Il y a une dizaine de jours, un ouragan a balayé le football belge en laissant les traces les plus profondes à Anderlecht et au Standard. Personne dans le camp bruxellois ou liégeois n'a tenu compte d'une météo menaçante. Au contraire, chacun a manié la foudre à sa façon. Les dégâts sont terribles et inquiétants au moment où tout le football belge, des clubs à l'équipe nationale, s'abîme dans un océan de résultats catastrophiques sur toutes les scènes internationales. Tourner autour du pot est inutile tant la responsabilité des deux prétendus grands du football est écrasante.
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Il y a une dizaine de jours, un ouragan a balayé le football belge en laissant les traces les plus profondes à Anderlecht et au Standard. Personne dans le camp bruxellois ou liégeois n'a tenu compte d'une météo menaçante. Au contraire, chacun a manié la foudre à sa façon. Les dégâts sont terribles et inquiétants au moment où tout le football belge, des clubs à l'équipe nationale, s'abîme dans un océan de résultats catastrophiques sur toutes les scènes internationales. Tourner autour du pot est inutile tant la responsabilité des deux prétendus grands du football est écrasante. En 2008, le Standard avait été sacré maître de l'élite dans une immense vague de joie qui traversa tout le pays. Le succès des jeunes talents liégeois indiquait le chemin à suivre. Un an et demi plus tard, ce courant de sympathie populaire est sérieusement écorné et, suite aux test matches de la saison passée et au funeste Clasico, les Rouches sont visiblement dans l'interrogation. Par rapport aux Bruxellois, ils possèdent cependant un avantage : leur facilité à enfiler le bleu de travail quand il y a du boulot. Cette puissance collective et la faculté de se dépasser dans un rôle de challenger, comme ce fut le cas la saison passée sur diverses scènes européennes, leur seront plus qu'utiles dans les semaines et les mois à venir. Anderlecht éprouve désormais plus de peine à réagir dans les moments difficiles. Alors que son adversaire cravache et innove (Académie Robert Louis-Dreyfus), la grande maison mauve a du retard même si les travaux de construction d'un nouveau centre de formation vont bientôt commencer. Ses dirigeants font souvent référence au passé le plus prestigieux des clubs belges. Avant le coup d'envoi du Clasico, le magnifique tifo des supporters anderlechtois a été consacré à l'histoire de leurs couleurs... comme si le présent leur échappait. Même s'il est beau, le club du stade Constant Vanden Stock doit sortir de ce musée. Les deux phares du football belge ont du pain sur la planche pour nettoyer et soigner les plaies ouvertes et réouvertes au fil de leurs trois derniers rendez-vous. Il y a de l'ouvrage car le bilan de leurs diverses pertes est impressionnant... Dans un premier temps, le Comité sportif de l'Union belge avait infligé à Axel Witsel une suspension de 11 matches de championnat - jusqu'au 23 novembre - pour sa carte rouge encaissée à la suite de son tackle (semelle) sur Marcin Wasilewski victime d'une double fracture ouverte de la jambe. Le Standardman écopa alors d'une amende de 2.500 euros et le Comité sportif songea à transmettre le dossier à la FIFA et à l'UEFA, ce qui aurait pu avoir comme effet immédiat de priver le médian liégeois d'une présence lors des prochains rendez-vous de la Ligue des Champions. Le Standard a tout de suite introduit un recours auprès du Comité d'appel de la fédération. Jeudi, à la veille de cet appel, Pierre François, le directeur du Standard, avait réuni la presse pour soutenir son joueur face à la pression médiatique. 