Entretien avec John Bico, l'agent qui a découvert Ribéry et qui a géré sa carrière de Brest à Galatasaray.
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Entretien avec John Bico, l'agent qui a découvert Ribéry et qui a géré sa carrière de Brest à Galatasaray. Quelle était votre relation avec Ribéry quand vous étiez son agent ?John Bico : La première fois que j'ai vu jouer Franck, il avait 16 ans et demi. Contrairement a ce que son niveau actuel laisse penser, la route vers le football professionnel a été longue et sinueuse. Franck n'est pas un génie du football comme Lionel Messi ou Hatem Ben Arfa. Lui et moi avons énormément travaillé pour sa réussite. Quand vous avez 20 ans, comme lui durant l'été 2003, que vous êtes au chômage depuis de nombreux mois et que Guingamp, Caen, Laval, Amiens et même Nîmes alors en National vous recalent, il n'y effectivement pas grand-chose à espérer du football. Pourtant je n'ai jamais douté de lui et le fait que j'ai été le seul à l'encourager (à l'obliger, comme il disait) à persévérer dans le football nous a considérablement rapprochés. Une fois, j'ai passé trois jours complets à Boulogne-sur-Mer pour le convaincre de ne pas abandonner et convaincre son père que Franck avait un avenir dans le foot, même à 20 ans. Les relations sur la fin furent toutefois très tendues entre vous. Ribéry allant même jusqu'à vous attaquer en justice en 2005 pour menaces et voie de faits lors d'une descente musclée chez lui à Boulogne, dans le domicile familial.Concernant l'épisode que vous évoquez et qui a fait les gros titres, pensez-vous vraiment que, si j'avais voulu m'en prendre à Franck, j'y serais allé avec le directeur sportif de Galatasaray et avec le vice-président du club, un dandy aristocrate de 65 ans ? Sacrée bande... D'ailleurs, les gendarmes venus sur place nous ont immédiatement disculpés et concernant la plainte que Franck avait déposée sous la pression de son entourage, le Procureur de la République l'avait classée sans suite, la qualifiant même dans la presse de " pipeau ". En retour, j'aurai même pu attaquer Franck au tribunal correctionnel pour " dénonciation calomnieuse ". Mais je n'ai pas eu la force d'envoyer un ami si proche au tribunal. Et contrairement à Franck, j'ai de la mémoire, et elle n'est pas sélective. Pourquoi votre relation s'est-elle dégradée, alors ?Je ne veux pas accabler Frank car les choses ont changé à l'extrême pour lui. Il n'est pas foncièrement mauvais. Quand vous quittez l'école très tôt, que vous avez une cicatrice en plein milieu du visage et que vous vivez dans un quartier où le taux de chômage atteint 70 %, l'horizon est pour le moins bouché. Quand, ensuite, vous devenez un footballeur professionnel riche et reconnu, la revanche sur le sort est belle mais l'équilibre est fragile. J'ai longtemps veillé à ce que le fil ne se rompe pas mais ma tâche devenait de plus en plus difficile et notre belle histoire s'est inéluctablement arrêtée. Avec des torts de chaque coté, car nul n'étant parfait j'ai aussi une ou deux choses à me reprocher. Mais mon soutien et mon amitié sans faille durant toutes ses années de galères et mes choix stratégiques pour sa carrière auraient dû jouer en ma faveur et empêcher la trahison dont j'ai été victime. Certaines personnes autour de Franck en ont décidé autrement. Mais je lui pardonne. Le voir tomber si bas aujourd'hui m'attriste. Nous étions trop proches pour que je me réjouisse de ses problèmes actuels. Les personnes qui entourent le joueur ont-elles un rôle bien précis dans cette mauvaise image ?Je ne peux pas parler de Franck aujourd'hui, car je ne connais pas les gens qui composent son entourage actuel. Je me garderai bien de tout commentaire. Mais il est de notoriété publique que même ses agents actuels ( NDLR, Jean-Pierre Bernès) ont des difficultés à le gérer et se sont désolidarisés de lui depuis quelques temps. Sans parler de celui qui l'a récupéré ( NDLR, Bruno Heiderscheid) après notre séparation et qui est en procès avec lui pour plusieurs affaires depuis deux ans. Comme quoi, dans une séparation, on sait directement ce qu'on perd mais pas nécessairement ce qu'on gagne... Mais d'une manière générale, le grand mal du football actuel est qu'il est quasiment devenu le seul ascenseur social viable. Sont apparus dans l'entourage des joueurs, et même des plus jeunes qui n'ont pourtant encore rien prouvé, une ribambelle de conseillers obscurs et de faux amis toujours très dévoués. Ou des frères qui s'autoproclament agents en utilisant les liens du sang pour monter la tête du joueur et s'approprier la gestion de sa carrière. Des gens sans réels débouchés dans leur propre vie et qui s'accrochent aux joueurs pour exister. Tout ceci a contribué à dérégler un système qui fonctionnait par des relations simples, directes et efficaces. A savoir, club-agent, agent-joueur, et club-joueur. Aujourd'hui c'est conseillers-copains-cousins-frères-joueurs. Ces joueurs là ne vont jamais très loin...