le nouveau numéro 1 d'une société comptant 450.000 collaborateurs à la recherche d'un souffle nouveau, sa tâche ne serait pas facile.
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Si un chasseur de tête avait pour tâche de recruter le nouveau numéro 1 d'une société comptant 450.000 collaborateurs à la recherche d'un souffle nouveau, sa tâche ne serait pas facile. Quel est le profil idéal ? Doit-il être une sorte de John Kennedy qui, au début des années 60, effrayé par les progrès soviétiques dans la conquête de l'espace, avait promis la lune aux Américains et la décrocha le 21 juillet 1969 ? Est-il préférable d'engager un sage ayant la non-violence comme seule arme, à l'image de Gandhi qui vira les Britanniques de son pays, l'Inde, en 1947 ? L'Union Belge et ses 450.000 licenciés se retrouvent un peu dans la situation des Etats-Unis durant les sixties. Il y a désormais une nécessité criarde de jeunesse, d'enthousiasme, de nouvelles ambitions, de projets porteurs, d'images positives, de succès, d'autres ponts jetés entre les professionnels et les amateurs. Pour utiliser un mot à la mode, la plus grande fédération sportive du pays a besoin d'une nouvelle gouvernance. Replié chez lui alors que la Coupe du Monde fait la fête en Allemagne, tout le football belge attend le résultat de l'élection présidentielle du 24 juin. Le Comité exécutif élira alors le nouveau président de l'Union Belge. L'heureux élu n'aura pas le temps d'admirer la fumée blanche annonçant la bonne nouvelle. Il devra se mettre au travail et actionner les premiers rouages d'une mécanique en mal de modernisation. Depuis plusieurs années, les tensions sont évidentes entre les professionnels (D1 et D2) et les 2.200 autres clubs. Aux Pays-Bas, ce sont deux mondes à part : les pros d'un côté, les amateurs de l'autre. Mais la Belgique n'est pas la Hollande, calviniste, qui n'a qu'une bière, un fromage, une langue. La diversité régionale est inscrite dans nos gènes, nos traditions. On ne tranche pas aussi facilement en Belgique. " Il n'a jamais été question de couper le football belge en deux. ", avance Robert Sterckx, le secrétaire général de la Ligue Pro. " Mais les clubs professionnels ont des problèmes et des thèmes de réflexion qui leur sont propres : droits de télévision, licences, contacts avec les autres ligues professionnelles, rendez-vous et obligations européennes, survivre dans la bataille économique et financière qu'est aussi devenu le football professionnel. Dès lors, ils désirent obtenir plus d'autonomie afin de gérer ces dossiers. Il n'est pas normal que nous devions parfois convaincre des représentants de clubs amateurs, qui ne sont pas concernés par nos soucis, afin de progresser. Cela génère des frustrations, des pertes de temps et d'énergies néfastes pour tous ". Les relations entre les professionnels et amateurs seront au centre de toutes les conversations et autres séances de travail du nouveau président fédéral. La semaine passée, les clubs amateurs ont exprimé une nouvelle fois leur préférence pour le duo Roger Vanden Stock- Michel Preud'homme. Le patron d'Anderlecht devrait revêtir, selon eux, le costume de président tandis que Preud'homme assurerait la gestion quotidienne de l'Union Belge. Un vieux de la vieille et un quadragénaire aux dents longues. Un diplomate et un fonceur. Gandhi et Kennedy. Ce duo de rêve aurait effrayé le Club Brugeois qui, selon des insiders, ne peut supporter l'idée de perdre de l'influence à Bruxelles au profit d'Anderlecht et du Standard qui auraient raflé la présidence et la gestion des affaires courantes. Michel D'Hooghe reste puissant à distance. Au-delà de cela, quel sera l'impact d'un président bénévole suivant les affaires de loin ? Les clubs pros estiment que les progrès passent par plus d'indépendance. " C'est une certitude pour tous les présidents des clubs de D1 ", souligne Robert Sterckx, le secrétaire général de la Ligue Pro. " Ils ne se sentent plus à l'aise dans une Union Belge bloquée et qui a besoin d'ouvrir les fenêtres. Il est temps de passer à autre chose et de changer radicalement de cap. La refonte doit être totale. Je ne citerai que deux exemples. Il faut que la fédération s'informatise à fond. Il n'est pas normal que l'Union Belge soit le meilleur client de la poste en multipliant les recommandés. A l'heure du courrier électronique, c'est dépassé. Il faudrait également plus de transparence au niveau des finances fédérales. Le football ne cesse de bouger. Il faut suivre au jour le jour, analyser les problèmes sans perdre une minute. Chaque hésitation peut être néfaste. La Ligue Pro a sa gestion quotidienne et il est indispensable que la fédération, dans sa totalité, s'inscrive dans la modernité. Les clubs professionnels ne peuvent être bloqués par les amateurs mais il faut cultiver leurs complémentarités, gommer leurs problèmes. " " Vanden Stock ne se serait pas contenté d'inaugurer les chrysanthèmes ", nous a dit Jean-Marie Philips, président de la Ligue Pro. " Ce n'est pas son style. Il définira les grandes lignes de la politique à suivre. Que ce soit dans le monde du football belge et international, ainsi que dans le business, il a développé un immense réseau de contacts et de relations qui seront utiles au football belge. Anderlecht est présent sur les scènes européennes mais cela n'a jamais empêché Roger Vanden Stock de s'intéresser aux petits clubs belges, aux