Tom Saintfiet (41 ans) a été sélectionneur de la Namibie et de l'Éthiopie, un moment aussi du Zimbabwe et du Malawi. Il a entraîné une équipe de club en Tanzanie. Il y a deux ans, le ministre des Sports du Nigeria a annulé sa nomination au poste de Directeur technique. Bref, Saintfiet connaît le football africain. Même son employeur actuel est africain : le Wadi Degla de Maged Samy n'est pas seulement propriétaire du Lierse mais de Turnhout, le club de D3 que Saintfiet entraîne depuis janvier dernier.
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Tom Saintfiet (41 ans) a été sélectionneur de la Namibie et de l'Éthiopie, un moment aussi du Zimbabwe et du Malawi. Il a entraîné une équipe de club en Tanzanie. Il y a deux ans, le ministre des Sports du Nigeria a annulé sa nomination au poste de Directeur technique. Bref, Saintfiet connaît le football africain. Même son employeur actuel est africain : le Wadi Degla de Maged Samy n'est pas seulement propriétaire du Lierse mais de Turnhout, le club de D3 que Saintfiet entraîne depuis janvier dernier. Saintfiet : " L'Algérie pourrait créer la surprise dans le groupe de la Belgique, d'abord parce que, comme tous les pays africains, elle regorge de footballeurs évoluant en Europe. On a dépassé le stade du conte de fées des Africains qui découvrent le monde. Lors du Mondial sud-africain, le Ghana alignait une sélection d'internationaux U20 qui venait d'être sacrée Championne du monde et était inconnue. Maintenant, tous ces joueurs sont devenus des professionnels accomplis. En plus, l'Algérie a toujours envoyé beaucoup de joueurs en France, y compris pour leur formation. Maintenant, elle est aussi représentée à l'Inter, à Porto et à Valence, des clubs d'un niveau supérieur. Vahid Halilhodzic est un entraîneur chevronné, qui connaît le football africain comme l'européen. Il a été sélectionneur de la Côte d'Ivoire, il a connu le succès au PSG et à Lille. Il développe un football défensif bien organisé. D'ailleurs, l'Algérie est réputée pour ce style de jeu : elle est synonyme de football ennuyeux, comme beaucoup de nations nord-africaines et surtout arabes, d'ailleurs : elles possèdent de fins techniciens mais ils n'avancent pas d'un mètre. L'Algérie opte pour le contre. Elle est également dangereuse sur les phases arrêtées, grâce à son excellente technique de frappe. Même si la plupart de ses joueurs évoluent en Europe, nous ne les connaissons pas vraiment. Islam Slimani (Sporting Lisbonne) est son meilleur avant. El Arbi Hillel Soudani (Dinamo Zagreb) et Sofiane Feghouli (Valence) sont des maillons importants mais pas de véritables vedettes. C'est l'équipe qui prime, ce qui est normal avec un coach qui exige avant tout une grande discipline tactique. L'Algérie n'a jamais balayé ses concurrents pendant les qualifications. Elle développe un football de résultat, en partant du principe que si elle réalise un nul, elle a quand même un point. Il lui suffit alors d'un corner ou d'un bon coup franc pour gagner. L'Algérie est devenue une nation stable en football. Elle a repris le flambeau de l'Egypte : celle-ci a été championne d'Afrique trois fois de suite mais cette génération est dépassée. Le Maroc et la Tunisie n'ont plus rien non plus. Je m'attends à ce que la Belgique franchisse le premier tour. Selon moi, la Corée du Sud n'est plus au sommet et la Russie me semble plutôt moyenne. Je vois donc l'Algérie se qualifier pour le deuxième tour mais se faire éliminer à ce stade. De tous les participants africains, le Nigeria est mon grand favori. Mathématiquement parlant, il possède sans doute le meilleur entraîneur africain en Stephen Keshi. Il a qualifié le Togo pour le Mondial 2006, à la surprise générale, mais n'a pu l'y diriger, ses patrons estimant avoir besoin d'un sélectionneur blanc et ayant préféré Otto Pfister. D'après moi, ça explique la frustration de Keshi à l'égard des entraîneurs européens et je le comprends : il est très décevant de qualifier une équipe et de ne pouvoir achever son travail. Il a encore obtenu de bons résultats avec le Mali, qu'il a mené en quarts de finale de la Coupe d'Afrique et