L'un était arrivé par la porte de service en janvier 2003. Quelques jours auparavant, Bertrand Laquait avait débarqué. Alors que Charleroi se débattait dans les profondeurs du classement, la filière française allait donner à son club pleine satisfaction. Et c'est ainsi que Laurent Macquet posa ses valises sur le quai carolo, en droite ligne de Cannes.
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L'un était arrivé par la porte de service en janvier 2003. Quelques jours auparavant, Bertrand Laquait avait débarqué. Alors que Charleroi se débattait dans les profondeurs du classement, la filière française allait donner à son club pleine satisfaction. Et c'est ainsi que Laurent Macquet posa ses valises sur le quai carolo, en droite ligne de Cannes. L'autre profita du succès des premiers pour marcher dans leurs traces. Six mois plus tard, en juillet 2003, Loris Reina quittait la chaleur du climat marseillais pour arpenter le flanc gauche de l'équipe zébrée. Avec le Sporting, ils allèrent tout connaître : la lutte contre la relégation (2003-2004) avec un but libérateur de Macquet lors de la dernière journée contre Mons ainsi que la fabuleuse chevauchée vers la cinquième place l'année suivante. C'est le moment que choisit le médian, le régulateur, l'inspirateur pour quitter le navire carolo, deux ans et demi après l'avoir remis à flot. Macquet partait pour la Grèce et un modeste club de la banlieue d'Athènes, Akratitos. Reina continuait, lui, son parcours carolo. Un an plus tard, les deux Français ont opté pour l'exil flamand. Pour Macquet, 26 ans, qui a choisi de mettre sa technique en balance avec celle des Ivoiriens de Beveren, il s'agit d'un retour à la compétition belge. On aurait presque envie de parler de retour aux sources. Reina, 26 ans, quant à lui, poursuit son apprentissage de notre championnat. Il a pris la direction de la surprise de la saison dernière : Zulte Waregem. Laurent Macquet : En février 2005, j'arrivais en fin de contrat. Nous avions discuté avec Charleroi et nous étions tombés d'accord pour une prolongation de deux ans avec une toute petite augmentation. Cependant, il y avait deux problèmes. Deux ans auparavant, en juin 2003, alors que Mogi Bayat m'avait dit que Didier Frenay pouvait me transférer au CSKA Sofia, j'avais vu que cela embêtait le manager de Charleroi et comme il m'avait fait confiance en me sortant du trou à Cannes, j'avais accepté de prolonger. En retour, il m'avait promis une prime à la signature de 15.000 euros pour services rendus. Cette promesse n'a jamais été tenue. Comme je lui faisais confiance - je l'avais même invité à mon mariage - je n'avais pas jugé utile de mettre cela sur papier. Sa parole me suffisait. Lorsque j'ai réclamé cette prime, il a nié. Le fil était rompu. Pas pour l'argent mais j'en faisais une question de principe. Cela venait quand même d'une personne en qui j'avais totale confiance ! De plus, je négociais également avec Genk qui m'offrait la possibilité de signer pour trois ans à un salaire trois fois supérieur à celui que je recevais à Charleroi. Je pense que Mogi Bayat a appris ces tractations et c'est à partir de ce moment-là que mes apparitions sur le banc se sont faites plus fréquentes. Finalement, à Genk, René Vandereycken est parti et Hugo Broos ne me voulait plus. Je suis passé à côté d'une belle opportunité. Comme il n'était pas question que je reste à Charleroi, j'ai activé les pistes étrangères et j'ai abouti dans un club promu grec, Akratitos. Macquet : Il faut aussi ajouter que pour le dernier match disputé avec Charleroi, contre Lokeren, je n'ai pas touché la double prime prévue en cas de victoire. Or nous avions gagné 2-1 et j'ai marqué un but. Mogi Bayat ne l'a pas versée, ni à moi, ni à tous les autres joueurs partis (Ibrahim Kargbo, Fabien Gallée). Par contre, ceux qui sont restés au club, je sais qu'ils l'ont eue. Cela confirmait que je n'avais pas affaire à quelqu'un d'honnête. Macquet : Sur le plan sportif, cela s'est bien passé. J'ai disputé 29 des 30 rencontres et nous avons terminé 14e mais à partir du 23 