C'est le dernier espoir des clubs menacés : que Mouscron n'obtienne pas la licence pour 2009-2010. Tubize et Mons, dans ce cas-là, se livreraient un duel pour la 17e place qui leur permettrait de jouer les barrages. Dender et Roulers, d'autre part, viseraient la 15e place qui leur permettrait de prolonger directement leur séjour en D1. Les dés sont (presque) jetés, puisque les 18 clubs de D1 ont été convoqués hier devant la Commission des licences. Du côté du Canonnier, on fait mine de ne pas trop s'inquiéter. " On a connu pire comme situation ", entend-on çà et là.
...

C'est le dernier espoir des clubs menacés : que Mouscron n'obtienne pas la licence pour 2009-2010. Tubize et Mons, dans ce cas-là, se livreraient un duel pour la 17e place qui leur permettrait de jouer les barrages. Dender et Roulers, d'autre part, viseraient la 15e place qui leur permettrait de prolonger directement leur séjour en D1. Les dés sont (presque) jetés, puisque les 18 clubs de D1 ont été convoqués hier devant la Commission des licences. Du côté du Canonnier, on fait mine de ne pas trop s'inquiéter. " On a connu pire comme situation ", entend-on çà et là. Ce n'est pas tout à fait faux. Car si l'argent d' OlivierDeGrox n'est jamais parvenu sur le compte de l'Excel, l'intox du présumé investisseur a tout de même produit certains effets. Elle a commencé par inciter les membres de l'assemblée générale du 27 mars à voter la continuité des activités du club, ce qui n'était pas gagné d'avance une semaine plus tôt. Ensuite, elle a conduit PhilippeDufermont à payer les dettes fédérales jusqu'au 31 décembre 2008. Une somme d'environ 700.000 euros qu'il espérait récupérer plus tard, avec l'argent de De Grox. A ce niveau-là, l'Excel est donc tranquille. Seulement voilà : comme chacun sait que le club est en difficulté, il était clair que la Commission des licences ne se contenterait pas de cela. Elle vérifierait les comptes du premier trimestre 2009 et demanderait des garanties (sérieuses, cette fois-ci) pour la saison prochaine. Ce qui n'arrange rien, c'est que l'Excel est un récidiviste, puisqu'il avait déjà été confronté à ce genre de situation précédemment... même si c'était avec d'autres dirigeants. Cela, la Commission des licences le sait également. Mouscron est conscient qu'il ne doit pas s'attendre à des cadeaux et la sérénité n'y est qu'apparente. En fin de semaine dernière, le président Jean- PierreDufermont apparaissait très préoccupé. Très fatigué aussi, car il travaille 24 heures sur 24 pour tenter de trouver une solution qui, au fil des jours, apparaissait de plus en plus aléatoire. Si des pistes existent (une société latino-américaine, une agence de joueurs espagnoles, voire une piste... irano-syrienne), aucune n'avait encore être pu concrétisée. " Lorsqu'on a appris que De Grox n'était qu'un plaisantin, on a pris un coup sur la tête ", reconnaît le président. " Cela nous à fait très mal. A moi sûrement, mais à Philippe encore davantage... " Comment l'Excel a-t-il pu s'engager sur la piste De Grox ? " En fait, c'est MarcLetot qui a pris contact avec nous ", explique Jean-Pierre. " Depuis un mois, il envoyait des mails, se disait mandaté par un homme qui avait quatre millions à placer. Il ajoutait que le même type d'opération avait déjà été effectué en Pologne. Letot dirige une société d'assurance et de courtage qui a pignon sur rue à Bruxelles, ce qui nous a mis en confiance. Un protocole d'accord a rapidement été signé, le réviseur d'entreprise a donné son aval, tout paraissait correct. " La supercherie a été découverte par un journaliste du groupe Sud-Presse, DavidLehaire, qui s'est rendu à Valence pour réaliser une interview de Philippe Dufermont. Le mécène de l'Excel lui était apparu préoccupé parce qu'en dépit d'un bordereau de versement dûment rempli, l'argent promis n'arrivait pas sur le compte. C'est en rentrant en Belgique, après investigation et avec l'aide de son collègue DavidDupont, que le journaliste est tombé sur le nom d'Olivier De Grox, un personnage sur le compte duquel pèsent de lourdes suspicions. Il a rappelé Philippe Dufermont qui, sans cela, serait peut-être toujours en train d'attendre ! Comment Philippe Dufermont, qui n'est tout de même pas né de la dernière pluie, a-t-il pu tomber ainsi dans le panneau ? L'urgence de la situation l'a sans doute amené à prendre une décision rapide. On se souvient des propos qu'il avait tenus lors de sa conférence de presse du 27 mars, sous les applaudissements de l'assemblée, les remerciements des joueurs et les coups de klaxons des supporters : " L'Excel est sauvé définitivement. C'est la solution idéale, d'autant que c'est du belgo-belge. Le feeling est excellent, il n'y a pas une chance sur mille que l'opération échoue. D'ailleurs, j'ai tellement confiance que j'avancerai moi-même l'argent nécessaire à l'octroi de la licence. Je le récupérerai plus tard, car sortir ainsi de l'argent de mes sociétés n'est pas justifiable. " " Aujourd'hui, je continue à me demander quelle était la motivation de De Grox ", soupire Jean-Pierre Dufermont. " Quel intérêt avait-il à promettre des millions à un club de football en sachant qu'il n'en avait pas les moyens ? Peut-être voulait-il toucher une commission de 10 % sur cet apport ? Le premier versement devait être de 2,5 millions. 