Anderlecht en pole-position fin décembre, ce n'est pas à proprement parler une surprise. L'année passée déjà, il en était ainsi. Ce qui diffère, en revanche, c'est l'écart avec les poursuivants et, plus précisément, avec les deux autres grands du football belge : 7 points sur le Club Bruges et 18 déjà sur le Standard, qui n'était qu'à quatre longueurs du Sporting à la même période, voici tout juste un an.
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Anderlecht en pole-position fin décembre, ce n'est pas à proprement parler une surprise. L'année passée déjà, il en était ainsi. Ce qui diffère, en revanche, c'est l'écart avec les poursuivants et, plus précisément, avec les deux autres grands du football belge : 7 points sur le Club Bruges et 18 déjà sur le Standard, qui n'était qu'à quatre longueurs du Sporting à la même période, voici tout juste un an. Mais il n'y a pas que sur la scène nationale que les Mauves tiennent le haut du pavé. Alors qu'ils avaient dû reconnaître leurs maîtres dans les Biélorusses de BATE Borisov en préliminaires de la Ligue des Champions 2008-09, les troupes d' Ariel Jacobs ont à présent terminé premières d'une poule A, en Europa League, qui comprenait tout de même l'Ajax Amsterdam et le Dinamo Zagreb. Sans oublier les Roumains de Timisoara, aux consonances sans doute moins familières, mais qui ont malgré tout réussi l'exploit de battre les Croates et de rafler un point à l'Arena. D'une saison à l'autre, faut-il donc en conclure que les Bruxellois sont devenus plus forts ? Un certain nombre de facteurs abonde dans ce sens. Les chiffres d'abord. Non contents d'occuper le haut du classement, les Sportingmen présentent aussi le meilleur average avec 35 buts pour et 13 contre, soit une différence de +22. Le Club Bruges, son dauphin, en est à +12 (33-21), alors que le Standard, de son côté, en est à +8 à peine (27-19). Les Mauves n'ont enduré aussi que deux revers, dont le premier, à Saint-Trond, aurait sans doute été évité si, une semaine plus tôt, l'équipe n'avait pas perdu coup sur coup Marcin Wasilewski et Jan Polak dans les tristes circonstances que l'on connaît. Les pensionnaires du Parc Astrid ont également concédé deux partages à domicile : en premier lieu face au Standard, puis contre La Gantoise. Conjugués avec la perte de 3 unités devant le Club Bruges au stade Jan Breydel, ces faux-pas donnent peut-être à penser que les Mauves, souverains face aux sans-grades, sont nettement moins performants contre les ténors. Mais on en était alors aux premiers balbutiements du championnat et, depuis lors, les Mauves ont tout de même réussi quelques coups d'éclat dans les matches au sommet. Comme ses jolis succès au Dinamo Zagreb et, pas plus tard que jeudi dernier, à l'Ajax Amsterdam. Si Anderlecht ne lâche rien, ou plus grand-chose à présent, c'est sans doute parce que, secteur par secteur, il s'appuie aujourd'hui sur des éléments qui allient à la fois performance et allant, comme en atteste le petit tour d'horizon suivant. Décrié en début de saison, notamment en raison de deux bourdes à Lyon, le portier des Mauves s'est incontestablement racheté depuis lors. La preuve : avec à peine un passif de 13 buts en 18 matches, il s'impose comme l'ultime rempart le moins passé de notre élite devant l'étonnant Courtraisien Glenn Verbauwhede (17). Et, ce qui ne gâte rien, le n°1 du RSCA a gardé le zéro au marquoir dans onze de ces matches. Quand on sait que sur ce total de 13 goals, 4 ont été concédés au Club Bruges, lors du seul jour sans de l'équipe en championnat, cela en dit tout de même long sur la solidité du gaillard dans toutes les autres circonstances. Et il n'y a d'ailleurs pas que sur la scène nationale que le Hennuyer s'est magnifiquement repris après la double débâcle face à Lyon. En Europa League aussi, Proto n'a nullement manqué de mérite. Lors des déplacements au Dinamo Zagreb et à Timisoara, le grand Silvio ne s'est pas retourné à une seule reprise. Il n'y a qu'à l'Arena, finalement, qu'il a dû s'avouer vaincu, en fin de partie, sur un tir imparable d'UrbyEmanuelson. Au match aller, il s'était déjà