Jean-Marie Philips se porte comme un charme. A 71 ans, celui qui est sorti de l'ULB en 1968 avec une licence en criminologie sous le bras et s'est marié la même année, qui a passé quinze ans au Barreau de Bruxelles, qui a écrit deux livres de droit adressés aux spécialistes, qui a débuté dans le monde du football en négociant la reprise du RWDM dans les années 80, qui a été l'une des têtes pensantes de la Ligue Pro et de la Fédé, mais qui a aussi et surtout mené une lutte acharnée pour moderniser l'Union belge, ne s'ennuie pas à l'Union Saint-Gilloise.
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Jean-Marie Philips se porte comme un charme. A 71 ans, celui qui est sorti de l'ULB en 1968 avec une licence en criminologie sous le bras et s'est marié la même année, qui a passé quinze ans au Barreau de Bruxelles, qui a écrit deux livres de droit adressés aux spécialistes, qui a débuté dans le monde du football en négociant la reprise du RWDM dans les années 80, qui a été l'une des têtes pensantes de la Ligue Pro et de la Fédé, mais qui a aussi et surtout mené une lutte acharnée pour moderniser l'Union belge, ne s'ennuie pas à l'Union Saint-Gilloise. La future réforme qui va secouer le football rémunéré est son dernier cheval de bataille. Il la trouve honteuse, mal négociée et profondément injuste. Et quand Jean-Marie Philips estime être victime d'une injustice, il sort sa plus jolie batte de base-ball pour tout péter. Il y met un peu moins de dash qu'avant mais sa détermination et son bagout demeurent inchangés. Tant mieux ! JEAN-MARIE PHILIPS : Je suis franchement contre. Cette réforme a été décidée dans la précipitation et sans le moindre bon sens. Je suis le premier à dire qu'il était temps de faire évoluer le foot belge dans la bonne voie. J'allais déjà dans cette direction quand j'étais encore à la Ligue Pro mais ici, le mode de fonctionnement qui a été choisi, c'est la brutalité. Passer de dix-huit clubs à huit en quelques mois, ça n'a pas de sens. D'autant que les clubs qui veulent, ou qui vont rester en D1B, doivent aussi répondre aux normes de la licence de D1A. Ils doivent donc être en mesure, en l'espace de sept mois, de montrer patte blanche dans de nombreux secteurs. L'Union Saint-Gilloise par exemple, doit pouvoir compter sur un stade de 8000 places dont 5000 assises. Comment voulez-vous que nous puissions réagir en aussi peu de temps, sachant qu'une partie de l'enceinte est classée et que l'autre est dans un parc ? Je pense qu'avec un peu d'intelligence, de clairvoyance et d'ouverture d'esprit, on aurait pu arriver au même résultat mais en deux ou trois ans. Ici, il n'est pas question de transition mais de cassure. PHILIPS : Avec ce que l'on nomme couramment 'les 5 grands', l'idée était de réduire la compétition majeure de dix-huit clubs à quatorze. Pour répondre aux exigences des petits, nous avions trouvé un consensus à la belge en coupant la poire en deux. Ici, on éventre plus de la moitié d'une division mais ça ne choque personne. Dans mon esprit, à l'époque, la D2 n'était plus professionnelle or ce sera désormais le cas. Cela veut donc dire qu'entre les deux formules, la mienne à 16 clubs professionnels et la future à 24, il y aura huit clubs belges de plus qui auront ce statut. La situation économique n'est pourtant pas meilleure qu'à l'époque mais selon moi, c'est le début d'une disparition progressive des petits clubs. Un clivage va inévitablement se créer à partir de 2018 et vous verrez ce que cela va donner... PHILIPS : Si nous restons dans le Top 8 et que nous obtenons la licence, alors c'est que nous serons prêts. Le problème de stade est résolu puisque je suis allé signer une convention avec la Ville de Bruxelles pour la location du Stade Roi Baudouin. Mais en attendant, au niveau de notre enceinte, nous n'avons pas encore beaucoup avancé. Diverses pistes sont toujours à l'étude. Je pense que la meilleure possibilité serait de bâtir une nouvelle tribune en face de la principale. Elle longerait le terrain, permettrait d'accueillir le nombre de spectateurs nécessaires et en termes de hauteur, elle ne dérangerait pas trop les gens qui habitent le quartier et qui ont l'habitude de voir le parc depuis la fenêtre de leur salon. Il faudra tenir compte des riverains parce que je sais que si nous agissons dans la précipitation, on va se retrouver avec un recours devant le Conseil d'Etat et on nous dira qu'on empêche les chauves-souris de copuler à l'aise dans la nature ! Sportivement, nous avons, selon moi, l'équipe qu'il faut pour rester en place mais j'ai peur des arrangements entre amis en fin de championnat. Je n'accuse personne mais je connais la musique. Il reste une poignée de matchs et toutes les combines sont possibles entre 'amis'. J'espère que cela ne nous pénalisera pas. PHILIPS : Tout, soyons clairs ! En avril 2015, quand il a été acquis que nous allions rallier la D2, nous avons recruté des joueurs pour nous maintenir. C'était l'ambition initiale. Puis, deux mois plus tard, nous avons appris le visage de la réforme et le fait que dix clubs allaient gentiment passer à la moulinette. En réaction, nous avons dû acquérir des joueurs d'une qualité encore supérieure. Cela a engendré une surcharge financière importante. Ajoutez à cela que nos résultats ont été brillants au premier tour, puisque nous sommes restés quelque temps dans le trio de tête. En primes, c'était bonbon ! L'ambiance a changé elle aussi parce qu'il y avait davantage de pression au sein du club et je ne vous cache pas que nous nous sommes heurtés à des problèmes financiers évidents. