Ambiance sympathique de début de vacances autour de la piscine aménagée dans le jardin de RitchieDe Laet (33 ans), pas très loin d'Anvers. Ollie, le chien de la maison, court partout. La plus jeune fille du défenseur de l'Antwerp, Olivia (six ans), s'éclate sur sa petite bécane. Lilly (douze ans) reste plus sagement sur son siège avec sa maman et ses grands-parents. Une banderole saute aux yeux avec le slogan Geslaagd. Réussi. La maison de Ritchie et de sa femme Thané fête, le soir-même, le diplôme d'humanités de Maike, la soeur du joueur.
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Ambiance sympathique de début de vacances autour de la piscine aménagée dans le jardin de RitchieDe Laet (33 ans), pas très loin d'Anvers. Ollie, le chien de la maison, court partout. La plus jeune fille du défenseur de l'Antwerp, Olivia (six ans), s'éclate sur sa petite bécane. Lilly (douze ans) reste plus sagement sur son siège avec sa maman et ses grands-parents. Une banderole saute aux yeux avec le slogan Geslaagd. Réussi. La maison de Ritchie et de sa femme Thané fête, le soir-même, le diplôme d'humanités de Maike, la soeur du joueur. Sur les photos, on ne verra que Ritchie et Ollie. Les autres membres de la tribu ne tiennent pas à s'exposer. On découvre un gars spontané, bienveillant, ouvert. "Je sais que ça va étonner des gens si on dit ça", lâche-t-il. "Sur le terrain, je suis agressif et je dégage un truc qui fait qu'on n'a pas spécialement envie de me croiser. Parfois, quand je me revois, je me fais même un peu peur. Mais pendant le match, je ne pense pas à tout ça. Pour moi, tout ce que je fais est normal: être impliqué dans des incidents, avoir des conflits avec les arbitres." Il essaie pourtant de faire attention. "Je n'ai pas envie qu'on dise à mes filles, à l'école: Allez, on a vu ton père à la télé hier... Et puis ce n'est pas l'image qu'elles ont de moi. Il y a deux Ritchie très différents. Ici, je suis calme, sympa, ouvert." Il nous montre alors les tatouages qui ornent son bras. Sa femme et ses filles y occupent une place en vue. Et puis il y a la cathédrale d'Anvers et Brabo, le monument de la ville. Tout ce qu'il adore s'y retrouve. On passe au living pour l'interview. Ritchie De Laet évoque ses jeunes années. Son père Mike et sa mère Wendy étaient encore des gosses quand il est venu au monde: ils avaient respectivement 18 et seize ans. Mike était encore à l'armée. Après, il a suivi les traces de son beau-père et s'est mis à bosser dans la construction. Le couple vivait chez les parents de Wendy, à Hoboken. "Ils étaient trop jeunes pour avoir leur maison. Ils étaient ensemble depuis deux ans quand je suis né, ça veut dire que ma mère n'avait que quatorze ans quand leur histoire a commencé." Ritchie De Laet a grandi dans cette maisonnée avec le frère de sa maman, Yannick, qui n'a que quatre ans de plus que lui. "Pour moi, c'était magnifique. Yannick est mon oncle, mais dans les faits, c'est un frère. On partageait tout." Sa première soeur, Shana, est venue au monde quand il avait sept ans. Et sept ans plus tard, Maike est née. Ritchie a filé en Angleterre à 18 ans. "À partir de ses quatre ans, je ne l'ai presque pas vue pendant près de douze ans. Logiquement, je n'ai pas le même lien avec elle qu'avec Shana. J'ai l'impression que Maike était timide par rapport à moi. J'étais le grand frère inaccessible, le castard de la famille. Les choses ont commencé à changer quand je suis rentré en Belgique. On se voit plus régulièrement. Je trouve très chouette de pouvoir la côtoyer maintenant. Mais je comprends que pour elle, ça a dû être bizarre d'avoir un frère qu'elle voyait une fois par an et qu'elle connaissait à peine." Ritchie De Laet aime retourner à Hoboken, où habitent son oncle et son grand-père. Même si ses visites sont de plus en plus espacées. "Le problème, c'est que cette commune est du mauvais côté d'Anvers pour moi. C'est du côté du stade du Beerschot, une zone où j'essaie d'aller le moins possible... Il y a eu des incidents dans les derniers derbies et je ne veux pas chercher inutilement les problèmes. On a raconté que j'avais été à l'origine des bagarres, ce qui n'est évidemment pas vrai. Mais je n'ai pas envie de retrouver ma voiture caillassée." Il ne trouve pas ça drôle. Mais il part du principe que cette rivalité a quelque chose de normal. "Tout le monde connaît la portée de ce match. Pour moi, le derby est aussi chargé en émotions que pour les supporters. Et je n'ai pas peur d'en parler. Je me lâche quand je donne des interviews sur le sujet et je suis