Pas simple ou tranquille, la vie de Frankie Vercauteren (56 ans) depuis quelques années. Il y a eu deux démissions : en équipe nationale (septembre 2009) et à Genk (août 2011). Ensuite deux limogeages : à Al Jazeera (mars 2012) et au Sporting de Lisbonne (janvier 2013). L'homme aux quatre finales européennes avec Anderlecht s'est arrêté à la rédaction de Sport / Foot Magazine pour détailler son état d'esprit, commenter ce que ses expériences récentes lui ont appris et prédire son avenir.
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Pas simple ou tranquille, la vie de Frankie Vercauteren (56 ans) depuis quelques années. Il y a eu deux démissions : en équipe nationale (septembre 2009) et à Genk (août 2011). Ensuite deux limogeages : à Al Jazeera (mars 2012) et au Sporting de Lisbonne (janvier 2013). L'homme aux quatre finales européennes avec Anderlecht s'est arrêté à la rédaction de Sport / Foot Magazine pour détailler son état d'esprit, commenter ce que ses expériences récentes lui ont appris et prédire son avenir. Frankie Vercauteren : Je viens d'apprendre que les collaborateurs, qui n'avaient plus été payés depuis deux mois, auraient maintenant reçu leur argent. Les dirigeants m'avaient promis que je serais payé avec les autres. Donc, j'attends. Je pourrais aller en justice mais je n'y tiens pas. J'ai pris contact avec la Fédération portugaise et avec le ministère des Sports pour savoir ce que je peux faire. Je devrai peut-être m'adresser à l'UEFA. Au Portugal, la coutume veut que si un entraîneur limogé reçoit un meilleur contrat dans son nouveau club, il ne touche plus rien de son ancien employeur. S'il gagne moins avec sa nouvelle équipe, le club qui l'a viré lui verse la différence. Mais moi, je n'ai pas retrouvé de travail. Et donc, ils sont censés me payer l'intégralité de mon salaire. Toute la discussion tourne autour de ça. Et le problème, c'est que le Sporting a de très gros problèmes financiers. Son académie aurait déjà été rachetée par des banques. Le club doit trouver entre 25 et 40 millions avant la fin de l'année, il le signale lui-même sur son site. Je ne savais pas que c'était aussi grave. Tous les clubs portugais ont des problèmes, mais le Sporting, c'est quand même le Sporting ! Je pensais que ça ne pouvait que s'améliorer. En plus, j'étais sans boulot depuis huit mois, donc j'ai foncé. Non, même si aujourd'hui, il faut être préparé à tout quand on fait ce métier. Tout entraîneur doit s'attendre à voler après deux mois dans un club. Mais je n'y pensais évidemment pas quand j'ai signé à Lisbonne. C'est ridicule, tout ce qu'on raconte là-dessus... L'argent, c'est bien, mais ce n'est que ma quatrième, voire ma cinquième priorité. En tout cas, ils ont été hyper corrects après mon licenciement. Tout ce qu'ils m'avaient promis, ils l'ont respecté. Après mon C4 à Al Jazeera, je suis encore resté un bon moment à Abu Dhabi parce que je m'y plaisais beaucoup et parce que j'avais un appartement jusqu'à la fin octobre. Je n'avais aucune raison de le quitter plus tôt. Et aussi longtemps que je n'avais pas retrouvé un club, je ne voyais pas l'utilité de revenir ici. Au Portugal, j'ai vécu à l'hôtel pendant deux mois. Je sentais que je risquais de ne pas y rester longtemps, alors je n'ai pas voulu louer une maison. Par après, j'ai pris une résidence de vacances pour quelques mois à Azeitao, en plein milieu d'un complexe de golf. J'y retourne la semaine prochaine. Et à la fin du mois, je repars à Abu Dhabi, pour des vacances. Je sais déjà que je continuerai à retourner là-bas et il n'est même pas impossible que j'y achète quelque chose. Pour y rester cinq ans, dix ans ? Je n'en sais rien. Je ne peux pas non plus prédire l'avenir des pays de cette région. En tout cas, pour le moment, l'Asie incarne le futur à beaucoup de points de vue. L'Europe, un peu moins ! Oui, je suis souvent en déplacement, mais je bouge vers quelque chose de fixe ! Je pourrais m'installer à deux ou trois endroits. Probablement pas au Portugal. Par contre, Abu Dhabi me tente. La qualité de la vie. Le soleil. La mer. La sécurité. La propreté. Le potentiel sportif. L'ouverture d'esprit des gens. Et là-bas, quand je ne travaille pas une journée, c'est une vraie journée de congé. En Belgique, tout le monde veut me voir. En plus, ici, il fait mauvais dix mois par an. C'est mon grand problème : je ne peux pas faire du vélo quand j'en ai envie, je ne peux pas nager dans la mer, je ne peux pas aller faire du jet-ski avec mes enfants, je ne peux pas faire des balades dans le désert... Il pleut souvent. Même au Portugal, je n'ai pour ainsi dire connu que la pluie. Non, quand même pas ! J'ai aussi des raisons de