Herman van Holsbeeck est arrivé à Anderlecht en 2003. Depuis lors, l'homme n'a jamais connu d'été reposant. Celui de l'an dernier fut particulièrement mouvementé et le dernier mercato en date ne fut pas non plus de tout repos. Mais Van Holsbeeck connaît la chanson et surtout, il n'est pas du genre à fuir quand le bateau tangue. Nous le retrouvons jeudi dernier, dans ses quartiers, la veille d'un succès sur le gong face à Lokeren. Façon Columbo mais sans imper. " Avec le temps, je me suis forgé une carapace, ça c'est sûr. Ma femme me dit toujours : c'est quand on pense que tu es knock-out que tu es le meilleur. "
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Herman van Holsbeeck est arrivé à Anderlecht en 2003. Depuis lors, l'homme n'a jamais connu d'été reposant. Celui de l'an dernier fut particulièrement mouvementé et le dernier mercato en date ne fut pas non plus de tout repos. Mais Van Holsbeeck connaît la chanson et surtout, il n'est pas du genre à fuir quand le bateau tangue. Nous le retrouvons jeudi dernier, dans ses quartiers, la veille d'un succès sur le gong face à Lokeren. Façon Columbo mais sans imper. " Avec le temps, je me suis forgé une carapace, ça c'est sûr. Ma femme me dit toujours : c'est quand on pense que tu es knock-out que tu es le meilleur. " HERMAN VAN HOLSBEECK : Non. Qu'on aime Weiler ou qu'on ne l'aime, il a fait un nettoyage à sec l'an dernier, il a installé une discipline. Auparavant, les joueurs choisissaient leurs matches. Un an avant son arrivée, que ce soit contre Tottenham, Monaco, Bruges, on voyait du football champagne mais contre Waasland Beveren c'était tout autre chose. L'an passé, on a vu un groupe qui s'est battu pour le moindre mètre carré, dans les bons matches comme dans les mauvais matches. Mais c'est vrai qu'à Anderlecht, quand on gagne, on regarde aussi comment on a joué au football. VAN HOLSBEECK : L'objectif est d'être à nouveau champion et de jouer un bon football. Si vous me demandez après cinq matches si le football est bon, je vous répondrai évidemment : non ! Mais c'est quoi bien jouer au football ? Avoir 80 % de balbezit (possession de balle, ndlr) et finalement être battu ou évoluer par des reconversions rapides. Quand, à Manchester, après la rencontre, José Mourinho est entré dans le vestiaire pour féliciter nos joueurs, ce fut un grand moment pour moi. Quand je me suis rendu au tirage à Monaco, je peux vous assurer qu'Anderlecht est respecté car on est un club de tradition, qui gagne des titres. On a une certaine autorité grâce à un football qui a construit l'identité de ce club. Mais aujourd'hui, le football moderne est fait de reconversions, on a quasiment besoin de box to box à chaque position. VAN HOLSBEECK : Je préfère faire 0-0 avec 35 % de possession de balle que perdre 3-0 avec 80 % de possession de balle. VAN HOLSBEECK : Bien sûr. Mais je vais vous dire : j'ai l'impression que mes huit titres à Anderlecht ont toujours été des petits titres. On oublie tout très vite, on oublie notre parcours en Europa League et ce quart de finale après des matches de très haut niveau. Et dans ce club, il n'y a qu'une seule chose qui compte : la gagne. Je me rappelle avoir joué la Ligue des Champions avec Vanden Borre, Kompany, Traoré et Zewlakow. Lors de cette campagne, on a pris zéro point, comme Bruges l'an dernier, et on s'est fait assassiner dans la presse. On jouait avec des types qui avaient du talent mais qui n'étaient pas prêts pour évoluer à ce niveau-là. Notre défense était la plus jeune de la Champions League et on s'est fait balayer. Dès ce moment-là, je me suis dit : ici, il faut d'abord gagner. VAN HOLSBEECK : Dites-moi : depuis que je suis au club, quel coach a fait l'unanimité ? Weiler pas bon, Hasi catastrophique, Van den Brom mauvais. Même chose pour Ariel Jacobs et Franky Vercauteren. Weiler reconnaît que le football n'est pas bon mais s'étonne quand même qu'après cinq matches de championnat, on réclame sa démission alors qu'il était champion trois mois plus tôt. On ne va évidemment jamais faire ça. Quand t'as