Le dernier Clasico n'a fait que confirmer ce que tout le monde pensait ou presque : le Standard doit en être. Du moins si l'on se réfère au potentiel joueurs nettement supérieur à celui de ses concurrents directs, Charleroi et Zulte Waregem, ou à sa façon d'aborder ses duels face aux ténors. Car hormis face à Gand (0-3) où Yannick Ferrera s'était quelque peu fourvoyé en adaptant son schéma de jeu à celui de l'adversaire, voire à Ostende (5-2) où la défaite résulte davantage d'erreurs individuelles grossières que d'un effondrement collectif, le Standard de Ferrera s'est à chaque fois montré à la hauteur lors de ses affiches avec comme référence, toujours, cette victoire 2-0 du 13 décembre face à une équipe brugeoise totalement étouffée.
...

Le dernier Clasico n'a fait que confirmer ce que tout le monde pensait ou presque : le Standard doit en être. Du moins si l'on se réfère au potentiel joueurs nettement supérieur à celui de ses concurrents directs, Charleroi et Zulte Waregem, ou à sa façon d'aborder ses duels face aux ténors. Car hormis face à Gand (0-3) où Yannick Ferrera s'était quelque peu fourvoyé en adaptant son schéma de jeu à celui de l'adversaire, voire à Ostende (5-2) où la défaite résulte davantage d'erreurs individuelles grossières que d'un effondrement collectif, le Standard de Ferrera s'est à chaque fois montré à la hauteur lors de ses affiches avec comme référence, toujours, cette victoire 2-0 du 13 décembre face à une équipe brugeoise totalement étouffée. Depuis lors, le Standard a manqué de stabilité pour surfer durablement sur ce succès. Tant en coulisse que sur le terrain, la nouvelle direction liégeoise a chamboulé le tout ou presque : exit les gros salaires que percevaient Jelle Van Damme, Jorge Texeira, Anthony Knockaert au profit d'arrivées moins coûteuses mais prometteuses : Junior Edmilson, Milos Kosanovic, ou les back-up, Colins Fai et Jean-Luc Dompé. Seul l'énorme coup de pub signé Victor Valdés, dont certains mettent désormais en doute sa plus-value sportive, est venu rompre cette nouvelle orientation bien plus économe. Yannick Ferrera n'échappe pas à la règle avec un salaire modeste avoisinant les 200.000 euros brut annuel pouvant être rehaussé grâce à d'importantes primes à la performance (Coupe de Belgique, Play-Offs 1, qualification européenne, etc). Un mode de fonctionnement qui touche plusieurs joueurs de l'effectif et qui tranche avec la période Duchâtelet. L'éventuelle non-participation aux prochains play-offs aura donc des conséquences négatives non seulement pour la trésorerie du club mais aussi pour le portefeuille des joueurs puisqu'aucune prime n'est prévue en cas de play-offs 2. Arrivé le 7 septembre dernier au milieu d'un fameux chambard, Yannick Ferrera voit désormais plus clair même si certains points structurels restent à définir (voir cadre). D'un point de vue comptable, son bilan est insuffisant pour un club du top (31 sur 66) mais celui-ci est relevé par l'héritage douloureux de Slavo Muslin, la qualification pour la finale de la Coupe et quelques rencontres de prestige enlevées avec panache (6 sur 6 face à Charleroi, 4 sur 6 face à Anderlecht) A l'image des nombreux coaches de D1, Hein Vanhaezebrouck faisant quasiment exception, Yannick Ferrera doit faire avec le matériel mis à sa disposition. A l'exception de l'arrivée de JuniorEdmilson qui fut freinée par les Henrotay père et fils qui poussaient pour la seule venue de Dompé, Yannick Ferrera n'a pas son mot à dire dans les transferts. Pour autant, il a très vite déchiffré l'organigramme quelque peu brouillon du Standard et préférait dévier les approches d'agents vers Daniel Van Buyten et non vers Axel Lawarée, pourtant directeur technique officiel jusqu'il y a peu. Big Dan n'hésite pas non plus à conseiller et tempérer le tempérament du