interposé avec bonheur sur des essais de Luis Suarez. Le Proto actuel a pris à la fois du galon, du muscle et de l'assurance. Et en un contre un, il est pour ainsi dire imbattable. Le transfert de Nicolas Pareja à l'Espanyol Barcelone, durant l'été 2008, avait laissé un vide jamais totalement comblé la saison passée. Malgré une kyrielle d'essais, la défense du Sporting s'était rarement révélée à la hauteur de sa tâche. Il est vrai que la plupart de ses composantes n'évoluaient pas à leur place de prédilection. Aligné dans l'axe, côté gauche, Olivier Deschacht avait poussé Roland Juhasz à droite, à ses côtés, alors que le Hongrois s'était toujours montré d'une très grande régularité, tant en équipe nationale qu'à Anderlecht, en évoluant à gauche en défense centrale. Et ce n'est pas l'essai de Jelle Van Damme, à la place de Deschacht au stoppeur, qui était susceptible de modifier la donne puisqu'un pur gaucher en remplaçait tout simplement un autre. En définitive, un élément a contribué à mettre le secteur en place cette saison : le Tchèque Ondrej Mazuch. Au départ pourtant, à l'image de Proto, le néo-Anderlechtois aura dû faire face à une critique virulente. D'abord en raison d'un but-cadeau offert face à Lyon au Parc Astrid, puis par suite d'une prestation catastrophique à Saint-Trond. Même s'il avait droit à des circonstances atténuantes ce soir-là. Car présenté comme marqueur, c'est au back droit qu'il avait été aligné au Staaienveld. Il est symptomatique de constater que, tout comme chez Proto, le traumatisme lyonnais aura eu des effets bénéfiques pour Mazuch. Hormis une défaite à domicile face au Dinamo Zagreb, le RSCA n'a plus jamais perdu avec lui dans ses rangs. Le cinglant revers 4-2 au Club Bruges ? Le garçon était en Egypte, à ce moment-là, dans le cadre du Championnat du Monde des moins de 20 ans. Ses chiffres sont en tout cas stupéfiants : 18 fautes en l'espace de 12 matches à peine et une justesse de passes de l'ordre de 84 %. Soit les mêmes chiffres, à une unité près, que son compère Juhasz (19 fautes, 85 %). C'est l'évidence même : depuis l'époque de Hannu Tihinen et Vincent Kompany, les Mauves n'ont plus jamais eu un duo aussi intransigeant au c£ur de leur arrière-garde. Et aussi performant, aussi, sur les montées, puisque le Hongrois en est à trois buts en championnat et le Tchèque à deux. L'absence de Jan Polak, victime d'une déchirure des ligaments croisés lors du choc face au Standard, aura permis au jeune Bakary 'Bouba' Saré de se révéler dans un premier temps. L'Ivoirien a d'abord officié comme tampon au côté de LucasBiglia, avant d'assumer de plus en plus souvent seul le travail de récupération, permettant à l'Argentin de jouer plus haut. Grâce à cette nouvelle donne, on a pu découvrir un autre Biglia, plus incisif et décisif. Les chiffres l'attestent, avec 5 assists et un but en 15 matches. Ces dernières semaines toutefois, un autre jeune Africain s'est signalé à son tour : Cheikhou Kouyaté. Le Sénégalais est à peu de choses près coulé dans le même moule footballistique que son alter ego. A cette nuance près qu'il a plutôt tendance à défendre dans la verticalité au lieu de se borner à un rôle d'essuie-glace en plongeant sur les côtés, tantôt à droite, tantôt à gauche. Cette qualité-là permet de pratiquer un pressing haut, comme le RSCA l'a démontré à l'Ajax Amsterdam. Et, dans ce rôle, Biglia est dans son élément, précisément. C'est en chassant le ballon dans le camp adverse qu'il est en tout cas parvenu à pousser Oleguer à la faute à l'Arena. La suite, chacun s'en souvient : une récupération du cuir, un service en diagonale pour Jonathan Legear, un centre du Liégeois et un but de Romelu Lukaku. Ce n'est sans doute pas un hasard si l'Argentin a disputé à l'Arena son meilleur match de la saison. Dans son cas, il faut probablement remonter au déplacement à Fenerbahçe, il y a un peu plus de deux ans, pour retrouver la même prestation hors-pair. Cette fois-là, il avait fait office de ratisseur dans la profondeur au côté de Jan Polak. Au point de susciter pour la première fois les convoitises sous le maillot