passer du temps ici. Ma mère va avoir 90 ans et elle a besoin qu'on s'occupe d'elle. Ma soeur est malade. C'est aussi pour ça que j'avais accepté le Sporting de Lisbonne. Ce n'est qu'à deux heures et demie de Bruxelles et il y a quatre vols par jour. C'est en Europe que je voulais retravailler. L'idéal serait d'avoir deux ou trois ans pour mettre quelque chose sur pied au Moyen-Orient. Quand j'ai signé là-bas, je pensais que c'était faisable. Entre-temps, j'ai compris que c'était très compliqué. Et donc, j'ai décidé de revenir dans le foot européen. Attention, j'étais épanoui aussi à Abu Dhabi. Mais on doit savoir qu'on n'y travaille pas sur le long terme. Après ça, je n'ai pas eu peur de ne signer que pour huit mois à Lisbonne mais mon but était d'obtenir, via mon bon travail, une prolongation de contrat. Je n'aime pas changer tout le temps. Quand j'ai été licencié, nous étions deuxièmes en championnat, nous étions en demi-finales des deux coupes et nous avions gagné notre premier match en Ligue des Champions asiatique. So what ? Entre-temps, ils ont déjà consommé trois autres entraîneurs. Là-bas, ça fonctionne comme ça. Mais s'ils m'appellent demain pour reprendre du service, j'y vais. Parce que je pense que le potentiel est énorme. Et je dois être réaliste : est-ce qu'on m'attend en France ou en Angleterre ? En étant passé par le Sporting du Portugal, j'ai aussi une référence supplémentaire. Parce que ce club n'engage pas le premier coach venu. Rien que le fait d'avoir été choisi, c'est un plus. Là-bas, c'est foot, foot, foot ! Mes joueurs n'osaient pas aller dans certains centres commerciaux parce que tout le monde les accostait. Moi, je ne me suis jamais senti agressé. Quand j'avais envie d'aller au restaurant, j'y allais. Si je voulais faire un tour en ville, j'y allais aussi. Qu'on ait gagné ou perdu le dernier match. Mes joueurs me disaient que j'étais fou. Eux, ils n'osaient sortir que s'ils avaient gagné ! Je n'ai jamais été frappé par des gens de Benfica mais ça peut arriver quand on est au Sporting ! Quand j'étais au boulot, en tout cas, je ne risquais pas grand-chose : au club, dans le car, à l'hôtel quand nous partions en déplacement, j'avais toujours un garde du corps. Il ne me lâchait pas d'une semelle, il me suivait jusqu'à l'entrée des toilettes... A la limite, c'est parfois agréable parce qu'on se sent important ! Non. Le premier C4 de ta carrière est toujours difficile. Après, ce n'est plus le cas. Tu ne peux quand même rien y faire. Tu arrives à te dire : -On continue à me payer, je fais avec. Je n'y parvenais pas après mon premier renvoi. Je me rendais malade et j'étais énervant pour ma famille. Je n'aurai plus jamais ce problème. Dans les deux cas, il s'était passé des choses déjà bien longtemps avant mon départ. Il arrive un moment où tu dis : -Stop, ça suffit. Je pouvais me permettre de réagir comme ça. Et c'est encore le cas aujourd'hui, d'ailleurs. J'ai aussi envisagé de quitter Lisbonne, mais j'ai finalement continué parce que les joueurs commençaient à comprendre ce que je leur expliquais. C'est pour eux et pour le club que je suis resté. Sans ça, j'aurais déjà quitté après trois semaines. Que j'aurais dû m'en aller plus tôt ! On espère toujours que ce qu'on attend va finir par se réaliser. Qu'on aura les réponses sur les transferts entrants et sortants plus tôt, et pas le 31 août. J'aurais aimé rester parce que quand tu as été champion, tu as envie de l'être encore. J'aime confirmer. Cela aurait été possible, même après les départs de Kevin De Bruyne et Thibaut Courtois. Mais il fallait faire le nécessaire pour que ce soit réalisable. Non. Tout ce que j'aurais pu espérer de mieux, c'était devenir entraîneur de Chelsea, Arsenal ou Milan. Mais je ne suis pas José Mourinho. Je ne suis pas Arsène Wenger. J'ai fait ce que j'aime faire et j'ai été bien récompensé. Les expériences que j'ai connues entre-temps, ce n'était quand même pas mal. Va au Moyen-Orient et parle d'Al Jazeera : c'est quelque chose. Et le Sporting de Lisbonne, c'est le top 3 au Portugal. J'ai aussi dirigé l'équipe nationale. Il n'y a pas beaucoup de coaches qui peuvent en dire autant. Malheureusement, je me suis souvent retrouvé dans des clubs où il n'y avait rien et où je devais construire. A Al Jazeera, on ne m'en a pas laissé le temps. Si je l'avais eu, on aurait vu quelque chose de complètement différent. Idem au Sporting du Portugal. Quand tu es entraîneur, tu n'es pas au courant de tout ce qui se déroule dans les coulisses. Cela explique la vie d'un coach, qui va et vient. Mais pourquoi je m'en plaindrais ? J'ai quitté Genk puis j'ai connu à Al Jazeera, la plus belle période de ma