été champion, l'équipe profite un peu, c'est naturel. Et, ce qui ne gâte rien : une des clefs du groupe était totalement à côté de la plaque. Pendant deux mois, Dendoncker a dit vouloir partir, à tel point que le coach a été obligé de l'écarter. VAN HOLSBEECK : Contre Gand, le coach a fait un choix en écartant Dendoncker. Il a donné un signal. Il savait que s'il perdait cette rencontre 3-0, il se faisait assassiner. Weiler me demande souvent : est-ce que je suis juste dans mes décisions ? Et ceux qui connaissent le foot vous diront qu'il prend des décisions qui sont justes. Weiler a écarté un de ses meilleurs éléments car il estimait son choix justifié. Beaucoup d'entraîneurs que j'ai connus n'auraient pas osé toucher à l'une des révélations du championnat. Aujourd'hui, on récupère un Dendoncker qui a tourné le bouton. VAN HOLSBEECK : Dendoncker avait sa tête ailleurs, il affichait sa déception à l'entraînement de ne pas avoir été transféré. Son copain Tielemans était parti à Monaco et il s'entraînait avec les Diables, il voulait comme eux évoluer dans les plus grands championnats. Et certaines personnes de son entourage ont mis la pression sur le club, sur moi, ou sur son agent, Christophe Henrotay. Aujourd'hui, nous sommes prêts à le rémunérer en fonction de son statut de joueur-phare et à travailler sur son futur transfert comme nous l'avons fait pour Youri. Nous avons d'ailleurs tous intérêt à fonctionner main dans la main. VAN HOLSBEECK : Sven n'est pas encore le Sven de Gand. L'an passé, il n'a pas beaucoup joué. Et il doit s'adapter à la façon dont on évolue. Weiler aimerait qu'il joue un peu plus haut, il a un peu de mal avec ça. Rien de plus. VAN HOLSBEECK : Il existe un monde de différence avec le PSG ou le Bayern. Mais on ne veut pas, comme l'année passée, être l'ambassadeur du foot belge et ne ramener aucun point. VAN HOLSBEECK : En ce qui concerne l'Eurostade, c'est un dossier très touchy dont je préfère ne pas parler. Ce que je peux simplement dire, c'est qu'on n'ira pas jouer dans ce stade avec le dossier qui nous est présenté aujourd'hui. Et dans notre propre stade, que peut-on faire de plus hormis quelques aménagements ? VAN HOLSBEECK : Dans le monde du football, et surtout chez les jeunes, il faut arriver à se poser les bonnes questions. J'ai eu la chance de connaître des Kompany, Lukaku, Tielemans, avec qui on a pu mettre sur pied un plan de carrière grâce à un entourage coopérant et à l'écoute. Mais il y a eu aussi les cas Svilar, Musonda, Januzaj, l'affaire Lokilo. VAN HOLSBEECK : Concernant Svilar, quand on a évoqué son plan de carrière, je lui ai dit que pour la saison 2017-2018, on essayerait qu'il soit numéro un. On a payé une fortune pour lui, on a tout fait depuis ses douze ans ; j'ai laissé partir Silvio Proto car je voyais que sa présence freinait son élan, j'ai pris un gardien l'hiver dernier pour six mois sans option. On lui a proposé un contrat de quatre-cinq ans et un prêt dans un club comme Waasland Beveren. Weiler lui a bien dit qu'il avait des qualités mais qu'il n'était pas encore apte à être titulaire. Mais vous pouvez vous imaginer un ket de 17 ans qui, ici, dans mon bureau dit à son entraîneur : Toi, tu n'as pas confiance en moi. Moi à Waasland Beveren, vous rigolez ? J'ai failli l'attraper. Et ce genre de réaction s'explique parce qu'on les a tellement chouchoutés, bichonnés. Ratko (Svilar, le père) venait ici : je peux avoir quatre places ? Je peux aller manger ? Les dorloter à partir de 12 ans pour finalement se faire avoir : no way. C'est fini, tout ça. VAN HOLSBEECK : Donnez-moi un nom d'un joueur que l'on doit reprendre et qu'on a laissé partir ? VAN HOLSBEECK : OK, il a du talent. Mais on fera les comptes en fin de la saison. Mangala est évidemment un bon joueur. Mais, à l'époque, on avait trois jeunes gars qu'on estimait devant lui : Youri Tielemans, Leander Dendoncker et Idrissa Doumbia. Lui était numéro 4 dans la hiérarchie. On lui a proposé de prolonger son contrat et qu'il joue un an à Dortmund. Mais le père de Mangala ne voulait