Le président carolo Abbas Bayat continue à dire que les sursis accordés à Mouscron n'ont aucun sens. Il a raison. Et le président de Charleroi prêche pour sa chapelle : le recul automatique des Hurlus à la dernière place serait du pain bénit pour ses Zèbres, enfoncés en fond de tableau. Mouscron dernier, cela signifierait une progression d'une place pour le Sporting et la récupération des points perdus au Canonnier. De quoi se donner un peu d'air car Charleroi va mal. Analyse chiffrée.
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Le président carolo Abbas Bayat continue à dire que les sursis accordés à Mouscron n'ont aucun sens. Il a raison. Et le président de Charleroi prêche pour sa chapelle : le recul automatique des Hurlus à la dernière place serait du pain bénit pour ses Zèbres, enfoncés en fond de tableau. Mouscron dernier, cela signifierait une progression d'une place pour le Sporting et la récupération des points perdus au Canonnier. De quoi se donner un peu d'air car Charleroi va mal. Analyse chiffrée. Stéphane Demol est parti et pour le choc psychologique provoqué par l'arrivée de Thomas Craig, on attend. On entend à propos de l'Ecossais ce qu'on dit dans tous les clubs qui travaillent avec un nouveau coach : il a réinstallé une bonne ambiance et les entraînements sont agréables. Mais encore ? Craig a passé quatre matches à la tête des Zèbres. Bilan : une défaite 4-1 à Mouscron (où il a suivi la première mi-temps dans la tribune et la seconde sur le banc), un revers 1-0 au Club Bruges, des nuls blancs contre Saint-Trond et au Germinal Beerschot. C'est moins bon que le bilan de la plupart des coaches qui reprennent une équipe en cours de saison. Charleroi était 14e quand il est arrivé, rien n'a changé : à quand l'effet Tommy ? Il faut remonter à la nuit des temps pour trouver trace de la dernière victoire carolo : c'était à Genk à la mi-septembre. Après ce match, Charleroi squattait la septième place du classement, avait gagné presqu'un match sur deux, possédait un goal-average presque équilibré et roulait dans la roue du Standard, du Club Bruges et d'Anderlecht. Depuis lors, il y a eu 11 rendez-vous sans gagner. Et une succession de désillusions : des défaites douloureuses (Malines et Gand) et des nuls décevants à domicile (Courtrai, Westerlo et Saint-Trond), et des raclées à l'extérieur (4-1 à Lokeren et à Mouscron). Charleroi a la plus mauvaise ligne d'attaque de D1. Pourtant, on entend chaque semaine plein de commentaires positifs sur certains de ses joueurs offensifs : Cyril Théréau (l'éclaircie avec ses 8 buts), Habib Habibou (maintenant cité au Standard), Geoffrey Mujangi-Bia, Pelé Mboyo. Il y a aussi le phénomène du bout du monde, Amad Al Hosni. Un joueur pour le public : technique, spectaculaire et imprévisible. Mais son bilan chiffré est proche du zéro pointé. " C'est une équipe qui sait se créer un paquet d'occasions de but ", témoigne Simon Mignolet, le gardien de Saint-Trond qui a récemment joué le match de sa vie au Mambourg (0-0). " Charleroi méritait 100 fois de gagner ce match-là. D'accord, j'ai arrêté beaucoup de ballons chauds mais j'ai aussi vu pas mal de maladresse. Ce soir-là, le Sporting était le prototype d'une équipe pour laquelle ça ne pouvait pas aller, comme s'il était écrit que le ballon ne rentrerait pas. Théréau a eu des occasions franches mais j'ai eu l'impression qu'il n'était pas du tout en confiance. Idem pour Al Hosni. Et il n'y a pas que les joueurs offensifs qui doutaient. C'est étonnant que Charleroi soit aussi mal classé quand on regarde quelques individualités : Théréau, Adlène