Le 6 décembre dernier, une équipe de Panorama (émission documentaire de la VRT) s'était présentée, incognito, à sept clubs, en proposant d'investir de l'argent en noir, fausses factures à la clef. Six clubs avaient accepté, pour un montant de 600.000 euros, même en apprenant qu'il s'agissait de fonds issus de la pornographie et de téléchargements illégaux. Un de ces clubs évolue en D1. Et Patrick Vanoppen, le président du Beerschot, est furieux qu'on insinue que son club est corrompu.
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Le 6 décembre dernier, une équipe de Panorama (émission documentaire de la VRT) s'était présentée, incognito, à sept clubs, en proposant d'investir de l'argent en noir, fausses factures à la clef. Six clubs avaient accepté, pour un montant de 600.000 euros, même en apprenant qu'il s'agissait de fonds issus de la pornographie et de téléchargements illégaux. Un de ces clubs évolue en D1. Et Patrick Vanoppen, le président du Beerschot, est furieux qu'on insinue que son club est corrompu. De fait, il n'y a pas de preuve que le Beerschot ait accepté mais le reportage est bien tourné dans une loge du Kiel et on reconnaît aussi l'accent typique de Rik De Veirman. Il n'est qu'un consultant externe du club, officiellement, et il fuit les feux de la rampe. Cet ancien journaliste a fait son apparition au Germinal Beerschot en 1999, peu après sa fondation. SMAC, la société de son amie, exploite alors le fan shop, puis fournit aussi l'équipement des joueurs... jusqu'à ce que le président Jos Verhaegen obtienne de meilleures conditions ailleurs. Il s'ensuit une guéguerre de quatre ans avant que les parties ne trouvent un arrangement. Depuis, De Veirman semble toujours avoir un pied au club. Quand Vanoppen vend des joueurs, en 2011, pour boucler son budget, De Veirman requiert ses commissions, arrangement en main. Furieux, Vanoppen n'a pas le choix : il conclut un contrat avec lui, cette fois pour des missions commerciales. Il oublie d'annuler le premier deal. Ce n'est pas sa seule erreur. Sa légèreté est devenue légendaire. En 2012, De Veirman reprend de facto la direction du Kiel tout en échappant au contrôle de son président, comme le montre le reportage de Panorama. Retour au 6 décembre. Un investisseur contacte les journalistes : il a un deal avec l'Antwerp mais il ne peut tolérer d'argent noir. Il s'agit d'un certain Filip De Graeve. En août 2011, le clan Verhaegen a pris le pouvoir au Bosuil via la SA RAFC Management, pour se venger du Beerschot. La SA doit maintenir le club en vie. En échange, elle perçoit les revenus des transferts. Las, ceux-ci sont quasi nuls. La SA ne fait qu'injecter de l'argent et au bout d'un an, elle ne demande qu'à passer le témoin. Le clan s'accroche au messie qatari présenté par un ancien joueur, Nacer Abdellah. L'accord capote mais De Graeve se présente et Günther Hofmans, le gendre de Verhaegen, signe un accord de principe avec lui l'automne dernier. La société de Singapour représentée par de Graeve verserait 10 millions en échange de la SA. Or, De Graeve a mauvaise réputation. Ceux qui ont fait affaire avec lui le décrivent comme un " escroc doté de folie des grandeurs ". Le secrétariat du Bosuil est accablé de mails de mise en garde. Même en janvier dernier, quand notre magazine dévoile que De Graeve a été condamné avec sursis pour la mise sur pied d'un réseau de prostitution, les pourparlers se poursuivent. Hofmans ne les arrête qu'un mois plus tard quand le tribunal correctionnel d'Anvers requiert une peine de prison de cinq ans à l'encontre de De Graeve, pour escroquerie et dissimulation d'une somme de 3,5 millions. Il s'agit, selon le parquet, d'argent issu du crime, placé dans des paradis fiscaux. La tentative de reprise de l'Antwerp est placée sous un autre éclairage. Certains n'excluent pas une opération de blanchiment d'argent. Le jugement est prononcé ce jeudi. Avec ou sans De Graeve, qui semble avoir disparu de la surface de la terre. Ce qui est fascinant, c'est le sérieux avec lequel Hofmans a servi son histoire tout l'hiver. Puisque tant de clubs sont rachetés par des cheikhs et des rois arabes, pourquoi l'Antwerp ne profiterait-il pas de cette manne ? Mais le cheikh s'appelle De Graeve et il a un fameux palmarès. On ne peut que douter qu'un tel personnage aurait renoncé au deal si l'Antwerp avait accepté de l'argent noir. Hofmans figurait dans le reportage, au nom de l'Antwerp, non cité. Il n'a pas réfléchi une seconde quand le journaliste undercover a demandé s'il pouvait payer un tiers de la facture en blanc et le reste en noir. " C'est possible. Pas de problème. " PAR KRISTOF DE RYCK & JAN HAUSPIEUne partie du reportage de Panorama sur l'argent noir a été tournée dans une loge du Beerschot.