décembre, je n'ai plus touché de salaire. J'avais prévu ce cas de figure car on m'avait prévenu que cela arrivait souvent en Grèce. C'est pour cette raison qu'il faut prendre 30 % minimum à la signature. Sur les conseils de mon manager, j'ai pris Laurent Denis, comme avocat, pour me défendre. Je sais qu'il n'est plus en odeur de sainteté en Belgique mais il connaît bien les arcanes judiciaires du football et il a porté plainte à la FIFA. J'aurai des nouvelles à l'automne... Loris Reina : Charleroi m'avait proposé une prolongation de contrat de deux ans mais à des conditions que je ne pouvais pas accepter. Reina : Les dirigeants me proposaient moins que ce que je gagnais. On a négocié mais nous sommes restés dans une impasse. Je comprends qu'ils défendent leur business mais moi, je devais défendre mon point de vue. Reina : C'est vrai que depuis deux ans, on annonce l'arrivée d'un arrière gauche. Je ne commençais jamais la saison mais quand on faisait le bilan, en fin d'exercice, c'est toujours moi qui ai joué le plus souvent. En fin de saison dernière, l'entraîneur m'avait placé au milieu ou devant Dante, preuve qu'il continuait à compter sur moi. Je ne m'attendais pas à devoir changer de club. Quand j'ai vu que les dirigeants avaient transféré Denis Souza, le back gauche de Mons, je me suis fait une raison. J'ai alors cherché une autre piste. Macquet : Mon manager m'avait proposé à Mons mais le club a dit que je ne les intéressais pas car je manquais de vitesse et qu'il recherchait des joueurs rapides. Finalement, comme Walter Meeuws connaissait mon manager, il y a eu des contacts. Il m'a vu sur DVD et il se souvenait de mon nom. Nous avons eu une entrevue et le feeling est passé tout de suite. C'est pour cette raison que j'ai signé un contrat de deux ans. Reina : Après trois ans passés en Belgique, ma notoriété est ici. Zulte Waregem me suivait déjà depuis plusieurs mois. Les dirigeants m'ont rappelé début juillet et cela me plaisait de rejoindre le club qui avait gagné la Coupe de Belgique et qui sortait d'une saison exceptionnelle. Les joueurs n'ont volé cela à personne. Reina : Non. Ma copine est flamande. Et puis, tout est une question de club et d'envie. Si le projet proposé est alléchant, on ne fait pas de différence entre une formation francophone ou néerlandophone. Macquet : A Beveren, tout le monde parle le français. Même l'entraîneur durant la causerie et les joueurs flamands. Je n'ai d'ailleurs pas l'impression de me retrouver dans un club flamand. Reina : L'âge des joueurs. A Zulte Waregem, on dispose de pas mal d'expérience. Il y a plus de vieux qu'à Charleroi et cela se ressent dans les vestiaires ou sur le terrain. Il y a Tjörven De Brul, Mathieu Verschuere, Stefan Leleu, Geert De Vlieger. Sans oublier Chris Janssens. Il a 37 ans mais il court encore énormément. C'est impressionnant. Macquet : A Beveren, c'est le contraire. Je suis le deuxième plus vieux alors que je n'ai que 26 ans. C'est une équipe très jeune. Du coup, c'est foot-foot tout le temps. On a vraiment l'impression qu'ils s'amusent sur le terrain. Macquet : En Flandre, c'est plus carré. On est davantage suivi. Notamment au niveau des horaires. Reina : Je ne sais pas si on peut dire que c'est plus professionnel mais on sent un côté plus discipliné. Reina : Francky Dury, ça a l'air d'être un personnage. Macquet : Quoi ? Il est marrant ? Reina : Il aime bien faire quelques blagues. Il a de la présence dans les vestiaires et sur le banc mais quand il doit pousser une gueulante, il le fait. Je trouve qu'il a un peu les mêmes méthodes que Mathijssen. Notamment au niveau des entraînements. Il est plus démonstratif et parle davantage mais on peut comparer les deux hommes. En fin de compte, on joue presque avec le même système (4-5-1). Difficile à dire, donc, si on est plus offensif que Charleroi. En préparation, on avait utilisé d'autres systèmes (3-5-2, 4-4-2) mais finalement, à Genk, on n'a évolué qu'avec un attaquant mais il faut dire que c'était Genk aussi... Macquet : Walter Meeuws a réalisé une grande carrière de