surtout pas prolonger. Qu'est-ce qu'il nous restait comme option alors qu'il ne lui restait qu'un an de contrat ? On l'a quand même vendu pour 2,5 millions. VAN HOLSBEECK : Je pense qu'au niveau entraînement et méthodologie, c'est le top du top. On ne s'est plus parlé pendant 14 ans mais j'ai toujours reconnu ses qualités de coach. La combinaison Jean Kindermans (directeur de l'école des jeunes) et d'Emilio, doit nous rendre 30 % plus performant. À Anderlecht, il y a trois labels chez les jeunes : A, B, et C. Avec Emilio, on aimerait que davantage de " B " deviennent des " A ". Je prends l'exemple de Leander Dendoncker, qui était un label B, et qui a failli nous quitter et se retrouver à Zulte Waregem. C'est Roger Vanden Stock, assis à côté de moi lors d'un match de Youth League face à Barcelone, qui m'a dit : Herman, ce gamin-là, il a quelque chose. Faut surtout pas le laisser partir.VAN HOLSBEECK : On a commis des erreurs, c'est un fait. Pendant des années, on a payé des sommes qui ont chamboulé la vie de ces gens, je ne parle pas du gamin, mais des parents. Je me rappelle d'une mère travaillant au Colruyt, qui n'avait jamais vu son gamin jouer au foot, mais qui a su tirer profit du système. VAN HOLSBEECK : Oui, mais on verra les résultats. VAN HOLSBEECK : Ça c'est sûr. Désormais, on veut mettre en place un plan et travailler avec des incentives en fonction de l'évolution du gamin. C'est fini de mettre un paquet d'argent sur leurs têtes. VAN HOLSBEECK : Je ne peux pas toujours tout expliquer. Mais personne ne connaît le dossier hormis le président, Mogi Bayat et moi-même. Mais je vais vous dire : vous ne pouvez juger si un transfert est réussi ou raté, que le jour où le joueur est vendu. Aujourd'hui, je sais pourquoi on a pris Kiese Thelin à titre définitif. Si je le vends dans un an ou deux, je vous montrerai la balance entre l'argent payé et l'argent reçu. VAN HOLSBEECK : À la question : Thelin est-il un joueur pour Anderlecht ? Je réponds : non car il a suffisamment reçu sa chance. Mais dans le dossier complet nous pensons faire un bénéfice. J'ai reçu un coup de fil pour mettre Kiese Thelin à Moscou. C'est un type qui est repris en équipe nationale suédoise et qui est apprécié. Mais je comprends très bien que vous ne comprenez rien. Mais je vous donne rendez-vous le jour où le club va le vendre. VAN HOLSBEECK : Tout était fait pourtant. Mais Mata a cru, et c'est le revers de la médaille, que Mogi, qui était occupé avec ce deal, n'allait travailler qu'en faveur d'Anderlecht. C'était totalement faux car on lui proposait un très beau contrat. Par après, Mata a reçu un lavage de cerveau de John Bico qui lui disait : ce que tu reçois là, c'est des peanuts, faut pas signer, je t'emmène à Chelsea, Arsenal, à Manchester. Et au final, rien de tout ça. Et sur la fin, je crois qu'il ne savait plus où donner de la tête. VAN HOLSBEECK : Je suis convaincu qu'on a gagné le titre en janvier dernier en disant à Kara, qui avait une offre de Leicester, et Acheampong, qui pouvait aller à Hull : les gars vous ne partez pas ! J'aurais pu vendre Kara et toucher 6 à 7 millions mais on aurait perdu ce titre. Car Kara a été d'une importance capitale. C'est difficile de trouver quelqu'un qui a un tel impact sur le groupe, sur les Africains et sur le club. Kara, m'a dit droit dans les yeux : Monsieur Van Holsbeeck, on va être champion. On était en pleins play-offs, j'étais cerné, un peu en stress. Il m'a répété : Ne vous en faites pas, King Kara vous dit qu'on va être champion. Ça c'est Kara. Et le week-end suivant, il a tenu la baraque à lui seul. par thomas bricmont et alain eliasy - photos belgaimage - éric lalmand " Mata a reçu un lavage de cerveau de John Bico qui lui disait : 'ce que tu reçois là, c'est des peanuts, faut pas signer, je t'emmène à Chelsea, Arsenal, à Manchester.' " Herman Van Holsbeeck " Vous pouvez vous imaginer un ket de 17 ans, Mile Svilar qui, ici, dans mon bureau dit à son entraîneur : Toi, tu n'as pas confiance en moi. Moi à Waasland Beveren, vous rigolez ? " Herman Van Holsbeeck