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre la mécanique et la cascade financière qui a découlé des sacrifices qui ont été faits. Sincèrement, vivement que la saison s'achève et que nous soyons dans le Top 8. PHILIPS : C'est difficile à estimer. J'espère que nos supporters pourront revenir la saison prochaine au Parc Duden à l'occasion du deuxième tour. Mais il faudra aussi tenir compte des dégâts collatéraux des travaux. Une nouvelle tribune en face, cela implique des tracteurs, des camions, des grues,... La pelouse sera donc démolie. Moi, je suis d'avis d'en profiter pour mettre un terrain synthétique comme à Saint-Trond, parce que cela réduira aussi les problèmes que nous connaissons en matière d'infrastructures d'entraînement, et tant qu'à faire, aménageons aussi un parking souterrain. Nous devrions avoir toutes les réponses pour le mois d'avril. La commune a en tout cas voté un subside de 2.360.000 € mais ici, rien n'est simple puisqu'il y a un bail emphytéotique concernant le stade communal, que les deniers proviennent de Saint-Gilles mais les autorisations urbanistiques de Forest... PHILIPS : Et comment ! L'idée première était de faire un classement des trois dernières saisons et de conserver les huit meilleures équipes. C'était bien gentil mais l'Union était alors en D3, elle n'était même pas prise en considération. J'ai introduit une action devant le Tribunal et nous avons eu gain de cause en trois jours. A bien y réfléchir, je peux vous dire que j'en veux à mort aux clubs de D2 qui ont voté et qui se sont fait avoir comme dans un bois. Expliquez-moi pourquoi des entités qui se savaient reléguées, ont pu voter la saison passée, et pas celles qui avaient une chance de monter ? La Ligue Pro a joué finement le coup et a négocié un pacte avec les clubs qui ont, eux, vendu leur âme pour des cacahuètes. C'est un peu comme dans la Bible, où Esaü a vendu son droit d'aînesse pour un plat de lentilles. Je trouve que nous devons supporter un héritage ennuyeux et que cela a été contraire au règlement fédéral... J'ai dit ouvertement aux clubs qu'ils s'étaient suicidés. Sur les huit ou neuf qui vont basculer, combien vont remonter ? Tout a été fait à la va-vite et cela se traduit désormais par les postes vacants dans diverses commissions. J'aurais éventuellement pu être candidat, vu mon profil et mon expérience, mais les gens en place vont-ils accepter le retour du vieux ? PHILIPS : Oh vous savez, je n'en sais trop rien. J'avais ma vision des choses, claire, franche, précise. Alors, on me dit souvent que j'étais un rentre-dedans et je le confirme. Mais à la différence de beaucoup d'autres, même quand je frappais, c'était toujours au-dessus de la ceinture. Et du coup, je peux regarder tout le monde dans les yeux. Mes combats étaient intellectuels et évidemment, je ne me suis pas fait que des amis. Néanmoins, il y a certaines traces qui demeurent. Je suis le premier à avoir fait signer des contrats professionnels aux arbitres, idem en ce qui concerne l'établissement de la première convention collective de travail, j'ai innové en renversant les droits TV par le biais d'une adjudication publique et j'en passe. Mon dernier coup d'éclat, c'est la signature du contrat avec l'équipementier Burrda, qui nous offrait bien davantage alors que Nike nous laissait tomber et qu'Adidas ne s'intéressait pas aux Diables Rouges. PHILIPS : Cela me fait surtout plaisir même s'il est clair que les temps ont changé. Aujourd'hui, en deux heures, le stade Roi Baudouin est sold-out alors que moi, je devais inviter l'arrière-banc et encore... J'ai connu l'éclosion de certains talents qui sont nos fers de lance aujourd'hui même si je suis le premier à dire que je n'ai rien à voir là-dedans. J'ai peut-être un goût de trop peu mais nous avons eu René Vandereycken, Frankie Vercauteren, Georges Leekens sans parler du fiasco Dick Advocaat. Je pense que chacun doit assumer sa part de responsabilités. Je crois que nous avions certains outils pour réussir mais il manquait les pierres, et sans matériel, on ne construit pas une maison. Aujourd'hui, Marc Wilmots réussit et tant mieux pour lui. C'est celui qui a su le mieux gérer le privilège d'avoir un super matériel humain. J'ai toujours prôné la formation des jeunes et la réussite actuelle de notre équipe nationale n'est pas le fruit du hasard mais d'un autre côté, elle ne reflète absolument pas la valeur du football belge dans la mesure où la moitié des joueurs qui la composent ont fait leurs classes à l'étranger. PHILIPS : Oui et non. J'ai en tout cas été jusqu'à Jodoigne, dans le cabinet de son épouse, qui est avocate elle aussi, pour signer son contrat quand Dick Advocaat nous a planté un couteau dans le dos. Je savais qu'il avait une aura incroyable, je l'avais connu comme joueur, c'est un bon communicateur et je pense que cela a été un choix judicieux. PAR DAVID DUPONT - PHOTOS BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS" J'espère que nos supporters pourront revenir la saison prochaine au Parc Duden à l'occasion du deuxième tour. " JEAN-MARIE PHILIPS