il remet ça avec son pays natal. Sur papier, le Nigeria est le pays africain le plus solide. Il a atteint les quarts de finale du tournoi en 1994, avec Clemens Westerhof, et il a été champion olympique avec Jo Bonfrère deux ans plus tard. Depuis, il dispose de joueurs qui se sont tous fait un nom en Europe et sont devenus millionnaires. Les résultats n'ont plus jamais été aussi bons. Le Mondial 2010 a été décevant, sous la direction de Lars Lagerbäck, qui n'était pas un bon choix. Puis Keshi est arrivé et a gagné la Coupe d'Afrique 2013, de manière un peu étonnante car nul n'avait tenu compte de son équipe. Sciemment, Keshi a sélectionné quelques joueurs locaux, laissant chez eux des noms comme Joseph Yobo et Peter Odemwingie. C'est un signe de personnalité. Maintenant, plusieurs de ces joueurs locaux se produisent également en Europe. Le Nigeria a un problème, qui est sans doute celui de Keshi : il joue toujours offensivement. La défense n'est pas son point fort. Les défenseurs jouent certes en Europe mais ils commettent régulièrement des fautes. Ils s'impliquent de trop bon coeur dans le jeu, oubliant du même coup leurs tâches défensives. Des voix s'élèvent pour qu'on reprenne Yobo ou Taye Taiwo mais Keshi s'en tient à ses jeunes talents. Le gardien, Vincent Enyeama, est très bon. Il défend le but de Lille. Ses meilleurs joueurs sont devant. EmmanuelEmenike joue à Fenerbahçe, Ahmed Musa au CSKA Moscou et Victor Moses à Liverpool. Ces deux ailiers regorgent de vitesse et de puissance. Ils pourraient être décisifs, surtout contre l'Iran et la Bosnie, qui jouent lentement. Avec John Obi Mikel de Chelsea dans l'entrejeu, le Nigeria dispose d'une base idéale pour son football offensif. Il est toutefois grand temps que Mikel montre ce dont il est capable. Il est à Chelsea depuis l'âge de 19 ans, il est doué et il est la plaque tournante du Nigeria mais il n'a pas encore marqué un grand tournoi de son sceau. Le Nigeria est dans le groupe de l'Argentine, de la Bosnie et de l'Iran. D'après moi, c'est lui qui peut aller le plus loin, de tous les Africains. Il peut briguer les quarts de finale, au moins, mais à ce stade, il affrontera probablement la Belgique ou l'Allemagne et ce sera juste. Quoi qu'il en soit, le Nigeria peut être une des surprises du tournoi. En 2010, le Ghana était proche des demi-finales puis il y a eu ce penalty raté de Gyan après un jeu de main de Suarez, contre l'Uruguay. Je pense donc qu'on va une fois encore attendre beaucoup du Ghana. Lors des éditions précédentes, il était entraîné par un Serbe, respectivement Ratomir Dujkovic et Milovan Rajevac. Tous deux sont inconnus en Europe mais ils ont fait du bon boulot sur le plan tactique. Maintenant, c'est James Appiah, un entraîneur local, qui est à la barre. Il a bien travaillé, notamment en qualifiant son équipe contre l'Egypte en barrages. D'autre part, ce 6-1 a l'air génial mais l'Egypte n'est plus ce qu'elle était, à cause de ce que j'appelle le syndrome de la Côte d'Ivoire : elle a une génération de joueurs qui prend de l'âge alors que la relève n'est pas prête. En plus, Appiah n'a pas la moindre expérience de l'élite. En 2010, le Ghana a donc échoué contre l'Uruguay mais aux yeux des amateurs de football, il aurait mérité de se qualifier pour les demi-finales. Blessé, Essien n'était pas repris et le noyau comportait beaucoup de jeunes, comme ce Gyan. Beaucoup de ces footballeurs avaient en plus été champions du monde U20 quelques mois plus tôt. Ils étaient donc inconnus, soucieux de montrer ce qu'ils valaient. Depuis, ils sont devenus des millionnaires, eux aussi. Selon moi, ça peut devenir un problème. Gyan gagne sa vie aux Emirats depuis quelques années. Il reste un très bon footballeur, comme Essien, Muntari et Asamoah, mais ces gars ont évolué parmi l'élite et ont amassé une fortune. Ils ne sont plus mus par la motivation d'obtenir un gros contrat comme en 2010. Le Ghana joue l'attaque mais dans un système plus réaliste que le Nigeria. Souvent, il procède en 4-4-2, avec une bonne organisation. Las, il est dans la poule de l'Allemagne, du Portugal et des Etats-Unis. Alors, pardon