La semaine passée, dans l'édition néerlandophone de notre magazine, Jacques Sys a consacré sa rubrique de souvenirs à un grand champion cycliste décédé il y a 20 ans, le 4 février 1994 à Seillans, dans le Var : Fred De Bruyne. Triple vainqueur de Liège-Bastogne-Liège (1956, 1958, 1959), de Milan-Sanremo (1956), du Tour des Flandres (1957), de Paris-Roubaix (1957), de Paris-Tours (1957), De Bruyne n'avait que 63 ans quand il fut battu par une longue maladie sur la ligne de sa vie.
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La semaine passée, dans l'édition néerlandophone de notre magazine, Jacques Sys a consacré sa rubrique de souvenirs à un grand champion cycliste décédé il y a 20 ans, le 4 février 1994 à Seillans, dans le Var : Fred De Bruyne. Triple vainqueur de Liège-Bastogne-Liège (1956, 1958, 1959), de Milan-Sanremo (1956), du Tour des Flandres (1957), de Paris-Roubaix (1957), de Paris-Tours (1957), De Bruyne n'avait que 63 ans quand il fut battu par une longue maladie sur la ligne de sa vie. A Seillans, personne n'a oublié cet homme de classe, cet immense coureur qui, après sa carrière sportive, devint un excellent journaliste à la télévision flamande, directeur technique et attaché de presse de plusieurs équipes cyclistes. J'ai retrouvé une photo jaunie et émouvante de Fred, interviewé par le Maître du micro, l'inoubliable Luc Varenne, dans un livre de Claude Degauquier et Jean-Pierre Marcuola (Les bons jours d'Alfred/ Editions Coups de Pédales, 2000). Et, en un regard, je me suis retrouvé en 1977, sur le circuit du Lac de Bordeaux où les coureurs du Tour de France devaient se mesurer dans un exercice individuel contre le chrono. Je n'étais pas encore journaliste professionnel et, dans le public, encore clairsemé, j'ai observé Luc Varenne et Fred De Bruyne, avant de prendre mon courage à deux mains : - Je vais leur parler. Pas de CRS en vue, j'ai franchi une barrière avant d'échanger quelques mots avec Luc Varenne sous le regard amusé de De Bruyne. Je me souviens avoir lancé un " A bientôt " en guise de " Merci ". Quelques heures plus tard, j'apprenais qu'un hebdo m'invitait à rejoindre sa rédaction. Pour moi, on peut canoniser Luc et Fred qui, quelque part, annonçaient, sans le savoir, cette bonne nouvelle. Après une arrivée du Tour de Belgique 81, De Bruyne, devenu directeur sportif, me permit de rentrer chez moi à bord d'une voiture de son équipe (Daf) qui logeait au Panorama, un hôtel d'Overijse. Et pas de problème le lendemain pour rejoindre le départ : De Bruyne avait tout prévu. En 1985, il m'a aidé à rencontrer Eric Vanderaerden deux heures après son succès au Tour des Flandres. Un quart d'heure en exclusivité après un tel succès, c'est inoubliable. Jacques Sys rappelle notamment que De Bruyne n'a pas eu une jeunesse facile (après la Deuxième Guerre, son père a été condamné pour faits de collaboration) et le cyclisme lui a permis de tourner la page. Comme Théo Mathy, le disait : - Il n' avait pas la classe et le jump de Rik Van Looy : Fred n'était pas né sprinter mais il l'est devenu à force d'intelligence et de courage. Ancien champion, il a dû bosser et vaincre pas mal de jalousies pour devenir journaliste. A l'image de Jacques Brel, il repose loin de son Plat pays...?PAR PIERRE BILIC