jeune Ferrera comme ce fut le cas avec Dompé, dont l'attitude pose souvent problèmes, ces écarts datant de sa période trudonnaire. Ferrera a aussi soigné sa communication interne et externe. Il ne fanfaronne plus médiatiquement, d'autant que les défaites face à saint-Trond et Westerlo ont fait vaciller sa tête. La semaine qui a précédé la rencontre face à Charleroi, il masquait difficilement la tension qui pesait de plus en plus sur ses épaules. Le succès face aux Zèbres lui a donné une petite bouffée d'oxygène et a éloigné le couperet. Aujourd'hui, si l'homme ne manie toujours pas la langue de bois, l'expression est moins orageuse. Lors de ses premiers mois à la tête du Standard, de nombreux clashes ont éclaté entre lui et ses joueurs. A l'image de cette engueulade avec Dino Arslanagic qui, après avoir tenté une talonnade dans le rectangle à l'entraînement a fait sortir de ses gonds son coach qui n'a pas attendu pour l'invectiver tandis que le défenseur central répondait violemment en retour. Un accrochage qui prendra finalement les contours d'une exclusion définitive pour Arslanagic alors que ce dernier avait pourtant été relancé par le coach belgo-espagnol en début de saison. Les joueurs cadres semblent par contre à l'abri de toute critique. Après des débuts souvent conflictuels, Ferrera apparaît moins explosif, sans pour autant avoir rangé sa langue en poche. Notamment quand il s'agit de piquer avec humour Olivier Renard lors de la présentation de la nouvelle équipe. Peu de temps après son intronisation, Yannick Ferrera a répété à ses joueurs qu'il fallait en revenir aux fondamentaux. Concentration, implication et engagement ont été ses maîtres-mots. Rien de révolutionnaire mais des basiques qui ont permis au Standard de retrouver de la stabilité après des essais (à Genk et face à Westerlo) peu fructueux. Le stage hivernal fut de l'avis de tous une réussite (même si trop court et entrecoupé de deux amicaux qui n'ont pas facilité le travail foncier) mais la perte de Sambou Yattabaré, intervenue à la toute fin du mercato hivernal est venue tout chambouler. Davantage que des joueurs décisifs du type MatthieuDossevi ou Knockaert, les tentacules et les courses du milieu de terrain malien étaient indispensables au système de jeu imaginé par Ferrera qui travaille quasi quotidiennement le press et dont Yatabaré était la figure centrale. Que ce soit EyongEnoh et encore moins Ioannis Maniatis, personne dans le groupe n'est en mesure d'assurer l'abattage de l'actuel joueur de Brême. Ce qui expliquait la volonté de Ferrera d'attirer Victor Angban de Saint-Trond, dont le profil imitait Yattabaré. Sans résultats. Ferrera est parfois perçu comme arrogant par l'opinion publique mais ne fait pas preuve d'excès de confiance quand il faut préparer une rencontre. Si les trois premiers jours de la semaine sont consacrés principalement au travail physique, la mise en place en prélude du match du week-end s'articule autour des points faibles de l'adversaire, ce qui contraste avec les coaches qui l'ont précédé au Standard. En parfait stakhanoviste, Ferrera ne laisse rien au hasard et passe même du côté de Sclessin pour un jeune Michel Preud'homme. Il va même plus loin en obligeant les joueurs à débarquer au club vers 8h30 quand l'entraînement débute à 10 h et celui-ci est prolongé par un repas le midi, même quand aucun entraînement n'est programmé l'après-midi. Des obligations qui bousculent quelque peu le train de vie avantageux des joueurs et qui parvient à en irriter plus d'un quand ça tourne moins bien. Son jeune âge lui permet d'être proche de ses joueurs, de leur langage et d'être à l'écoute. Une proximité qui lui joue parfois des tours. Et qui l'oblige aujourd'hui à prendre ses distances. PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS BELGAIMAGE