très clair quand j'explique ce que l'Antwerp représente à mes yeux. Donc, il est normal qu'il y ait des réactions. Je trouve vraiment dommage que le Beerschot soit descendu. Jusqu'au dernier moment, j'ai espéré leur sauvetage. Parce que c'est le genre de matches que tu as toujours envie de jouer." Ritchie De Laet a grandi avec les deux clubs. Plusieurs membres de sa famille sont supporters des Rats. Mais lui-même s'est retrouvé à l'Antwerp quand son père et son grand-père l'y ont emmené. "Enfiler ce maillot et monter sur le terrain devant ces supporters dont j'ai fait partie pendant des années... Chaque fois, c'est un rêve. Mon père ressent les mêmes émotions, mais il est plus discret. L'Antwerp restera toujours son club et il est fort critique quand il analyse mes prestations." "J'ai eu un père très jeune. Quand on jouait au foot ou quand on allait courir, on se tirait la bourre. Je pouvais partager mes passions avec lui. Il ne voulait pas être moins bon que moi, je ne voulais pas être moins fort que lui... Quand je n'avais pas envie de me défoncer ou quand je n'atteignais pas le niveau qu'il me croyait capable d'atteindre, il ne me faisait pas de cadeau. Ce qui comptait le plus à ses yeux, c'était la famille, le foot et le respect des horaires. Quand je faisais quelque chose avec lui, je rentrais souvent à la maison en pleurant. Aujourd'hui, je me rends compte qu'il a eu tout à fait raison d'agir comme ça. Je fais maintenant la même chose avec la plus grande de mes soeurs. Elle est bonne au tennis, et quand les résultats ne suivent pas, je me fâche. Elle aussi, elle a pleuré plus d'une fois." Comme son père, il a connu très tôt les joies de la paternité. Il n'avait que 21 ans à la naissance de Lilly, si bien qu'à 38 et quarante balais seulement, ses parents étaient grands-parents. À ce moment-là, il connaissait sa femme depuis cinq ans. À seize ans, Ritchie a demandé à son meilleur pote s'il avait des adresses mail de filles sympas. Le copain lui a filé une liste et y a ajouté des adresses MSN pour chatter. C'est avec Thané qu'il a fait son premier chat. Il ne l'avait encore jamais vue, mais y est allé au culot: "Je t'ai aperçue en ville ce week-end." Il revient sur la scène: "Elle m'a répondu que c'était impossible. Mais elle m'a répondu, c'était déjà ça. On a commencé à échanger alors qu'on ne s'était jamais vus." Ils sont allés au cinéma quelques jours plus tard. Bingo, l'amour au premier regard. "Je trouvais que tout était super chez elle. Dès la première seconde, il s'est passé quelque chose." Deux ans après leur rencontre, Ritchie De Laet a signé à Stoke City. Il a séjourné dans une famille d'accueil, pendant une demi-année. Ils se sont ensuite installés ensemble avec leur chien Koby. "C'était un chien très spécial, il a tout vécu avec nous. On peut le considérer comme notre premier enfant. Il nous était d'un grand soutien. Surtout pour Thané. J'étais souvent parti et elle avait une compagnie. On trouve ça important. Encore maintenant, quand je rentre à la maison et que je suis accueilli par Ollie... Je ne tiendrais pas longtemps sans chien." On ne peut pas dire que tout ait toujours roulé pour le couple en Angleterre. "On a eu du mal au début." De Laet arrivait de l'Antwerp, où il touchait 550 euros par mois. À Stoke, on lui a directement offert l'équivalent de 3.000 euros nets mensuels. "J'ai acheté un GSM, une PlayStation, des vêtements, ... C'était comme si j'avais gagné au Lotto. Mais une semaine avant la fin du mois, il me restait cinquante euros." Ils se sont mis à la recherche d'un appartement et ont vite trouvé leur bonheur. "Le loyer était de 1.200 euros. Mais les premières factures sont vite arrivées: 300 livres ici, 200 livres là. Avant d'avoir compris ce qu'il nous arrivait, il nous restait une dizaine de livres. J'ai appelé mes parents à la rescousse. Il n'y avait aucun accompagnement de la part du club. Heureusement, on s'entendait très bien avec les voisins du dessus, ils nous ont beaucoup aidés. Quand mes parents sont venus nous voir pour la première fois, on a eu un gros accident de voiture. Sinistre total. J'habitais à une petite demi-heure du centre d'entraînement et mon voisin me conduisait, puis il venait me rechercher. Ce qu'ils ont fait pour nous, c'était incroyable." La présence de sa femme l'a aussi beaucoup aidé. "Il m'arrivait de dépenser beaucoup dans des boutiques de fringues. Je voyais des coéquipiers se pointer en Louis Vuitton. Donc, il m'en fallait aussi. Thané m'a fait comprendre qu'on avait le droit de se lâcher une fois de temps en