soucis des équipes des séries promotionnaires ou des divisons provinciales. S'il est élu, Roger Vanden Stock aurait été le président de tous ". Le côté fédérateur de Vanden Stock a toujours rassuré les clubs amateurs. La famille des amateurs mesure parfaitement que son poids est trop important au niveau du Comité exécutif. Les professionnels n'y disposent que d'un tiers des voix (6 sur 22) et cela coince trop souvent quand les problèmes ne sont pas communs. Si le débat concerne les équipes nationales ou la construction du centre national de Tubize, c'est de la politique à long terme qui peut s'enrichir au fil de longs débats. Il n'en va pas ainsi quand un problème doit être réglé au plus vite. Dès lors, une idée fait son chemin dans le monde des amateurs : offrir 40 % des sièges du Comité exécutif aux clubs professionnels. " Il est évident que l'Union Belge doit s'inscrire dans la modernité ", affirme Yves Lemaire, président du Lorrain Arlon et représentant des séries promotionnaires au Comité exécutif. " Nous ne sommes pas opposés à une plus grande autonomie des clubs professionnels. Il y a en effet des problèmes qui leur sont propres et qui ne concernent pas les amateurs. Mais un schisme entre les pros et les amateurs ne rapporterait rien à personne. Même si l'attention médiatique se concentre essentiellement sur la D1, les divisions inférieures sont et resteront le terreau du football belge. Si les racines cèdent, c'est tout l'arbre qui s'écroulera et il n'y aura plus de football belge. Le sport spectacle n'est pas viable si la base de la pyramide n'est pas large, saine et enthousiaste. Les professionnels ont des problèmes mais nous avons aussi les nôtres : des dirigeants vieillissants, un intérêt moins vif qu'avant des jeunes pour la pratique du football, des installations qui ne sont pas à la hauteur, etc ". Yves Lemaire : " Nous avons besoin d'aide, de revalorisation et de compréhension pour accomplir notre mission : éduquer, former des jeunes. Roger Vanden Stock mesure tout cela. C'est pour cela que nous l'aurions soutenu. Et il en va de même pour Michel Preud'homme qui est à l'écoute du monde des amateurs. Il est venu à notre rencontre. Son intelligence et son écoute des autres nous ont séduits. Les clubs professionnels ont aussi un devoir d'exemplarité. Les affaires, chinoiseries et autres disputes qui ont fameusement érodé le prestige de la D1 a des effets à tous les étages du football belge. Je le ressens à mon niveau, en Promotion. Il y a indiscutablement un climat de méfiance à l'égard du football. J'ai relevé une forme de lassitude en profondeur. Dès lors, il faudra que les clubs professionnels retrouvent la sérénité, un climat sérieux afin d'être une locomotive sans problème. Même si les réformes, la modernisation et une plus large autonomie du football professionnel sont indispensables, il faut d'abord un retour vers le calme, la sagesse et l'honnêteté en D1 : pour moi, ce sera le principal défi du nouveau président de l'Union Belge ". Dirigeant du CS Brainois (P1), et journaliste au Soir, Jean-Louis Donnay insiste : " La fédération se nourrit aussi des 2.000 clubs amateurs qui apportent des cotisations, des taxes sur les tickets d'entrée aux matches, des amendes. A ce niveau, il y a des initiatives qui passent plus vite que dans les hautes sphères. Ainsi, des équipes de P1 prennent part au championnat de P4 : ce sera le cas de Braine la saison prochaine et cela permettra à nos jeunes de franchir un pas avant de débuter en P1. Il y a des années que les clubs de D1 aimeraient aligner leur équipe réserve en D3 : en vain ! Nous pouvons être un laboratoire de bonnes idées. Mais nous avons besoin de moyens et de compréhension. La saison passée, le match de D1 diffusé en direct le dimanche à 18 heures a vidé nos buvettes qui constituent une indispensable source de revenus. La perte est estimée à 250 euros par match. Pour l'ensemble du monde amateur, cela représente un déficit de 7.500.000 euros. Nos clubs ne peuvent pas se passer de cette manne. Il conviendra de trouver des solutions : un coup de pouce financier des clubs pros, ne plus atomiser chaque journée de championnat de D1 tout au long du week-end, etc. Au plus haut niveau, le football belge est à la recherche de visionnaires comme l'ont été, entre autres, Roger Petit, Constant Vanden Stock et Eddy Wauters. Tous les trois furent de bons footballeurs et cela explique la différence par rapport à pas mal de dirigeants actuels. Or, même si le football a changé, il ne se gère pas comme une usine. C'est différent, c'est plus sensible. Les grands dirigeants des années 70 avaient su professionnaliser les clubs de D1. Leurs récoltes furent fameuses en coupes d'Europe et avec l'équipe nationale. Plus tard, hélas, les dirigeants n'ont pas vu venir l'arrêt Bosman et d'autres orages. Ils n'ont pas non plus su protéger la formation, s'inspirer de ce qui se passe à ce propos en France et en Hollande où les infrastructures sont soignées. Vanden Stock et Preud'homme avaient bien cerné tous ces problèmes mais je me demande s'ils n'auraient pas eu plus de travail avec les clubs de D1 qu'avec le monde amateur. C'est ce qui a démotivé l'Anderlechtois. Les clubs de D1 n'arrêtent pas de se tirer dans les pattes. Or, il faut une D1 solide afin d'entraîner tout le football belge dans son sillage : l'équipe nationale, les petits clubs, etc ". PIERRE BILIC