24 heures plus tard, l'ancien avocat obtenait une réduction de peine importante pour le jeune médian : 8 matches de championnat. Le Standard a accepté cette sanction et n'envisage dès lors pas de recours en évocation ou devant un tribunal civil. L'amende a aussi été réduite à 250 euros. Mais le succès le plus important de l'ancien ténor du Barreau de Liège se trouve peut-être ailleurs. Suite à sa plaidoirie convaincante, le dossier de Witsel ne sera pas transféré vers les instances du football européen et mondial ! C'est extrêmement important : si Witsel avait dû faire l'impasse sur la Ligue des Champions, cela aurait eu pour effet de déforcer le Standard et de plomber sa valeur financière. Privé de championnat de D1 jusqu'à la venue du Club Bruges à Sclessin le 21 novembre, Witsel préparera ses rendez-vous européens à l'entraînement et lors des matches des U 21. Il y a tout lieu de croire que l'avenir de Witsel ne se situe plus en Belgique. Une saison de plus ici ne peut plus rien lui apporter. La pression deviendra même de plus en plus forte sur ses épaules. Il ne sera pas épargné en déplacement. Une bonne campagne européenne lui permettrait de partir à l'étranger en janvier ou, au plus tard, en été. Absents lors de la phase finale de la Coupe du Monde en Afrique du Sud, les Diables Rouges ne sont plus un argument de vente, la Ligue des Champions oui : Pierre François a probablement gagné le gros lot pour le Standard en limitant la suspension de Witsel. Jouera encore, jouera plus ? La question est sur toutes les lèvres concernant l'avenir sportif de Wasyl. C'est qu'une double fracture ouverte tibia-péroné droits compte parmi les blessures les plus graves que peut encourir un footballeur. A Anderlecht, on est d'ailleurs bien placé pour le savoir, puisque le 11 avril 1987, Juan Lozano, la plaque tournante des Mauves, fut victime d'un traumatisme similaire suite à un tackle trop appuyé du défenseur de Waregem, Yvan Desloover. Le médian espagnol, âgé de 31 ans à ce moment-là, ne recouvra jamais l'intégralité de ses moyens et dut mettre un terme à sa carrière après un ultime passage infructueux à l'Eendracht Alost, alors en D2. Un autre ex-Sportingman, Luc Nilis avait pour sa part deux ans de plus quand, le 9 septembre 2000, il dut composer avec les mêmes maux après une collision avec le gardien d'Ipswich Town, Richard Wright. A l'image de l'Andalou, le Limbourgeois ne se remit jamais non plus de cet accident, et dut remiser ses boots. Par rapport à ce duo, l'infortuné défenseur anderlechtois a l'avantage d'être plus jeune, puisqu'il vient tout juste de fêter ses 29 ans. Et plus un joueur répond à ce critère, plus ses chances de rétablissement complet sont grandes. La preuve par l'attaquant français Djibril Cissé, qui eut la jambe brisée à 25 ans, en 2006, lors d'un choc avec le défenseur chinois Zheng Zhi avant la Coupe du Monde. Idem pour le Brésilien des Gunners, Eduardo, torpillé par Martin Taylor, de Birmingham, le 23 février 2008 et qui a mis un an avant de faire son retour sur les terrains. Une revalidation de 9 à 12 mois, c'est le délai prévu pour une guérison complète, dans le meilleur des cas. Car le type de cassure (horizontale ou non), ainsi que sa situation (proche du genou on non) influent aussi sur le processus de calcification. Chez le Polonais, elle n'est déjà pas fragmentée, ce qui constitue un point positif. En revanche, elle est localisée près de la cheville, de quoi compliquer quelque peu la donne. Reste un dernier facteur : le moral. De ce point de vue-là, le RSCA peut avoir tous ses apaisements : le Bison a juré de revenir. Il y a aussi le cas de Jan Polak, dont les ligaments croisés du genou droit ont explosé dans un contact avec de Camargo. Là, le pronostic est clair : c'est une blessure plus classique. Dans six mois, l'international tchèque devrait être de retour. La saison passée, Witsel avait pris une place de plus en plus importante sur l'échiquier des Liégeois. Si Michel Preud'homme l'avait rodé dans les différents secteurs de la ligne médiane, Laszlo Bölöni le fixa dans l'axe, sa zone d'expression préférée, à la suite du départ de Marouane Fellaini vers les riches horizons d'Everton. Aux côtés de Steven Defour, il s'acquitta parfaitement de sa tâche et décrocha le Soulier d'Or. Même s'il a vécu des chutes de régime, le jeune médian a étalé un talent indiscutable. Il ne