mauve. Une prestation de toute beauté en Turquie d'abord et une autre en Hollande à présent : pour l'Argentin, c'est peut-être une manière de signaler que son avenir ne se borne pas à la Belgique, comme le soutenait récemment Aad de Mos dans nos colonnes. A nos yeux, le Biglia de cette saison pourrait bel et bien s'éveiller à d'autres ambitions. La seule réserve, dans la ligne médiane, nous l'émettrons pour Jelle Van Damme. Il a, certes, du répondant physique et une mentalité à toute épreuve. Deux aptitudes qui lui permettent de briguer un poste à l'arrière gauche, ou en défense centrale, éventuellement en remplacement de Juhasz ( v. cadre). Mais il est nettement moins à l'aise comme médian gauche. Il y joue dans une position trop avancée eu égard à ses qualités intrinsèques, alors que sur l'autre flanc, Guillaume Gillet évolue, lui, sans doute un cran trop bas par rapport à ses dispositions. Ce sont là deux problèmes qui restent à régler si les Mauves veulent encore devenir un peu plus performants. Ce ne sont pas les phénomènes qui manquent à Anderlecht et cela, sur tout le front de la ligne d'attaque. Il y a d'abord Romelu Lukaku, tout jeune débutant avant le début de cette campagne et qui s'est érigé entretemps en avant le plus prolifique du RSCA avec 9 buts. A l'Ajax, le prodige a montré, par deux fois même, qu'il pouvait être tout aussi percutant sur la scène européenne. Le plus jeune joueur de l'élite s'est rendu indispensable. À ce train-là, on ne voit pas ce qui pourrait l'empêcher de faire son entrée dans le groupe des Diables Rouges en 2010. En matière de créateur de dépendance, il emboîte le pas d'un autre attaquant qui sort de l'ordinaire : Nicolas Frutos. Le grand Argentin a à peine disputé une dizaine de matches cette saison, la plupart de manière fragmentaire, mais cela ne l'empêche pas de marquer : un but contre les Turcs de Sivasspor, un autre en coupe de Belgique face au CS Verviers et deux en championnat au Cercle Bruges et à Westerlo. En matière de productivité, personne ne fait mieux que lui, avec 53 goals en 83 rencontres et un temps de jeu de 36,8 % à peine sur ce total. La question qui tient tout le monde en haleine à présent est de savoir si Lukaku et Frutos sont capables d'évoluer de concert dans le onze de base. C'est une interrogation qui n'a pas lieu d'être car hormis le sens du but que les deux ont en commun, chacun présente des qualités très différentes mais ô combien complémentaires. Lukaku a pour lui la vitesse, tandis que l'autre a l'art de temporiser à bon escient. Frutos excelle dans le jeu en déviation alors que Rom n'a pas son pareil pour s'engouffrer dans les espaces. Seul bémol : Anderlecht devrait revoir sa conception de jeu, abandonnant le 4-3-3 (en phase offensive) ou le 4-5-1 (en mode de récupération, comme il l'a fait à l'Ajax Amsterdam) au profit d'un 4-4-2. A moins de continuer à innover puisque d'autres variantes avaient déjà été essayées (5-4-1 à Zagreb, 4-2-3-1 en championnat). Alors pourquoi pas un schéma en 4-1-3-2 avec Mbark Boussoufa et Jonathan Legear sur les côtés dans un double rôle de pourvoyeurs et de premiers défenseurs, comme ils l'ont fait à l'Arena ? Leurs statistiques n'en pâtissent pas en tout cas : quatre buts et deux assists pour le Liégeois en Europa League ; 6 buts et 11 assists pour l'ailier de poche marocain en championnat. Le tout agrémenté d'une excellente prestation à Amsterdam avec encore une passe décisive sur le premier but et un centre-tir des 35 mètres sur la barre transversale. Malgré tout, on relève tout de même l'une ou l'autre zone d'ombre dans la division offensive : chez Tom De Sutter notamment, passé du statut de premier attaquant de pointe au n°3 suite à l'éclosion de Lukaku et au retour de Frutos. Matias Suarez, pour sa part, tarde à retrouver sa forme du début de saison. Quant à Thomas Chatelle, il en est réduit à ronger son frein sur le banc ou, pire encore, en tribune. Comme à l'Ajax. A ce train-là, il ne devrait plus faire de vieux os au RSCA ( v. cadre). Par Bruno GoversLe traumatisme lyonnais a eu des effets bénéfiques pour Proto et Mazuch.