Deux joueurs brésiliens ont retenu mon attention. Le premier, c'est Cristian qui évolue aux Corinthians, l'équipe de Ronaldo. Il a adressé deux doigts d'honneur au public après avoir marqué un but contre Sao Paulo. Aujourd'hui, il risque dix matches de suspension et six mois de prison. Cristian aurait été plus inspiré de se bourrer la gueule avec du whisky ou de faire un excès de vitesse.
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Deux joueurs brésiliens ont retenu mon attention. Le premier, c'est Cristian qui évolue aux Corinthians, l'équipe de Ronaldo. Il a adressé deux doigts d'honneur au public après avoir marqué un but contre Sao Paulo. Aujourd'hui, il risque dix matches de suspension et six mois de prison. Cristian aurait été plus inspiré de se bourrer la gueule avec du whisky ou de faire un excès de vitesse. Cette sanction est disproportionnée. Si l'on appliquait cette punition en Belgique, la moitié des joueurs du championnat risquerait de se retrouver derrière les barreaux. Le second, c'est Adriano. Il a décidé de se retrancher au Brésil et il n'a plus donné de nouvelles pendant un certain temps. Depuis des années, ce garçon est dépressif. Il est issu des favelas les plus extrêmes de Rio. Adriano boit ou se montre violent pour exprimer son mal-être. Je lance une réflexion qui pourrait inspirer nos clubs de l'élite. Quand on engage un footballeur qui provient d'un milieu social défavorisé, il faut le prendre en mains. Je connais un joueur belge qui évolue aujourd'hui en D3. Il a brillé en D1 mais personne ne l'a aidé à gérer son succès. Il a pété un plomb, mis enceinte une fille de 17 ans et vécu une descente aux enfers. Une autre question qui me tient à c£ur, c'est l'accompagnement médical des clubs. Ivan Klasnic, l'attaquant croate de Nantes, a intenté un procès au Werder Brême, son ancien employeur. Klasnic avait dû subir deux greffes de reins en 2007 et il accuse son ancien club d'avoir sous-estimé la gravité de ses problèmes. Les avocats du Werder lui ont proposé un arrangement à l'amiable : 350.000 euros. Mais Klasnic réclame 1.1 million d'euros, qu'il promet de reverser à une £uvre caritative. L'action de Klasnic lance un véritable débat sur le pouvoir des clubs et des staffs médicaux. Dans ce genre de situation, tout le monde se renvoie la balle : le club accuse le staff d'avoir commis une erreur et le staff réplique que c'est la faute du club ou du joueur. Pour moi, le véritable débat est ailleurs : de quelle protection dispose le joueur ? Les clubs et les médecins sont souvent trop puissants. Prenons l'exemple du Danois Mikkel Beck. Quand il jouait à Lille, il a été victime de plusieurs entorses. Le médecin du club l'a envoyé subir une IRM dans un hôpital de la banlieue de Lille. On lui a injecté un produit et Beck a choppé un streptocoque. Il a failli être amputé du pied et il a dû stopper sa carrière à 29 ans. Il a porté plainte contre Lille qui s'est retourné contre l'hôpital. Beck est condamné à ne rien gagner. Sauf si Klasnic obtient satisfaction... Son affaire pourrait alors faire jurisprudence pour les joueurs comme Beck. Tous ces problèmes, qui concernent aussi la Belgique, pourraient être résolus si les clubs rédigeaient une charte. Les médecins ne sont pas toujours responsables des maux de nos footballeurs. Certains ne se soignent pas correctement ou préfèrent consulter d'autres médecins. Comme Frutos... Imposons plus de cohérence, s'il vous plaît. Un article lu dans le Daily Telegraph, un canard anglais, m'a interpellé. Les clubs anglais sont endettés et mettent en place des politiques de restriction budgétaire. On a diminué le salaire du petit personnel, qui gagne moins de sept euros de l'heure. Jugez le surréalisme : dans le même temps, la rémunération des présidents a augmenté de 20 à 30 %. En Angleterre, les dirigeants sont loin d'être des mécènes désintéressés : ils prennent la tête des clubs pour s'en mettre plein les poches. L'article expliquait que Peter Storrie, le big boss de Portsmouth, gagnait 2.3 millions d'euros. C'est plus que le salaire de patrons de sociétés lambda. Cette injustice me dégoûte. En France, un dirigeant français dont je tairai le nom a dépensé cinq millions d'euros en transfert et s'est complètement planté. Dans une entreprise traditionnelle, on lui aurait donné son C4. Mais lui parade comme si de rien n'était. Les parachutes dorés que déplore Alain Souchon dans sa chanson ne sont malheureusement pas l'apanage que des banquiers ou des financiers. PROPOS RECUEILLIS PAR SIMON BARZYCZAK par stéphane pauwels