Guédioura, Mujangi-Bia, Mboyo, Hervé Kage, etc. " Les Zèbres se baladent dans le fond du classement des fautes commises. Quand une équipe met trop le pied, ce n'est pas bon. Mais quand ses joueurs ne le font pas assez, c'est mauvais aussi. On a eu plus d'une fois l'impression que le Sporting acceptait de subir les événements, que les joueurs n'avaient pas envie de se faire trop mal. 253 fautes en 18 matches, c'est seulement 14 interventions fautives par rencontre : trop peu pour bien figurer. Par exemple, Bruges commet près de 20 fautes par match, ses joueurs choisissent bien leurs moments pour couper le jeu adverse et on voit ce que ça donne au classement. Ces chiffres sont confirmés par le total des cartes jaunes : 31 en 19 matches. Le Sporting est ainsi l'une des équipes les plus propres de la D1. A côté de cela, il trône en tête du classement des exclusions : sept cartes rouges. Alessandro Cordaro en a pris deux. Chaque fois contre le Club Bruges. " J'ai remarqué que c'était une équipe qui perdait vite ses moyens ", dit le Brugeois Jonathan Blondel. " Quand nous sommes allés chez eux, ils ont eu deux exclus dès la première mi-temps : Mohamed Chakouri et Majid Oulmers. Deux rouges méritées parce qu'ils avaient eu des gestes de mauvaise humeur. Après cela, il y a encore eu l'exclusion de Cordaro pour une faute sur moi mais j'ai été le premier à dire que c'était exagéré de la part de l'arbitre. Il y a en tout cas un problème de comportement à Charleroi. Trop souvent, les joueurs n'arrivent pas à garder leur sang-froid. Ils s'énervent pour un rien, ils parlent beaucoup et font des gestes interdits. Cordaro a encore reçu une rouge chez nous et celle-là, il ne l'a pas volée : il a donné une claque à l'un de nos joueurs. On voit une succession de fautes grossières et ça se paie cher. Dans ce groupe, il y a beaucoup de joueurs qui pètent les plombs dès que ça ne va pas. Chaque équipe a ses fortes têtes, ses gars qui ne parviennent pas à garder leur calme quand ça ne va pas. Mais à Charleroi, j'en vois plus que n'importe où ailleurs. Les arbitres le savent, et maintenant, ils donnent sans doute plus facilement des cartes à ce club. Mais c'est un défaut qui se corrige : moi aussi, j'étais impulsif comme ça dans le passé. J'ai fini par comprendre que je pénalisais mon équipe quand je prenais des cartes sans raison. " Avec 73 corners en 18 matches et un minimum de coups de coin transformés en but, Charleroi fait aussi partie des derniers de la classe. Ce total est souvent révélateur : hériter de nombreux corners montre que l'équipe joue vers l'avant et menace le but adverse. Zulte Waregem, le Germinal Beerschot, La Gantoise, Bruges et Anderlecht sont dans le groupe de tête de ce classement : logique. Le premier bilan du mercato d'été n'est pas bon. Charleroi a fait venir huit nouveaux joueurs et seul Sébastien Chabbert peut être considéré comme un renfort, même s'il est moins décisif que Bertrand Laquait. Alessandro Cordaro, Hervé Kage, Peter Franquart et Maxime Brillault ont rarement séduit. Amad Al Hosni devra encore être revu. On ne sait rien de Grégory Grisez, qui a passé beaucoup de temps à l'infirmerie. Et Diogo Guimaraes est rapidement retourné à ses premières amours : le futsal ! Charleroi patauge tout en fond de classement et n'a plus qu'une marge minime par rapport à des équipes comme Lokeren et Roulers qui se donneront à coup sûr les moyens de renforcer leur groupe en janvier - alors que ce n'est pas sûr du tout au Sporting. Les Zèbres risquent-ils d'être menacés jusqu'à la fin du championnat ? " Je ne l'exclus pas ", explique Cédric