joueur et de coach et cela se voit tout de suite. Il a été en finale de la Coupe d'Europe avec l'Antwerp, c'est bien cela ? ( NDLR : finale de la Coupe des Coupes en 1993 face à Parme à Wembley). Il est calme et on sent son expérience. Il possède cette connaissance du football et sait comment cela fonctionne. Il parle peu mais bien. Il laisse une certaine liberté aux joueurs. Cependant, quand il dit quelque chose une fois, il n'aime pas devoir le répéter. Il sait donner confiance au groupe. Comme l'équipe est jeune, elle dispose d'une grande marge de progression et Meeuws peut apporter énormément d'expérience à ce groupe. Reina : Après les résultats de la saison passée, tout le monde va nous attendre. On se situe un peu dans le même cas de figure que Charleroi l'année passée. Si tout fonctionne bien, je crois que l'on peut réaliser une saison identique à la précédente. Et pourquoi pas meilleure ? Avec Cédric Roussel, Janssens et Aliyu Datti, on a bien remplacé les joueurs partis (Salou Ibrahim et Frédéric Dupré). Cependant, on sait que sur une saison, il y a toujours un facteur chance. Macquet : Je sais qu'il y a des qualités techniques et de pénétration dans ce groupe mais cela ne fait qu'un mois que je suis avec eux. Il me faut encore un peu de temps pour juger du potentiel de Beveren. Si on garde le même état d'esprit du match d'ouverture contre le Germinal Beerschot où l'on méritait au moins le point du partage, on peut réaliser une bonne saison. Par contre, si on ne reste pas solidaire, on va au devant d'une saison difficile. Quand on voit les pronostics d'avant saison dans les journaux flamands, on n'a pas grand-chose à perdre. On ne peut que surprendre. Reina : Je n'ai pas ressenti de problèmes particuliers. On n'arrive jamais dans un club avec un statut de titulaire à part entière. Dans les vestiaires, à Zulte Waregem, on est tous au même niveau. C'est certain que j'avais plus d'affinités à Charleroi car j'y étais présent depuis trois ans mais au bout de quelques mois, les contacts se feront naturellement. J'ai pour philosophie que c'est au joueur qui arrive d'accomplir les efforts nécessaires. Les matches servent également à s'intégrer. Macquet : Certains me connaissaient, d'autres pas. Je suis parti un an et on est vite oublié. J'ai essayé de me faire respecter dès le départ. De suite, j'ai été vers eux. Reina : En trois ans, on a tout connu. Une saison où on s'est sauvé lors de la dernière journée, une autre où on a battu tous les records du club et puis la finale de Coupe que l'on n'a pas réussi à atteindre l'année dernière. Macquet : Je garde d'excellents souvenirs. Surtout humainement. Il y avait une ambiance terrible. Surtout l'année où on a terminé cinquième. Reina : On jouait avec des amis... Macquet : Une sorte de bande de copains. On allait manger ensemble. On était tout simplement bien. Reina : Je n'ai jamais connu des vestiaires pareils. Chaque année, cela changeait sans vraiment changer. Macquet : Je serai d'ailleurs content de retourner au stade du Pays de Charleroi avec Beveren. Reina : Moi, j'ai été invité aux cinq ans d'un club de supporters. J'ai trouvé la démarche sympathique. Macquet : Non. La fin ? C'est juste par rapport à une personne que je suis parti. Reina : Sur le plan sportif, la demi-finale de Coupe l'année passée me reste en travers de la gorge. Eliminés par Mouscron... Reina : Comme le championnat belge n'est pas très médiatisé en France, quand tu pars, les gens t'oublient vite. Cela devient compliqué de revenir. Cependant, si c'était à refaire, je n'hésiterais pas à venir en Belgique. A l'époque, à Marseille, cela se passait mal avec l'entraîneur, Alain Perrin, et je voulais me poser après deux ans de prêt, à Nancy et au Servette Genève. Je conseille d'ailleurs aux joueurs français dans l'impasse de nous imiter. Fabien Camus s'est retrouvé dans la même situation que moi et cela marche aussi pour lui. Macquet : Je préfère jouer en D1 belge plutôt qu'en L2 française. A part Caen et Guingamp peut-être. Et comme la Ligue 1 nous est fermée... STÉPHANE VANDE VELDE