Il sort d'une réunion d'une heure et demie avec Roman Ambramovich, le patron et mécène de Chelsea, et avec Peter Kenyon, le manager. Jusqu'à présent, José Mourinho offre au richissime Russe des succès conformes à ses ambitions et investissements : Chelsea est en tête de la Premier League et s'est qualifié pour le tour suivant de la Ligue des Champions. Il a remporté haut la main le groupe H, devant le PSG, le CSKA Moscou et Porto... auquel il a offert le sacre européen en mai dernier.
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Il sort d'une réunion d'une heure et demie avec Roman Ambramovich, le patron et mécène de Chelsea, et avec Peter Kenyon, le manager. Jusqu'à présent, José Mourinho offre au richissime Russe des succès conformes à ses ambitions et investissements : Chelsea est en tête de la Premier League et s'est qualifié pour le tour suivant de la Ligue des Champions. Il a remporté haut la main le groupe H, devant le PSG, le CSKA Moscou et Porto... auquel il a offert le sacre européen en mai dernier. José Mourinho : Je ne sais pas. On voit mieux les cheveux gris quand on les coupe courts. Je ne pense pas avoir beaucoup changé. Je ne ressens pas plus de pression qu'avant. J'aime mon travail, je savoure chaque seconde de ma carrière. Ici, l'ambiance dans les stades est tellement fantastique qu'on en oublie un peu l'importance des matches. Parfois, au Portugal, l'ambiance est hostile, en déplacement. Dans les pays latins, on ressent davantage l'aspect négatif de notre société. En Angleterre, lorsque les gens vont au stade, ils ne pensent qu'au football, à rien d'autre. Ils savourent chaque instant. Au début, je pensais que le stade serait vide quand nous jouions un samedi à midi. Nous sommes arrivés à Aston Villa à onze heures du matin. Pour l'échauffement, à midi moins quart, j'ai découvert un stade plein. Je ne sais d'où venait tout ce monde. L'ambiance est fantastique et vous délivre de la pression. Elle vous prend, vous avale. L'Angleterre est le plus bel endroit où travailler en football. C'était la grande question. Je n'oublierai jamais mon entrevue avec Mario Stanic. Il allait quitter le club mais lors de mon premier jour il m'a dit : - Tant de gens qui viennent en Angleterre s'adaptent simplement à la réalité du football anglais. Je sais que vos méthodes, votre philosophie et votre mode de pensée sont spéciaux. N'en changez pas. Même si ça vous coûte du temps, ne changez pas votre personnalité. Je conserve ces paroles en mémoire. Je succédais à un entraîneur italien, Claudio Ranieri. Il n'est jamais facile de prendre la place de quelqu'un qui pense différemment. La préparation était cruciale. J'ai analysé l'ouverture des joueurs par rapport aux changements que je souhaitais. J'ai été très heureux que, dès le début, ils aient donné l'impression de s'amuser. En travaillant purement tactiquement à l'entraînement, on voit immédiatement comment les joueurs réfléchissent. J'ai décelé les éléments qui seraient cruciaux parce qu'ils étaient sur la même longueur d'ondes que moi. Je ne parle pas uniquement des deux joueurs de Porto qui m'ont accompagné mais aussi de joueurs comme Claude Makelele, John Terry, Eidur Gudjonsson. Nous avons actuellement une équipe très solide en défense. Attention, je ne dis pas que nous sommes défensifs ! Nous n'avons pas d'automatismes offensifs mais c'est une question de temps. Nous ne marquons pas assez, compte tenu de la qualité du football produit ces dernières semaines. Il est aussi anormal d'encaisser aussi peu de buts : un seul lors de nos huit premiers matches de championnat ! Je voudrais simplement que nous contrôlions davantage le match, que nous améliorions la possession du ballon. En cinq ans, je n'ai jamais dirigé de match où mon équipe possédait moins le ballon que l'adversaire. Que nous affrontions le Real Madrid, le Deportivo ou même Manchester United, nous avions toujours un meilleur pourcentage. L'équipe est en bonne voie. Je ne modifierai rien. Si l'équipe se laisse influencer ? Non. Elle est très soudée. Ce qui se raconte en dehors n'a aucune chance d'atteindre les joueurs. Nous savons ce que nous voulons et ce que nous pouvons espérer. En revanche, les critiques peuvent influencer notre public et là, nous n'avons aucune prise. Imaginez le scénario suivant : nous jouons à domicile, nous gagnons 1-0 mais l'adversaire est meilleur. Imaginez alors que les supporters ne nous soutiennent pas, influencés par ce qu'ils lisent dans les journaux, entendent à la télévision, et qu'ils se retournent contre leur équipe. A domicile surtout, on a besoin du soutien de son public. Normalement, ils sont fidèles. Je pense que les supporters de Chelsea comprennent ce que l'équipe leur offre et savent que nous sommes en bonne voie. J'ai le sentiment que