sera pas facile de le remplacer durant huit semaines car son registre technique n'est pas à la portée du premier venu. Le coach du Standard demandera peut-être à Igor de Camargo de reculer plus bas dans le jeu. Le Belgo-Brésilien a cependant fixé des limites en accordant récemment un entretien à Sport/Foot Magazine : pas question pour lui de se transformer en médian défensif. Mais c'était avant l'affaire Witsel... La solution la plus logique consisterait à confier ses responsabilités à un pare-chocs de métier : Benjamin Nicaise. L'ancien Montois est un roquet et, de plus, l'homme est entendu et respecté par le vestiaire. C'est important dans un effectif composé de quelques caractères forts. Nicaise connaît la musique et le système de Bölöni qui ne lui a pas accordé beaucoup de temps de jeu jusqu'à présent. Ne lui fait-il pas assez confiance ? Considère-t-il que le Français est un second couteau, un aspirateur, un bûcheron en chemise à carreaux qu'on sort en fin de match pour garder un résultat favorable ? Le Standard a embrigadé Ricardo Rocha qui pourrait s'installer au centre du terrain. Dans un autre ordre d'idées, l'affaire Witsel pourrait secouer toute l'équipe. Même si les rangs se sont resserrés autour de Witsel, tous les joueurs sont-ils aussi solidaires qu'il y a un ou deux ans ? Le collectif ne sera-t-il pas ébranlé ? A l'entraînement, on dit que d'aucuns vont joyeusement à l'abordage, surtout les Blacks. Le discours de Bölöni sera forcément de plus en plus exigeant : sans Witsel, ce vestiaire est-il capable de répondre aux attentes grandissantes de son coach ? Et si ce n'était pas le cas, pourrait-on assister à un éloignement entre le T1 et son groupe ? Ce serait évidemment très grave pour les prochains rendez-vous et la suite de la saison. Marquer pas de chance pour le RSCA. Le poste de back droit, occupé par Wasyl, est le seul pour lequel le club n'avait pas de solution de rechange. Le Serbe Nemanja Rnic avait été transféré à cette fin, la saison passée, mais il s'était royalement planté : deux exclusions lourdes de conséquences à BATE Borisov en préliminaires de la Ligue des Champion, puis au FC Malines, en Coupe de Belgique. Comme doublure, voire comme premier choix, les dirigeants avaient songé au Portugais Joao Pereira, qui s'était signalé avec Braga face au Standard en cours de saison passée. Mais ils avaient reculé devant les 2,5 millions d'euros exigés. Un montant qui, renseignement pris, était toujours en vigueur, le lundi 31 août, jour de clôture du marché des transferts, 48 heures à peine après les tristes événements du week-end. Du coup, c'est en faveur d'une solution interne que la direction a opté. Trois cas de figure sont envisageables. 1/Rnic se voit accorder une dernière chance. Certains, du côté du département recrutement, entre autres, croient toujours en lui et estiment qu'après un an d'acclimatation, l'ex-international Espoir serbe peut suivre la même trajectoire que Polak, qui avait eu besoin d'un certain laps de temps pour enfin donner le meilleur de lui-même. 2/ Guillaume Gillet, parfois utilisé à cette place dans le passé, peut faire l'affaire, même si elle ne recueille pas son adhésion. C'est pourtant dans ce rôle, en remplacement de l'infortuné Wasyl, justement, que le Liégeois avait prouvé ses aptitudes, scorant notamment le but égalisateur face aux Rouches... Mais à choisir, le n°30 préfère la place laissée vacante par Polak. 3/ Faire glisser Ondrej Mazuch sur le flanc. Une mission que le transfuge de la Fiorentina a accomplie déjà lui aussi, précédemment, dans sa jeune carrière. Pour pourvoir au remplacement de Polak, trois solutions sont possibles également : 1/ Faire appel à Gillet. Dans le passé, le Liégeois avait déjà fait partie d'un trident, au milieu du jeu, en compagnie du Tchèque et de Lucas Biglia. A choisir, l'intéressé plaide en faveur d'une même formule, avec l'Argentin et lui à la base d'un triangle dont Matias Suarez formerait la pointe supérieure. 