Lorsque Gérard de Villers passe les portes du Condroz à la mi-novembre 1260, c'est avec un objectif bien précis. Maître du Temple en Brabant et en Hesbaye, il devient également propriétaire d'un bout de terre à Villers, à côté de Nandrin. Il y érige alors une commanderie dotée d'une maison fortifiée, de quatre tours, d'une petite ferme et d'une chapelle.
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Lorsque Gérard de Villers passe les portes du Condroz à la mi-novembre 1260, c'est avec un objectif bien précis. Maître du Temple en Brabant et en Hesbaye, il devient également propriétaire d'un bout de terre à Villers, à côté de Nandrin. Il y érige alors une commanderie dotée d'une maison fortifiée, de quatre tours, d'une petite ferme et d'une chapelle. Rapidement, une activité économique s'y développe pour soutenir l'action des Chevaliers du Temple en Terre sainte. Près de 760 ans plus tard, la commanderie existe toujours. Physiquement à Villers-le-Temple et symboliquement quelques kilomètres plus loin à travers le blason du RES Templiers Nandrin, résultat de plusieurs fusions entre les clubs de Templiers, Neupré et Nandrin. " On voulait arborer le nom de la commune et surtout garder le lien avec les chevaliers ", précise le président Francis Dupont, plutôt disciple de la petite pinte que du café devant le foot. Tapi d'une mince couche de neige, le terrain du complexe nandrinois perd, lors de notre visite, ses atouts de synthétique. Ce qui inquiète Fabrice Piters, le coach du leader de la P3A liégeoise. " En temps normal, on est imbattables à domicile ", lance-t-il discrètement. Il ne tient pas à déranger l'échauffement de ses joueurs, postés dans son dos et qui s'amusent à balancer en silence quelques boules de neige sur les remplaçants. " On aborde ce derby contre Vyle-Tharoul un peu déçus parce qu'on a perdu nos premiers points récemment alors que notre objectif était de finir la saison en ayant tout gagné. " L'équipe des Templiers est un mélange de gars expérimentés qui se connaissent et de gamins formés au club. Leur point commun : une faim de loup suffisante pour ambitionner une victoire en Coupe de la Province après celle acquise en Coupe du Condroz. À quelques instants du coup d'envoi, les techniciens sont encore en plein rodage et tentent de s'adapter à cette poudreuse qui empêche la circulation rapide du ballon. Issue de la cuisine, l'odeur de choucroute confère une atmosphère chaleureuse à cette buvette moderne et truffée de vitres braquées sur le terrain. Régulièrement, le club propose un repas concocté par le père d'un joueur, cuisinier professionnel, avant le match dominical. Accroché sur un mur dominant la vingtaine de boustifailleurs, le blason du club réunit un footballeur et un chevalier. " Il y a quelques années, la patronne du café de Villers-le-Temple l'utilisait pour annoncer le score de l'équipe aux villageois ", sourit Louis Delrée, ancien vice-président et jeune nonagénaire. " Il était déployé sur sa façade en cas de succès, noué pour un match nul et en berne après une défaite. " De revers, il n'en est pas question ce dimanche. Tout doit donc être impeccable. Donc quand l'ailier gauche Nicolas Degbomont se fait rembarrer par l'arbitre parce qu'il veut se protéger du froid avec un Damar noir alors que l'équipe de Templiers évolue en rouge, Tony le délégué grommelle. " Ah ben c'est normal, hein, les gars, on n'est pas au carnaval ! " Nicolas joue finalement la veste d'échauffement coincée sous son maillot. Une belle allure de Monsieur Bibendum. Appuyés à la rambarde, trois supporters se détaillent leurs problèmes physiques, du trajet vers l'hôpital à la prise en charge du personnel. Puis, la minute santé passée, ils s'attellent déjà à (re)faire le match. " Ils n'ont même pas besoin de jouer : Templiers va évidemment s'imposer. " Après avoir loupé plusieurs castings ces dernières années, le club estime posséder les bons joueurs pour atteindre la P2 et s'y stabiliser. De quoi faire écho au très actif centre de formation, fort de plus de 300 jeunes et considéré comme un porte-fanion du Condroz. Emmenés par Louis Delrée, les plus anciens se prennent même à rêver d'un retour en P1, où Templiers brillait dans les années 50. " Si notre gardien n'avait pas été acheté 500 francs lors d'un match pour la montée contre Hannut, on aurait rejoint la Promotion ", se souvient le nonagénaire. Et si Gérard de Villers ne s'était pas arrêté dans le Condroz ?