Cette année, le ciel du sport passe sans transition d'un solstice d'été à un autre, d'un arc-en-ciel à un coucher du soleil en attendant que le jour se lève sur le championnat de D1. De l'Euro 2008 aux prochains Jeux Olympiques en passant par le Tour de France, des festivals médiatisés rappellent que les champions sont désormais des icônes aux quatre coins de la planète. A l'époque de la globalisation, les meilleurs athlètes franchissent les frontières politiques, sociales ou économiques. Tous ne deviennent pas des Barack Obama populaires du petit écran mais leur destin est souvent intéressant, parfois dangereux quand ils se grisent aux jeux de la gloire. Les silences et les valeurs de champions méconnus ou peu charismatiques valent aussi de grands discours.
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Cette année, le ciel du sport passe sans transition d'un solstice d'été à un autre, d'un arc-en-ciel à un coucher du soleil en attendant que le jour se lève sur le championnat de D1. De l'Euro 2008 aux prochains Jeux Olympiques en passant par le Tour de France, des festivals médiatisés rappellent que les champions sont désormais des icônes aux quatre coins de la planète. A l'époque de la globalisation, les meilleurs athlètes franchissent les frontières politiques, sociales ou économiques. Tous ne deviennent pas des Barack Obama populaires du petit écran mais leur destin est souvent intéressant, parfois dangereux quand ils se grisent aux jeux de la gloire. Les silences et les valeurs de champions méconnus ou peu charismatiques valent aussi de grands discours. La VRT a consacré récemment un portait émouvant à un maillot jaune d'autrefois : RogerWalkowiak. Sa victoire ne date pas d'hier. 1956 ! Cette année-là, la planète s'embrasa pendant la Guerre de Suez, le soulèvement des Hongrois contre la dictature communiste fut noyé dans le sang par les troupes du Pacte de Varsovie. Mais ce millésime de folie restera aussi, et à jamais, celui d'un ouvrier de Montluçon qui se débrouillait sur une bécane, tout en étant plus un galérien de la route qu'un ange de la montagne. Si les vainqueurs de la Grande Boucle et des autres grandes joutes sportives empochent désormais des fortunes, Walko vit modestement, entouré de ses souvenirs en jaune que d'aucuns ont sordidement snobés. " Cette victoire, c'est un bonheur pour toute la vie ", dit-il. " Mon père est venu de Pologne. Il s'est installé à Montluçon où je suis né en 1927. Ma mère était française ". Comme pour Raymond Kopa, Zinédine Zidane et d'autres, le sport a permis à ce fils d'un étranger de trouver sa place dans la société française. La gloire l'attendait au fil des étapes d'un Tour pas comme les autres avec des cracks vieillissants comme Fausto Coppi, Gino Bartali, etc. Walkowiak se glissa dans une solide échappée, s'empara de la tunique bouton d'or, l'abandonna et la retrouva à force de présence, de courage et d'abnégation. C'était admirable et par rapport à ce succès, les rois du calcul d'aujourd'hui manquent souvent de panache et de goût du risque. Raillé par ceux qui ne supportent pas le succès des modestes, qui servent le sport aussi bien que les étoiles, il reprit le chemin de l'usine au soir de sa carrière. " Jacques Goddet m'a dédicacé le livre de ses Mémoires, L'Equipée belle ", dit-il avec une légitime fierté. Walko a relu en pleurs les quelques mots du journaliste qui mettait en exergue son caractère avant de conclure : " Personne d'autre ne méritait de gagner en 1956. C'est mon Tour préféré ". Goddet rendait à César ce qui appartenait à César. L'émotion de Walko était touchante alors que l'horloge de sa vie a égrené 81 ans. Mais qu'est-ce que l'exemple d'un vieux monsieur peut apporter aux champions modernes ? Beaucoup, tout. Il faudra que les athlètes belges qui prendront part aux Jeux soient courageux et tenaces comme cet inconnu du grand public le fit pour damner le pion aux stars. Notre équipe olympique de foot, entre autres, n'aura pas la tâche facile. Elle doit redorer le blason de l'Union Belge : Jean-François de Sart aura besoin de 11 Walkowiak pour bosser et ne pas rater les échappées. Il doit en être de même pour Anderlecht, et plus tard le Standard, engagés dans la course menant aux poules de la Ligue des Champions : c'est l'heure de l'épopée. Les trois coups du championnat de D1 précéderont de peu les débuts de la campagne de qualification pour le Mondial 2010. Ce sera une compétition dingue avec au bout de la course une réduction de la D1 à 16 clubs. Il sera question de luttes héroïques et des clubs pactisent déjà avec n'importe qui pour nouer les deux bouts. L'argent, toujours l'argent qui pollue tout comme si on ne pouvait plus rien créer sans un gros portefeuille. Vincent Van Gogh n'avait pas un sou et ne vendit qu'une toile de son vivant mais quel... chef d'£uvre : L es vignes rouges. Qui en fera autant à Pékin ou en D1 ? Qui imitera Walkowiak pour la beauté du sport ? PAR PIERRE BILIC