d'un coup, nous allons marquer davantage û mais aussi encaisser des buts que nous évitons pour le moment. Un jour, ce sera 3-3 mais ça ne me fera pas changer d'avis : ce genre de choses est normal en football. A Paris, contre le PSG, nous avons cinq occasions et marqué trois buts. Cela arrive, c'est tout. Nous avons contrôlé le match mais les équipes se valaient. Cependant, quasiment chaque occasion était synonyme de but alors que face à Liverpool, en première mi-temps, Frank Lampard a eu quatre occasions et les a galvaudées. Ce sont des instantanés. Je ne me tracasse pas à ce propos. La blessure de Didier Drogba m'inquiète bien plus. Les journalistes devraient commencer par se poser des questions. Il y a 20 coaches en PremierLeague. Seuls trois d'entre eux ont gagné des prix européens. Trois, pas 20. Sir Alex, Rafa Benitez et José Mourinho. Donc, quand Benitez et Mourinho arrivent, ils devraient se dire : c'est bon pour nous, peut-être ces gars vont-ils nous apporter quelque chose ? Le fait que ces entraîneurs choisissent l'Angleterre est déjà positif pour le prestige du foot britannique car ces hommes avaient le choix entre l'Espagne, l'Italie, la France... Ils pourraient bénéficier d'un minimum de crédit et d'un peu de temps pour développer leurs concepts et travailler. La presse devrait se dire que nous aidons peut-être l'Angleterre à comprendre pourquoi elle ne gagne plus aucune compétition européenne. Je l'ai déjà révélée à mon vestiaire car je veux muer mon équipe en une formation gagnante. Je ne sais pas si c'est possible car il y a une dizaine de candidats à la victoire en Ligue des Champions : Milan, l'Inter, la Juventus, le Real, Barcelone, le Bayern, Chelsea, Manchester, Arsenal, Porto... Dix équipes capables de remporter la Ligue des Champions. Le football anglais doit réfléchir davantage. On joue trop à l'instinct. Le football anglais est fait de passion. Tout joueur, supporter, journaliste anglais est pris par cette passion. La plupart des matches se jouent avec passion, amour du football. L'instinct prédomine mais il faut aussi réfléchir. Evidemment, quand des équipes anglaises s'affrontent, puisqu'elles ont le même style, c'est la meilleure équipe qui l'emporte. Mais quand on joue contre d'autres footballeurs et d'autres équipes, qui, eux, réfléchissent, sans se laisser guider par leur instinct, pensent en termes collectifs, peuvent changer de rythme et influencer le cours du match, cela devient beaucoup plus difficile. Regardez comment évoluent les formations espagnoles, italiennes et portugaises. Je ne dis pas qu'elles jouent parfaitement mais que le football anglais peut apprendre quelque chose d'elles, comme, à l'inverse, ces équipes pourraient s'inspirer du foot anglais. J'ai le sentiment de pouvoir apprendre beaucoup ici mais je peux vous apporter quelque chose aussi. De l'extérieur, tout ce que je puis dire, c'est qu'il y a un trou dans l'équipe. Il y a un groupe de vedettes et un groupe de jeunes qui ne sont pas encore prêts à supporter cette pression et cette qualité. Puis il y a beaucoup de joueurs qui peuvent apporter une réponse aux besoins de l'entraîneur. Je les appelle les low profile players, les joueurs au profil bas. Je vous donne un exemple à Chelsea. J'aime que Geremi soit sur le banc. Pourquoi ? Parce qu'il a le profil bas. Je veux dire que Geremi est prêt à aider, à se battre pour l'équipe, à faire ce que je lui demande. Si j'ai besoin de lui à l'arrière droit, il jouera à l'arrière droit et bien. Faut-il neutraliser un adversaire ? Geremi s'en occupera. Prenez l'AC Milan. C'est pareil : il y a l'équipe de base. Et derrière ? Massimo Ambrosini, Kakhaber Kaladzke, Jon-Dahl Tomasson. Il y a un groupe de " joueurs de second plan " qui vous permettent de résoudre les problèmes. Revenez au Real. Il a une palette de vedettes û Michael Owen, Ronaldo, Fernando Morientes, Raul etc. Derrière, deux défenseurs centraux, Michel Salgado à droite et le seul Ivan Helguera comme médian défensif. Donc, pendant toute la saison, il est impossible de résoudre certains problèmes. C'est une analyse de l'extérieur. C'est facile. Je ne puis m'exprimer sur le reste. Les joueurs sont-ils motivés et engagés ? Sont-ils concentrés ? S'occupent-ils en permanence de football ou pensent-ils à l'endroit où ils vont aller dîner, dès que l'entraînement est fini ? Je n'en sais rien et je ne puis donc pas répondre à votre question de manière exhaustive. En effet, je le lui ai dit. Dès le premier jour. Je lui ai expliqué pourquoi. Le message est bien passé. Entre-temps, tout le monde a compris pourquoi je préférais Paulo Ferreira et Drogba. Il veut gagner. J'essaie de lui expliquer comment y parvenir. Je lui expose ma philosophie sur la formation d'un winning team. Il est très difficile de gagner