2/ Faire confiance à Bouba Saré, qui avait déjà relayé Polak contre le Standard et qui s'était déjà distingué à l'une ou l'autre reprise à ce poste en remplacement d'un titulaire. Mais l'Ivoirien avait alors soufflé aussi bien le chaud que le froid. Comme à Malines, où il n'avait pas trouvé ses marques, en 2008-09. 3/ Faire l'essai avec Cheikhou Kouyaté. A Knokke, en tout début de saison, le médian sénégalais s'était signalé par son intransigeance sur le plan défensif et sa bonne relance. Malheureusement, il n'avait pu confirmer suite à une fracture de la mâchoire, devenue de l'histoire ancienne à présent. Il pourrait donc être relancé. Witsel est bien sûr un des diamants les plus précieux du Standard. En fin de saison passée, Luciano D'Onofrio avait précisé qu'il lui rappelait un peu Zinédine Zidane. Ces propos avaient étonnés mais c'est dire à quel point cet expert du haut de gamme a été séduit par son talent. Très jeune, Witsel a été suivi par les grands d'Europe. Il a préféré rester au Standard plutôt que tenter trop rapidement sa chance à l'étranger. La saison passée, Witsel a évoqué clairement son intention de vivre un jour une grande aventure à l'étranger. Le Standard lui conseilla de se calmer et de confirmer ses potentialités au Standard. Sa cote financière serait actuellement estimée entre 15 et 20 millions d'euros. Mais, au-delà de son talent, l'aura de Witsel n'est désormais plus la même. Les images de son tackle ont été vues dans le monde entier. Que le Standard le veuille ou pas, cela aura un impact sur le prix de son transfert. Les candidats acheteurs ne pourront plus le présenter à leurs supporters comme le beau-fils idéal même s'il le reste sans doute... C'était aussi le cas de Gilles De Bilde ; mais après le coup de poing infligé à Kris Porte, Anderlecht le refila vite et sans trop réfléchir au PSV. Le tackle du Clasico a fortement réduit le prestige de Witsel et cela aura forcément un prix au bout du compte. Il ne peut hélas plus être considéré comme un exemple, même s'il n'est évidemment pas devenu un démon. Comme tant d'autres clubs de championnats de seconde zone européenne, le Standard doit arrondir son budget avec la vente de ses meilleurs éléments. Et c'est là que l'expérience de Luciano D'Onofrio sera utile. En général, en plus du prix du transfert, il demande et obtient un pourcentage sur la revente ultérieure du joueur. Si Witsel ne valait plus que 10 millions au lieu de 15 à l'heure de son départ, le Standard récupérera le manque à gagner en le cédant à un club qui saura tirer profit de son talent Dans le chef de Polak, la perte pour le RSCA est sensible : il y a un an à peine, le Tchèque était encore courtisé par le Shakthar Donetsk, disposé à mettre 10 millions d'euros sur la table. A ce tarif-là, les responsables du Sporting étaient prêts à discuter... au contraire du médian qui n'avait aucune envie de prendre le chemin de l'Ukraine. Une offre du même ordre n'est jamais parvenue à la direction anderlechtoise pour Wasyl, même si celui-ci pouvait tout de même se prévaloir d'un intérêt anglais (Stoke, Hull City, Wolverhampton). A l'instar du Tchèque, le Polonais avait décliné les propositions, préférant jouer la coupe d'Europe avec les Mauves avant la Coupe du Monde au lieu de défendre les couleurs d'un sans-grade aux Iles. S'il y avait eu vente du joueur, son prix aurait sans doute oscillé entre 2,5 et 4 millions compte tenu de sa destination. Vu à la fois sa grave blessure et qu'il sera trentenaire au moment d'être délivré (pour de bon ?) de ses tourments, l'arrière droit ne rapportera plus jamais un tel pactole. Sans compter qu'un contrat juteux à l'anglaise semble désormais des plus improbables. Une consolation : en dépit de sa longue indisponibilité, Wasyl percevra l'intégralité de son salaire brut jusqu'à son complet rétablissement. Pour ce qui est des primes (matches nationaux et européens), aucune décision n'avait été prise le week-end dernier. Mais le RSCA est connu pour se montrer bon prince et tout porte à croire que le Polonais