Berthelin, le gardien d'un Mouscron qui avait atomisé le Sporting. " Une chose m'a frappé quand nous les avons affrontés : les divisions dans le groupe. Je n'ai pas vu des gars qui jouaient pour leurs coéquipiers. La bagarre entre deux joueurs au moment où ils ont reçu un penalty, ça voulait tout dire. Et je n'ai jamais senti d'esprit de révolte, d'envie de renverser le cours du match. Pour moi, c'est ça, le plus inquiétant. J'ai aussi vu des erreurs tactiques, par exemple avec Théréau et Habibou qui se marchaient dessus sans arrêt. Il y a des qualités dans ce groupe, mais ce discours-là, je l'ai beaucoup entendu quand j'étais à Mons. On a quand même vu le résultat, l'équipe a fini par descendre. Je crains vraiment que Charleroi rame jusqu'à la fin s'il n'y a pas un changement dans les mentalités. " Depuis le 25 novembre, les Carolos ne peuvent plus parler à la presse. Une mesure de Thomas Craig. Interviewer l'entraîneur ? " Not yet. " Pas encore, c'est trop tôt, il veut attendre. Qui, alors, peut donner un bon état de la situation au grand public ? Mogi Bayat n'intéresse plus que le quotidien local depuis très longtemps. Abbas s'épanche encore de temps en temps mais son discours fatigue méchamment car il est le même depuis plusieurs années : on a des qualités, on peut jouer un très bon classement, on n'a rien à envier aux meilleures équipes du championnat, et patati, et patata. En attendant, le Sporting souffre d'une communication erratique qui n'améliore pas son image : l'affaire Guédioura (couvé par sa direction quand il était en pétard avec Demol), l'affaire Demol (dont le club n'a commenté le départ que plusieurs jours après les faits), l'affaire Didier Beugnies (qui a quitté la direction de l'école des jeunes pour d'obscures raisons), autrefois les affaires Mujangi-Bia et Mboyo (interdits d'interviews car le club craignait qu'on les interroge sur un passé sulfureux), etc. " Cela peut être bien de ne plus s'adresser à la presse pendant quelques jours, si ça brûle ou si l'équipe doit préparer un gros rendez-vous ", dit la légende du club Dante Brogno qui a connu le silenzio stampa imposé par sa direction quand il était au Sporting. " Mais c'est mauvais si ça s'éternise. Il faut vite rendre sa liberté à tout le monde : aux journalistes qui doivent pouvoir travailler et aux footballeurs qui doivent pouvoir dire ce qu'ils ont sur le c£ur. On ne peut pas emprisonner les joueurs comme des oiseaux en cage. " Au niveau des assistances, ça va de mal en pis. Et dire que Charleroi attirait encore une moyenne de plus de 12.000 spectateurs en 2005-2006 ! Aujourd'hui, on tourne autour de 6.900 personnes. Le match récent contre Saint-Trond restera une soirée tristement historique au Mambourg : seulement 4.500 courageux s'étaient déplacés. Et encore, tous ces chiffres sont ceux que le Sporting communique officiellement et personne n'est dupe : on y compte des abonnés qui restent chez et sans doute les invités qui ne viennent pas non plus. La direction est en bagarre avec une partie de ses supporters, les fans entre eux se sont scindés en deux associations, le chaudron s'est transformé en frigo-box. A Charleroi, le gâchis n'est pas seulement sur la pelouse. Par Pierre Danvoye Charleroi a beaucoup de joueurs qui pètent les plombs dès que ça ne va pas. (Jonathan Blondel)Charleroi peut être menacé jusqu'à la fin. Le groupe est divisé et ça manque de révolte. (Cédric Berthelin) 11 matches sans gagner2 points14 fautes par match 17 buts marqués7 cartes rouges4 corners par match8 transferts14e place au classement4 semaines de silenzio stampa6.900 spectateurs