vie, à l'exception de quelques détails. Et au Portugal, j'ai toujours une bonne image. Les personnes qui m'ont mis dehors ont entre-temps été débarquées du club, ça veut dire beaucoup. Ton palmarès, c'est le bien-être que tu ressens ! Tu peux te sentir très bien dans ta peau en terminant deuxième. Faux. Ma famille est encore et toujours dépendante de mes choix en matière de football. Quand je pars aux Emirats, ma famille me suit et en supporte les conséquences. Si le football ne restait pas hyper important, je resterais en Belgique, vu que les gens qui ont besoin de moi sont ici. Le foot reste ma première priorité ! Oui, mais ça, je l'expliquerai en détail quand je sortirai un livre... Là-bas, j'ai commencé à réfléchir à mon avenir et au sens de mon futur. Un des avantages dans ce pays, c'est qu'on peut participer à tout moment à des séminaires. Dans un séminaire consacré au futur, j'ai rencontré un homme qui, plus encore que Johan Desmadryl, m'a fait comprendre l'importance de la pensée positive : Robin Sharma. Après cela, je me suis mis à lire ses livres - alors qu'avant, je ne lisais jamais de livres ! J'ai eu un déclic et ça m'a changé en tant qu'homme. Dans un autre séminaire, un homme en pantalon est monté sur l'estrade, a parlé puis est parti. On a éteint les lumières et il est alors réapparu en short. Il avait deux prothèses aux jambes ! C'est un choc. Quelle est encore l'importance du football quand tu vois ça ? Mais attention, ce n'est pas pour ça que j'ai abandonné mes ambitions d'entraîneur. Je voudrais encore faire ce métier pendant deux ou trois ans. Je préfère arrêter moi-même plutôt que voir les autres décider pour moi. Elles ne sont pas élevées ! J'ai eu trois fois Vincent Mannaert au téléphone. La première, il voulait savoir si j'étais intéressé par Bruges. La deuxième, il m'a demandé si je pouvais venir. La troisième, il m'a dit qu'ils avaient pris Georges Leekens. Le Standard m'a contacté le jour où je prenais l'avion pour aller à Lisbonne. Ce n'était pas Roland Duchâtelet, mais Jean-François de Sart. Et pour ce qui est de Gand, c'est un agent qui m'a demandé si ça m'intéressait. Mais je n'ai pas eu une seule discussion concrète avec un de ces trois clubs. Je ne dis pas non d'office à une proposition en Belgique mais ce n'est pas mon premier choix. Au gala du Soulier d'Or, j'ai eu une bonne discussion... de dix secondes avec Roger Vanden Stock et Herman Van Holsbeeck. Ils m'ont dit que j'étais toujours le bienvenu. (Il rigole). Je n'oublie pas mais je ne suis pas rancunier. Et ça, on l'oublie parfois. Nous avions eu une longue discussion, positive, mais tout était au conditionnel et je n'avais rien signé. Dès le début, il m'avait dit qu'il ne faisait que prendre la température et qu'il ne pouvait rien me promettre. Il connaît les dirigeants de ce club mais il est plus proche de ceux de Porto et de Benfica. Le directeur technique du Sporting me suivait depuis un bout de temps. Malheureusement, il était parti avant ma signature. Ce serait à l'étranger, dans un seul club. Après ça, j'arrêterais et je laisserais la place à des jeunes. Je me suis toujours occupé d'autres choses que de mon métier, c'était déjà le cas quand j'étais joueur. Si j'arrête demain, il y a déjà quelque chose qui est prêt. Quoi ? Vous verrez. Mais quand je fais quelque chose, c'est souvent bien préparé. Quand tu quittes une équipe, il y a toujours des choses déplaisantes. Je pense par exemple au comportement de personnes qui disent blanc puis font noir. Si mon adjoint dit qu'il n'a pas d'ambitions de T1, il doit avoir le cran de ne pas prendre ma place quand je suis limogé, au lieu de dire qu'il n'avait pas le choix. Ça, je ne le supporte pas. Et quand on oeuvre dans mon dos, comme ça s'est passé au Sporting du Portugal, c'est encore plus insupportable. La découverte de cultures différentes. Aussi sur le plan du football. Je me pose parfois une question : est-ce que je dois m'adapter ou imposer ma vision des choses ? C'est une situation très, très intéressante. Oui, j'aurais déjà dû m'en aller plus tôt quand j'étais joueur. Je suis resté très longtemps à Anderlecht. Trop longtemps. Quand je me suis retrouvé à Nantes, j'ai découvert un autre monde. J'ai à nouveau ressenti exactement la même chose comme entraîneur. PAR PIERRE DANVOYE, JAN HAUSPIE ET CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTOS: IMAGEGLOBE/ HAMERS" Jean-François de Sart m'a contacté pour remplacer Ron Jans le jour où je partais signer à Lisbonne. " " Le premier C4 de ta carrière est difficile. Après, c'est différent. " " Les joueurs du Sporting du Portugal me disaient que j'étais fou de sortir en ville après une défaite. "