une première fois. Il faut que ça devienne une habitude. Regardez comment les équipes procèdent face à Arsenal : elles n'y croient pas. Vous le voyez : elles pensent n'avoir pas l'ombre d'une chance. Les gens ne parlent que des buts fantastiques de Thierry Henry. Je trouve ses buts ridicules, avec tout mon respect pour les qualités du Français. Mais quand ces mêmes adversaires affrontent Chelsea, ils jouent différemment car ils y croient. Contre Manchester United aussi parce qu'il n'est plus ce qu'il était il y a quelques années. J'ai senti la même chose à Porto, surtout dans les rencontres de championnat. Nous en avons gagné avant même le coup d'envoi. Attention : Arsenal n'a pas reçu ça en cadeau. Il a forcé ce respect en développant un football fantastique, en gagnant. En Coupe d'Europe, c'est une autre paire de manches. On le voit à ses matches contre le PSV et Rosenborg. Mais en Angleterre, Arsenal jouit d'un avantage bien mérité. Pas d'accord. Les joueurs de Porto étaient des vedettes. C'est sans doute une autre dimension mais ils étaient des vedettes du football portugais. Là, tout le monde les admire. Non. Le fait que Chelsea veut grandir vite est une des raisons de mon arrivée. Je voulais participer à cette aventure. Mon entretien le plus important, pendant les négociations, a été celui avec Peter Kenyon. Il ne pense qu'au club, qu'à faire de Chelsea un des meilleurs clubs du monde. Je veux collaborer à ce projet. Comment réaliser pareil projet ? Vous pouvez avoir les plus grandes vedettes, le plus beau stade, les meilleures installations, les plans les plus fous en marketing et tout ça mais si vous ne gagnez pas de match, le travail de tous ces gens est anéanti. Il faut gagner des matches, dez trophées. Et, je le répète, gagner une première fois. Chelsea doit grandir à différents points de vue. Le nouveau complexe d'entraînement est grandiose. Le club accomplit un travail brillant en merchandising. M. Abramovich est fantastique, par la manière dont il aide le club dans tous les domaines où il a besoin d'argent. Mais notre rôle, à moi et aux joueurs, est capital. Il a une vie professionnelle et une vie privée. Il ne peut évidemment être présent tous les jours mais j'ai voulu le convaincre d'une chose : il est vraiment le bienvenu. J'ai le sentiment que les joueurs aiment voir leur président, leur patron. Cela ne me pose pas problème. Quand il vient, ce n'est pas pour se mêler de mon travail mais pour manifester son soutien, sa confiance, communiquer avec les gens, aussi. Il est toujours présent. C'est un homme très engagé, qui s'implique. C'est le football, en effet. Je le sais. Je devais avoir neuf ou dix ans quand mon père a été limogé. A Noël. Il était entraîneur et les résultats n'étaient pas bons. Il a perdu un match le 22 ou le 23 décembre. Le jour de Noël, le téléphone a sonné alors que nous étions à table. Mon père a appris qu'il était renvoyé. Donc, je sais ce que c'est. Je connais tout du football et je sais qu'un jour, je serai limogé. Un jour, les résultats ne seront pas bons. Ne pas avoir de succès est plus normal pour une équipe que de gagner deux fois de suite la Ligue des Champions. C'est difficile. Le meilleur joueur de l'année est toujours associé à un grand événement. Qui a fait quelque chose de spécial cette année ? La Grèce et Porto. L'UEFA a récompensé Deco, sacré meilleur joueur de la Ligue des Champions. Un joueur de l'EURO ? Peut-être le médian grec Zagorakis. Peut-être Thierry Henry pour ce qu'il a réussi en Angleterre. Ou Frank Lampard pour ce qu'il a réussi en Angleterre et en Europe. Mais je mise sur Andriy Shevchenko. Il évolue dans le championnat le plus difficile qui soit pour un attaquant. Ce qu'il réussit en Italie est exceptionnel. Ces conférences ne sont pas faciles mais il faut quand même les donner. Il faut essayer d'apporter quelque chose. En m'y rendant, j'essaie d'être prêt à répondre aux questions auxquelles je m'attends. J'espère y répondre pour faire passer un message. Si Joe Cole, de Liverpool, marque contre nous, je pense : ils vont mettre Cole sur un piédestal. Alors, j'ai envie de l'en faire redescendre un petit peu. Rencontrer la presse avant et après le match fait partie de la joute. Pour moi, le match a déjà commencé quand je rencontre la presse, avant. Il n'est pas achevé quand je donne la conférence de presse qui le suit. Ou alors, je suis déjà focalisé sur le match suivant. Donc, je ne suis pas celui que vous voulez que je sois et je ne dis pas ce que vous voulez. Désolé, je joue dans un autre film. Je ne trouve pas que je suis arrogant. Peut-être en ai-je l'air mais ça fait partie de ma personnalité. Gavin Hamilton, ESM " J'ai dit au président que je ne voulais NI RONALDO NI ROBERTO CARLOS " " Mon père a été RENVOYé UN JOUR DE NOëL "