temps, mais qu'il fallait aussi penser à notre avenir. Sans elle, j'aurais sans doute tout claqué. Elle m'a aidé à garder les pieds sur terre. On vivait ensemble full time, et là, il y a deux possibilités: soit ça foire, soit on se rapproche encore plus. Encore aujourd'hui, je me réjouis chaque fois de rentrer à la maison pour retrouver ma femme et mes filles dès que l'entraînement est terminé." Bientôt, elles vont partir en vacances, à trois. "Pour moi, c'est chaque fois un enfer. On se téléphone trois ou quatre fois par jour." Surtout qu'on lui a découvert récemment un souci chronique au niveau des intestins. La saison dernière, ce problème l'a tenu éloigné des terrains pendant trois mois. Ça a commencé fin janvier à Ostende. Il a toujours eu des intestins capricieux, mais les choses se sont subitement accélérées. "J'ai toujours dû aller plus souvent aux toilettes que les autres et j'y allais systématiquement avant les matches, ça faisait partie de mon rituel." À Ostende, tout se passait bien jusqu'au moment où les équipes sont remontées sur la pelouse pour la deuxième mi-temps. De Laet a dû subitement retourner au vestiaire. Ses crampes étaient tellement fortes qu'il a signalé qu'il n'allait pas pouvoir reprendre. "Les gens d'Ostende ont été sympas, ils ont attendus que je revienne. Quand je suis revenu, ça allait. Mais ça a été un déclic, j'ai commencé à avoir peur. Aujourd'hui, aller aux toilettes avant un match, c'est devenu un tabou pour moi. Et je me mettais tellement de pression que c'était inévitable que j'en ressente le besoin. Une semaine plus tard, rebelote. On était dans le tunnel juste avant le coup d'envoi et je me disais qu'il ne fallait surtout pas que j'aie le problème. Et je l'ai eu, évidemment." Il a alors commencé à très peu manger. Mais il y avait pire. Il souffrait de divers maux et se sentait épuisé. "Je n'allais plus voir les matches de tennis de mes filles. Je limitais à fond mes trajets en voiture, je ne faisais plus qu'aller de la maison au club et du club à la maison, et les entraînements m'épuisaient. Une fois rentré, je m'affalais. J'étais mort. Ma femme préparait des repas mais je n'y touchais pas. Je me contentais de fruits, parfois je prenais un peu de salade. Les deux premiers jours, j'ai cru que je n'allais jamais tenir avec ça, mais je me suis vite habitué. Tout ce que j'avais envie de faire, c'était me mettre au lit et dormir." Mentalement aussi, ça a été très compliqué. "J'étais au fond du trou, je ne pensais plus qu'à ça. Ma femme a parlé de vacances dans le sud de la France, rien que l'idée me mettait dans un état de stress indescriptible. Rester aussi longtemps dans un avion... Avant chaque match, je me demandais comment ça allait se passer. Je n'arrivais plus à profiter. Sur la route, je me demandais parfois si je n'allais pas appeler pour dire que j'étais malade. Je n'avais plus d'énergie. J'ai toujours été positif, enthousiaste, ouvert. Là, il n'y avait plus que ma famille que je supportais. Bien sûr, ça se voyait et j'ai entendu que j'étais devenu un gars très négatif." Longtemps, il n'a pas ébruité ses soucis de santé. Seule sa femme était au courant. Jusqu'au déplacement à Louvain, début avril. "Je n'avais rien avalé de toute la journée. Juste avant l'échauffement, j'ai mangé une banane. Mais après un seul sprint, je n'en pouvais plus. J'étais mort et je l'ai dit. À partir de ce moment-là, on a commencé à chercher les causes du problème. Ma femme m'a encouragé à me confier, elle m'a dit que ça avait trop traîné et qu'il fallait avancer." Il poursuit: "Évidemment, j'ai pensé au pire. J'ai cru que j'avais un cancer. On a commencé à faire tous les examens nécessaires. On a découvert que c'était une affection intestinale chronique. Les douleurs étaient si fortes que j'ai cru que j'étais au stade le plus avancé. Je partais du principe que ma carrière était terminée. Mais après deux jours de traitement à la cortisone, j'ai pu recommencer à manger, j'ai repris progressivement des forces. Entre-temps, j'ai retrouvé mon niveau, c'est un cadeau. Je suis redevenu l'homme enjoué que j'avais toujours été, je le suis même peut-être encore plus qu'avant. Je profite de chaque instant sur les terrains et j'ai choisi d'être très ouvert par rapport à l'épreuve que j'ai traversée. Surtout vis-à-vis des enfants. Ce n'est jamais cool de devoir passer beaucoup de temps aux toilettes, mais s'ils savent que j'ai cette maladie, ils pensent peut-être qu'ils souffrent simplement du même mal que Ritchie De Laet. C'est quand même plus cool au quotidien..."