et Polak percevront l'intégralité des sommes dues en temps normal. Au fan-shop, le maillot de Wasyl faisait partie en 2008-09, du top-5 des mieux vendus aux côtés de Mbark Boussoufa, Biglia, Van Damme et Gillet. Depuis l'accident, il est en pole-position avec 90 % de vareuses vendues à son nom. Et les messages de sympathie n'ont eu de cesse d'affluer pour lui : de Belgique et de Pologne. Et lors du récent match contre l'Ulster, à Chorzow, les supporters polonais ont scandé son nom. Les sponsors n'ont pas tardé à glisser leur point de vue dans le débat. La Ligue pro aurait agi en coulisses pour que Witsel (avec BASE sur son maillot) ne figure pas à la une du prochain album Panini. La firme s'est tout de suite interrogée sur les leçons à tirer de cette affaire : elle s'était liée au Standard en raison de la politique des jeunes du club. Un choix gagnant couronné par les deux titres du Standard, une grande campagne européenne, des teenagers pleins de classe, deux Souliers d'Or (Witsel et Defour), un Footballeur Pro de l'Année ( Milan Jovanovic), etc. Tout s'est-il définitivement arrêté lors du Clasico ? BASE a tout de suite exigé haut et fort que le Standard prenne rapidement des sanctions à l'égard de Witsel. Pierre François a réagi en rappelant qu'un sponsor sponsorise, point à la ligne. Est-ce si simple, même si le Standard et son partenaire commercial ont calmé la donne ? Certains spécialistes de marketing estiment que le Standard ne dégage plus l'image du sympathique challenger qui fait la nique au géant. Et ce phénomène, disent-ils, était déjà visible avant le Clasico. Ceux-là n'hésiteraient pas, à la place de BASE, à arrêter leur collaboration avec le Standard, obligeraient Witsel à jouer sans logo ou à verser une partie de son salaire à des £uvres sociales, etc. Les mêmes gourous sont les premiers à souligner que l'émotion cédera vite sa place à l'oubli et au pardon. Honni après avoir fracassé le visage de Porte, De Bilde est désormais un commentateur apprécié des télés flamandes. Dans le quotidien De Morgen, d'autres as du marketing ne s'inquiètent pas pour BASE et soulignent que personne ne mit en doute la qualité des parquets Quick-Step après les affaires de cocaïne de Tom Boonen. De plus, en cas de rupture avec BASE, le Standard ne tarderait pas à retrouver un nouveau sponsor. Surtout s'il continue sur le chemin du succès. Côté francophone, la popularité et la solitude du Standard en haut de l'affiche intéressent tout le monde. Et la firme de téléphonie mobile ne l'ignore sans doute pas... Alors que les sympathisants anderlechtois n'ont eu d'yeux, pendant des décennies, que pour les artistes au pied léger, style Robby Rensenbrink, Paul Van Himst, Lozano, Ludo Coeck, Boussoufa et on en passe, ils se sont pris d'affection également, ces dernières années, pour des éléments nettement plus besogneux, tels que Van Damme et Wasyl, précisément. Depuis le début de la saison, le Polonais a d'ailleurs droit à son chant personnel au stade Constant Vanden Stock, où le kop entonne régulièrement le couplet Wasyl-Wasyl sur l'air de Brasil-Brasil. Hormis la rime, on ne voit pas très bien ce qui lie les deux, le joueur étant connu et reconnu sur tous les terrains du royaume pour être très brutal. Il le démontra, d'ailleurs, lors des test-matches contre le Standard (où il reçut également quelques coups en retour), ce qui mit encore plus d'huile sur le feu des relations entre joueurs des deux clubs. Et Witsel n'avait jamais oublié, non plus, une agression du Polonais dans son dos quelques mois auparavant. Mais Wasyl ne se contente pas de mettre le pied. Son jeu de tête lui a valu d'inscrire 8 buts pour ses couleurs la saison passée, ce qui porte son total à 14 en 75 matches de championnat. Pas mal pour un back ! Contrairement au président Roger Vanden Stock, qui a toujours entretenu des liens extrêmement cordiaux avec la direction des Rouches, et avec Luciano D'Onofrio en particulier, le manager des Mauves, Herman Van Holsbeeck, a invariablement