250.000 euros, c'est déjà une belle somme... En tout cas, lorsqu'on a posé un ultimatum et qu'on lui a signifié qu'au-delà de cette date-butoir, le jeudi 9 avril au soir, on arrêtait tout, il a changé de couleur. "Depuis lors, De Grox ne répond plus. Faut-il s'en étonner ? " Mais lorsqu'on déposera plainte au pénal pour abus de confiance, ce qu'on a bien l'intention de faire, il sera bien obligé de répondre ", poursuit Jean-Pierre. Celui qui n'est pas tranquille, c'est Letot. Car si De Grox est, semble-t-il, insolvable, Letot, lui, serait solvable. Et il pourrait être amené à payer les pots cassés. Dans cette affaire, tout le monde n'y a vu que du feu. Y compris les membres de l'ASBL Excelsior qui ont voté la poursuite des activités du club, lors de l'AG du 27 mars. " On nous a présenté deux personnes comme de simples intermédiaires d'un groupe qui souhaitait investir à Mouscron ", se souvient EdwardVandaele, qui fut président du club de juillet 2005 à novembre 2006. " En fait, sans qu'on le sache, on avait devant nous Letot et De Grox. Ils n'ont pas ouvert la bouche. On nous a demandé de ne pas poser de questions, car cela risquait de compromettre la réussite de l'opération. On a fait confiance à Philippe Dufermont, qui s'était engagé à avancer lui-même les 700.000 euros nécessaires au paiement des dettes fédérales jusqu'au 31 décembre. Ce qu'il a fait, il faut lui tirer son chapeau pour cela. On avait le choix entre voter la dissolution de l'ASBL ou la poursuite des activités d'un club qui nous tient à c£ur. On a évidemment opté pour la deuxième possibilité. Aujourd'hui, nous voilà dans de sales draps. Je ne vois pas très bien comment le club obtiendra la licence. Si les dettes du premier trimestre 2009 n'ont pas été payées avant le 20 avril, c'est perdu. Certes, il y a une possibilité d'appel et même d'évocation, mais il faut savoir qu'aucune pièce justificative supplémentaire ne peut plus être ajoutée. On ne peut pas payer les dettes restantes entre le 21 avril et la date de la prochaine convocation, c'est trop tard. Le mince espoir qui reste, et auquel je me rattache, est le fait que la Commission des licences pourrait estimer que le club a été victime d'une escroquerie - ce qui est effectivement le cas - et se montrer clémente. Mais elle pourrait aussi estimer que les dirigeants n'ont pas pris toutes leurs précautions, et elle n'aurait pas tout à fait tort non plus. " Selon Vandaele, toute cette situation aurait pu être évitée. " Le retrait du sponsor Frinver a évidemment porté le coup fatal, mais on savait depuis septembre ou octobre que cela coinçait à ce niveau-là. Si l'on avait, dès cet instant, cherché un investisseur sérieux, je pense qu'on aurait pu réussir. On avait cinq ou six mois devant nous. Au lieu de cela, on a attendu. Il y avait une brèche énorme dans le bateau, qui était sur le point de couler, mais on rétorquait toujours : - Toutvatrèsbien, MadamelaMarquise ! On a attendu que tous les passagers soient à l'eau, avec à peine quelques bouées auxquelles ils pouvaient s'accrocher, pour lancer un signal de détresse. Je ne crois pas à un investisseur exotique qui débarquerait de la voie lactée. Quel intérêt aurait-il à investir des millions dans un club comme Mouscron ? Il ne reste plus qu'à prier tous les soirs au pied du lit, comme aurait dit Jean- PierreDetremmerie... " Vendredi passé, des rumeurs alarmistes circulaient selon lesquelles la direction s'adresserait aux joueurs pour leur annoncer que tout était fini. Renseignements pris, il n'en a rien été. Il eût été étonnant que la direction jette le gant avant même de se présenter devant la Commission des licences. EnzoScifo aurait, au contraire, reçu des nouvelles rassurantes avant le match contre le Standard. La soirée s'est prolongée tardivement, on s'est mis autour de la table et on a beaucoup discuté, mais il fallait encore concrétiser... Lundi, l'IEG a accordé un crédit-pont de 900.000 euros, mais qui devrait être remboursé d'ici septembre. Tout le monde s'accroche à Philippe Dufermont... qui est en Chine, où il participe à la Foire de Canton. " Cela rend son intervention d'autant plus compliquée ", estime Vandaele. Faute d'autre solution, le mécène pourrait-il une fois encore mettre la main au portefeuille ? Il a déjà beaucoup donné, peut-être un peu trop même. par daniel devos