Par Bernard Jeunejean
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Par Bernard JeunejeanChaque lundi dans L'Avenir du Luxembourg, en second lieu évidemment car la rubrique du foot provincial passe avant tout, je lis avec délectation la chronique d'un nommé Zapf Dingbats (j'espère pour le gars que c'est un pseudonyme, sans quoi je le plains plus que Cocu ou Kaká). La chronique est langagière et a pour nom Matière à dispute : elle s'attelle à commenter, joliment, sens et origine de tel mot ou telle expression. Si, côté langage, vous aimez faire autre chose que faire parler la poudre au foot, j'ajoute que Dingbats vient de regrouper, aux Editions Weyrich, un an d'aventures lexicologiques. Chaque lundi donc, j'espère que Dingbats - qui n'est pas très footoman - va m'assaisonner une expression footballistique, à moi qui les aime au point de vous les mitonner annuellement en petit jeu pour Noël. Qu'il va m'expliquer pourquoi on accroche le bon wagon, d'où vient qu'un match soit à couteaux tirés, pourquoi certains footballeurs sont mis sous l'éteignoir, ou depuis quand deux attaquants peuvent s'entendre comme larrons en foire... Et voilà qu'enfin lundi dernier, il me sort " être sur le reculoir " : je me dis qu'il rêve, je n'ai JAMAIS entendu cela de la bouche d'un footeux ! J'épluche mes divers bouquins consacrés à notre jargon : rien ! Puis, j'encode l'expression via Google... et là, stupeur, je la ramasse 36.000 fois : la Fiorentina fut sur le reculoir pas plus tard que mercredi avant de s'imposer contre Lyon ; les Bleus avaient été sur le reculoir face aux Irlandais ; et c'est une des 58 expressions footballistiques recensées en 2007 dans A partir de là, une anthologie du parler foot, éditée par les Cahiers du football et que j'ai à l'époque négligé d'acheter ! Toujours inusitée dans notre presse à nous (dites-moi si je me trompe...), l'expression a donc envahi le foot français et, dans la foulée, le terrain politique (la gauche serait sur le reculoir...) : elle est née voici 40 ans mais au rugby, et la paternité en reviendrait à Pierre Salviac, rappelez-vous, ce commentateur/télé avec calvitie apparentée à celle de Dick Advocaat... Elle signifie tout bonnement être sur la défensive, subir un pressing constant, perdre le fil du match, se voir enfoncé, voire être en fâcheuse posture si l'on sort l'expression du match lui-même : telle équipe en perte de vitesse est ainsi sur le reculoir au classement. Voilà, maintenant vous savez. Allons-nous résister à l'offensive hexagonale ou le reculoir va-t-il pénétrer nos frontières langagières, qui n'ont plus rien laissé pénétrer depuis l'illustre box to box ? ! Nous verrons bien, prenons match par match... Tant que j'étais sur Google, j'ai alors, par curiosité, encodé z apf et d ingbats. Outre avoir appris qu'il s'agissait là de vieilles polices de caractères pour traitements de texte informatiques, j'ai découvert que le dingbat était aussi et surtout un jeu avec des mots, une sorte de rébus dessiné avec des lettres. Par exemple, si je vous écris CHAISEASSISCHAISE, vous devez découvrir l'expression être assis entre deux chaises ! C'est pigé ? Je n'ai pas pu résister, j'ai zappé l'habituelle photo pour vous refiler, au centre de cette page, sept dingbats évidemment footballistiques, dont je vous invite à percer le mystère. Retournez votre Sport/Foot Mag si vous butez contre un mur d'incompréhension, les sept solutions sont en bas de page... Il reste un peu de place ? Alors je reste en jeux de mots pour vous refiler mon haïku footeux, puisqu' Herman Van Rompuy, notre star transférée, popularise ce genre poétique dont je respecte ici scrupuleusement les codes : 3 vers qui jouent en 5-7-5, allusion à la nature, évanescence des choses... La pogne à TitiMagouille avant les flocons Football éternel 1 jeunes 2 ETRE LOT 3 MAMATCHINS 4 CHOUCPEDALERROUTE 5 ROULEAUETRE 6 TOUT ETRE 7 DETENTE 1 Encadrer les jeunes 2 Etre au-dessus du lot 3 Avoir le match en mains 4 Pédaler dans la choucroute 5 Etre au bout du rouleau 6 Etre en dessous de tout 7 Détente verticale