Que faut-il penser de la défaite des Diables Rouges à Zagreb?
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Que faut-il penser de la défaite des Diables Rouges à Zagreb?Georges Heylens: Les Belges sont tombés face à une équipe croate au sein de laquelle certains joueurs sont apparus plus jeunes que vieux. Sur le but encaissé, Nico Van Kerckhoven a été pris de vitesse par un débordement: il s'est laissé dépasser comme un gamin. Et Eric Deflandre a commis une grave erreur de marquage: lorsqu'il a essayé de tackler, il était déjà trop tard. J'apprécie beaucoup Eric Deflandre. Il a énormément progressé depuis qu'il évolue à Lyon. Mais sur cette phase-là, il s'est fait avoir. Quant à l'axe central de la défense, il m'est apparu trop lent. Que ce soit dans le chef d'Eric Van Meir ou de Glen De Boeck. J'ai beaucoup de respect pour Eric Van Meir, mais Joos Valgaeren incarne la jeunesse... et donc l'avenir. Marc Wilmots a fait le forcing pour répondre présent. Walter Baseggio était de retour après une longue absence. Deux joueurs de l'entrejeu étaient donc à court de compétition.Oui, et cela s'est probablement ressenti. Chapeau à Marc Wilmots pour tous les efforts qu'il a accomplis. Le capitaine a voulu jouer son rôle fédérateur. Mentalement, il était certainement prêt. Idem pour Walter Baseggio. Mais il vient de reprendre la compétition avec Anderlecht. En football, il n'y a pas de miracle! Dans un match-couperet, comme celui de Zagreb, il aurait fallu des joueurs à 150% de leurs moyens. Comme cela avait été le cas face à l'Ecosse, lorsque les Diables Rouges s'étaient sublimés. En Croatie, Marc Wilmots et Walter Baseggio n'étaient pas à 100%. Y avait-il d'autres options? Danny Boffin a 36 ans, mais il a retrouvé une seconde jeunesse à St-Trond. Personnellement, je lui aurais fait confiance.Offensivement, les Belges ont été trop peu présents.En effet. Personnellement, j'aurais aligné Wesley Sonck -l'homme en forme du moment- aux côtés d'Emile Mpenza. Tout en maintenant Marc Wilmots derrière les deux attaquants. En présentant un visage offensif, nous aurions pu faire douter les Croates. Ce que nous n'avons jamais fait samedi.Les Croates, pourtant, étaient à prendre.Tout à fait. Ils avaient aussi de nombreux joueurs indisponibles. On peut accepter une défaite, mais pas en jouant comme cela.Avons-nous été victimes du manque d'audace traditionnel dont souffre le football belge?Sans doute. Je l'avais aussi ressenti lors de la visite d'Anderlecht au Real Madrid: Aruna Dindane a presque dû évoluer comme demi défensif. A Zagreb, Emile Mpenza -isolé en pointe- a manqué de soutien des autres lignes. Certains argueront qu'avec deux attaquants, il aurait manqué un pare-chocs dans l'entrejeu. Osons, que Diable! Que nous ont appris les Français lors de la Coupe du Monde 1998 et de l'EURO 2000? A aller chercher l'équipe adverse très haut! En Belgique, dès que l'on se déplace quelque part, on est craintif et on recule. On a peur de ce que l'on sait... et de ce que l'on ne sait pas. Finalement, on s'en est bien sorti à Zagreb. Si le marquoir avait affiché 3-0, il n'y aurait rien eu à dire. Jusqu'à la 76e minute fatale, nous avions eu beaucoup de chance: les Croates avaient loupé un penalty et un but n'avait pas été validé alors qu'Eric Deflandre avait dégagé le ballon un mètre derrière la ligne.Est-ce l'échec de la philosophie utilisée jusqu'ici avec succès par Robert Waseige: à savoir faire confiance à un groupe homogène plutôt qu'aux hommes en forme?Je ne veux pas critiquer Robert Waseige. Il a fait des choix, j'en aurais fait d'autres. C'est tout. Disserter sur le bien-fondé de telle ou telle option est toujours facile après coup. Mais les Diables Rouges nous ont déjà fait plaisir tellement souvent que, cette fois, on ne peut s'empêcher d'être déçu.Nous voilà partis pour un double match de barrage face aux Tchèques.Certains semblent penser que nous émergerons une nouvelle fois, comme face à l'Irlande voici quatre ans. Rien n'est moins sûr. Les Tchèques, sans Jan Koller, viennent de battre la Bulgarie 6-0 et ont le vent en poupe. C'est une très bonne équipe face à laquelle il faudra se battre avec bec et ongles. Ce sera un rendez-vous crucial, car en cas de non-qualification pour la Coupe du Monde 2002, la Belgique pourrait sombrer pour longtemps.Daniel Devos