Les mines sont aussi moroses que le dernier quart d'heure. Abandonnée à son sort par un Kevin De Bruyne visiblement pas dans son assiette, la Belgique cherche désespérément une faille dans le bloc anglais, bien réorganisé à la mi-temps par Gareth Southgate. Pendant trois quarts d'heure, la domination belge a été totale. Seul le tableau d'affichage ose dire le contraire, la faute à une maladresse de Thomas Meunier pour offrir une égalisation inespérée à Marcus Rashford.
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Les mines sont aussi moroses que le dernier quart d'heure. Abandonnée à son sort par un Kevin De Bruyne visiblement pas dans son assiette, la Belgique cherche désespérément une faille dans le bloc anglais, bien réorganisé à la mi-temps par Gareth Southgate. Pendant trois quarts d'heure, la domination belge a été totale. Seul le tableau d'affichage ose dire le contraire, la faute à une maladresse de Thomas Meunier pour offrir une égalisation inespérée à Marcus Rashford. Plus amoureuse de ses doutes existentiels que de ses succès éphémères, la Belgique retient surtout cette deuxième période, et surtout son dénouement sans saveur. Et s'interroge, inéluctablement, sur le manque de folie de ses hommes, et surtout de son sélectionneur. Face à l'organisation des Three Lions, Roberto Martinez confie la pelouse aux jeunes loups Yari Verschaeren et Jérémy Doku. Les profils sont adéquats, mais le manque de muscles et de planches se paie cash face aux robustes tauliers anglais. La Belgique ne menace plus jamais les filets protégés par Jordan Pickford, et concède une quatrième défaite en quatre ans. Suffisante pour raviver le débat des limites d'une sélection toujours en quête de son grand trophée. Parce que le temps passe, et que finalement il presse, les supporters paraissent plus crispés à chaque nouvelle défaite. Qu'importe si celle de Wembley s'est jouée sur un penalty guignolesque et une frappe déviée. Elle s'ajoute aux doutes nés un soir d'été 2018 face à la France, et que la Belgique espère péniblement écarter depuis. En deuxième mi-temps, avant même la sortie de Kevin De Bruyne, la Belgique a surtout manqué de Dries Mertens et d' Eden Hazard. Positionné un cran plus haut, pour compenser l'absence des deux ouvre-boîtes nationaux, le maître à jouer de Manchester City doit être celui qui reçoit les ballons entre les lignes, plutôt que celui qui les donne. Un registre dans lequel il est largement moins à l'aise, et indéniablement moins performant. KDB cherche son oxygène sur les côtés, là où un Hazard au sommet de sa forme est capable de recevoir le ballon plein axe, entre les lignes, de se retourner sur son contrôle et d'allumer la mèche qui fait exploser l'organisation adverse. Un travail souvent facilité par la présence de Mertens, roi de l'appel dans l'espace, qui écarte les lignes défensives et augmente la zone d'oxygène d'Eden Hazard. Sans eux, les automatismes offensifs du Royaume sont déboussolés. À moins d'un an du grand rendez-vous européen, l'état de santé du capitaine national commence à inquiéter. La Belgique doit-elle s'habituer à vivre sans le plus grand talent de son histoire, au cas où elle devrait tenter de conquérir le continent sans lui ? Malgré son enthousiasme et sa technique, Yannick Carrasco reste incapable de produire le même chaos que le mage de Braine-le-Comte. Sur la pelouse la plus mythique de Londres, le Colchonero a certes réussi plus de 50% des dribbles nationaux (quatre pour lui, sept pour l'ensemble de la Belgique), mais la stat' reste loin des chiffres russes d'Eden Hazard, qui avaient emmené les Diables dans une autre dimension, celle des champions du monde potentiels. Sans compter que le registre de Carrasco reste surtout celui d'un dribbleur, plus que celui d'un créateur qui dribble. Contre les Anglais, il n'a délivré aucune passe de but. Ni les dribbles de Jérémy Doku ni le sens de l'espace de Yari Verschaeren n'ont pu changer l'histoire d'un match encore trop grand pour eux. De quoi s'interroger sur leur montée au jeu, là où des joueurs plus habitués à se frotter aux muscles anglais sont restés assis sur le banc de touche jusqu'au coup de sifflet final. Une conséquence du mode de fonctionnement de Roberto Martinez. Le Catalan l'a déjà montré, en se privant notamment des services de Radja Nainggolan pour le Mondial russe : c'est sur base des profils plutôt que des CV de ses joueurs qu'il fait ses choix. Quand Verschaeren monte au jeu, c'est pour des qualités spécifiques, dépeintes par le sélectionneur lors de son dernier entretien dans nos colonnes : " Yari sait se retourner entre les lignes, avec un contrôle de balle très court. Il exploite bien les espaces, comme est capable de le faire un Dries Mertens. C'est une qualité très difficile à entraîner. C'est un talent naturel, et Yari l'a. " Vient ensuite le tour de Doku, appelé à la rescousse nationale avec son sens du déséquilibre qui fait baver, depuis plusieurs années déjà, les recruteurs de l'ensemble du continent. Contre un bloc anglais regroupé, et pour remplacer les slaloms de Carrasco, Martinez dégaine l'homme aux douze dribbles tentés par match de moyenne depuis ses débuts en Pro League. Un double choix infructueux qui l'expose aux critiques d'un public qui s'attendait plutôt à voir Leandro Trossard ou Michy Batshuayi monter au jeu pour faire basculer le résultat. Pas franchement habitué à réagir en fonction des appels populaires, Roberto Martinez fera avec. Et espérera encore, sans doute, que le prochain grand tournoi lui donnera raison.