parlé du Standard, par le passé, en termes de concurrence et de rivalité. Mais au plus fort de l'affaire Van Damme, le n°1 des Mauves (au contraire de son bras droit), s'était gardé d'accuser la direction liégeoise. Il avait même posé un geste de réconciliation en invitant la délégation du club principautaire à sa table, avant le choc. La petite réunion n'avait rien donné, dans la mesure où l'ami Lucien s'était fait excuser, pour cause d'autres obligations, et que le directeur Pierre François n'avait répondu présent que sur le tard, à un moment où HVH s'était déjà éclipsé aux fins de préparer le match au sommet au côté des joueurs. Luciano D'Onofrio a longtemps entretenu les meilleures relations du monde avec Roger Vanden Stock. A l'époque où il était encore agent, il a fait revenir un de ses joueurs, Bertrand Crasson, à Anderlecht et les deux clubs ont échangé quelques joueurs au fil des années. D'Onofrio aurait soutenu la candidature de RVDS au poste de président de l'Union belge. Anderlecht a commencé à se méfier après le passage de Dieumerci Mbokani d'Anderlecht du Standard. Le Standard avait-il prouvé, pour la circonstance, que son savoir-faire technique était supérieur à celui des Mauves ? Et récemment, sur le plan des droits de télévision des test-matches, Luciano avait mené les négociations avec Voo. Certains en auraient-ils pris ombrage à Anderlecht au point de jeter sans cesse de l'huile sur le feu ? C'est une hypothèse qui circule dans les milieux médiatiques liégeois. Luciano D'Onofrio continue à affirmer qu'il n'a rien à se reprocher. Les Rouches clament que l'affaire Van Damme ne les concerne pas car ils n'ont jamais contacté le joueur en question. A la fin des années 60, le Standard de Roger Petit et le Sporting de Constant Vanden Stock s'entendaient comme chien et chat. Ils finirent par s'asseoir à table avec Eddy Wauters, le président de l'Antwerp pour fonder la Ligue pro en 1974. Les conséquences furent immédiates : les clubs belges furent performants en coupes d'Europe. Ici, puisque les deux clubs se rejettent la responsabilité, tant dans l'affaire Van Damme que dans le drame du dernier match, les plus hautes instances du football belge ont voulu prendre les devants aux fins de mettre un terme aux hostilités. Le président de l'URBSFA, François De Keersmaecker, a transmis une lettre aux deux parties. De son côté, le président de la Ligue pro, Ivan De Witte, a pris contact avec les clubs pour enterrer la hache de guerre. Luciano D'Onofrio, a réagi, en disant qu'il était disposé à rencontrer Roger Vanden Stock. Mais sans la présence d'une autre partie ! Le dernier match a changé du tout au tout l'attitude de RVDS. Choqué par la scène vue sur le terrain, l'homme fort des Mauves s'était empressé de rejoindre ses joueurs à leur retour au vestiaire à la mi-temps. Et dans le couloir, il n'avait manqué d'exprimer son courroux vis-à-vis des Standardmen. A quelques minutes du coup de sifflet final de l'arbitre Jérôme Nzolo, il quitta même le stade. Aux dires de son entourage, il n'avait pas la moindre envie d'accueillir les bonzes liégeois lors de la réception d'après-match. Pire encore : lui qui avait toujours prêché le bon sens dans les relations, ne voulait plus jamais leur adresser la parole. Ceux qui assistèrent à la scène n'en revenaient pas : depuis son accession à la présidence, en 1996, jamais ils ne l'avaient vu dans une telle colère. Et l'ire est toujours là car la rumeur veut qu'il ait fulminé une fois encore en apprenant de la bouche de Pierre François que c'était à Anderlecht à faire le premier pas ! Mais tout porte à croire qu'il acceptera un tête-à-tête avec Luciano D'Onofrio dans les semaines à venir. La paix entre les deux ténors du football belge est à ce prix. Polak reviendra, mais Wasyl ? Si Witsel avait été suspendu en Champions League, le Standard aurait perdu argent et force. Normalement, Anderlecht payera le salaire et les primes de ses deux blessés. On n'avait jamais vu Roger Vanden Stock aussi fâché...