mais son parcours s'achèvera au premier tour. Si on prend l'édition précédente comme référence, le Ghana pourrait être une grosse déception. La Côte d'Ivoire souffre du syndrome Jean-Marc Guillou. Il a formé l'équipe actuelle à 70 %. Son Académie à l'ASEC Mimosas est toujours en mains françaises mais Guillou est parti depuis longtemps et la qualité actuelle de l'Académie n'est plus la même. La sélection est née de 1986 à 1988. Derrière, c'est le vide. L'équipe continue à tourner autour de Touré, Gervinho et autres Kalou. Didier Drogba a 36 ans. Du moins si c'est vraiment son âge car il est peut-être encore plus vieux. A 41 ans, Roger Milla a marqué en Coupe du Monde mais de là à être performant avec lui, à ce niveau ? Je ne sais pas. La levée actuelle est trop âgée. L'équipe est la même depuis dix ans et elle n'a rien réussi. Par exemple, elle n'a jamais rien montré en Coupe d'Afrique. Touré peut encore prendre Manchester City en mains parce qu'il y est entouré de joueurs jeunes et dynamiques. Drogba est apprécié en Europe mais il n'a encore jamais cassé la baraque sur le plan international. Ces millionnaires ont déjà tout vécu. Le Brésil est leur dernière Coupe du Monde : quelles sont encore leurs ambitions ? J'ai des doutes. Je pense qu'ils ont perdu leur faim de succès. Sabri Lamouchi, le sélectionneur français, n'a pas la moindre expérience du football international. Joueur, il a été éliminé de la sélection française en 1998. Devenu entraîneur, il n'a rien réussi. Un autre danger guette l'équipe : un jeu trop offensif. Je crains qu'ainsi, elle ne concède trop d'espaces. Contre la Belgique, menée 2-0, elle est revenue à 2-2 mais c'était un match amical. En plus, c'était la faute de la Belgique plutôt que le mérite de la Côte d'Ivoire. Son groupe, avec le Japon, la Colombie et la Grèce, est considéré, en Afrique, comme plus abordable que celui des autres pays africains. Ça reste à voir. Je trouve la Colombie très forte, même sans Falcao. Elle a un bon entraîneur : José Pekerman a été trois fois champion du monde avec les moins de 20 ans colombiens et il a aussi entraîné l'équipe première. Il est fin tacticien. Le Japon, lui, possède beaucoup de maturité. Ses internationaux jouent en Europe et je le vois deuxième de sa poule. Contre la Belgique, au stade Roi Baudouin, il a bien infiltré et a joué très rapidement. Je pars donc du principe que la Colombie et le Japon se qualifieront et que même la Grèce ne sera pas très abordable pour une Côte d'Ivoire qui n'a rien de spécial à mes yeux. Je m'attends donc à lui dire bye bye à l'issue du premier tour. Le Cameroun va être la risée du Mondial. Il s'est qualifié avec beaucoup de difficultés, avec un sélectionneur local qui le dirigeait depuis des années : Jean-Paul Akono. D'un coup, il lui a fallu un étranger. J'étais moi-même candidat mais Puma voulait un entraîneur allemand. En d'autres termes, le sponsor maillot a décidé qui serait le sélectionneur. C'est Volker Finke. C'est certainement un homme très sympathique mais il ne connaît absolument pas le football international. Il a entraîné le SC Freiburg pendant quinze ans, il a échoué lors de sa première aventure étrangère au Japon puis comme directeur technique de Cologne. Il n'avait encore jamais travaillé en Afrique, n'avait jamais été sélectionneur, il parle à peine français ou anglais. S'il est là, c'est grâce à Puma, c'est tout. Le ministre des Sports a voulu le remplacer peu avant le Mondial et l'a finalement encadré par d'autres personnes mais une chose est sûre : c'est en train de foirer. Je m'attends à ce que le Cameroun soit dernier, derrière le Brésil, le Mexique et la Croatie. Ça n'a rien à voir avec le Brésil ni le Mexique mais avec la campagne difficile qu'il a vécue et avec le fait qu'il a engagé le mauvais entraîneur. En plus, le courant ne passe même pas. Finke a débarqué peu après le championnat d'Afrique en mai 2013, une compétition dont le Cameroun ne faisait pas partie, contrairement aux quatre autres qualifiés pour le Mondial. Il manque de talent pour jouer un rôle significatif. Il n'a qu'une vedette, Samuel Eto'o, qui ne rajeunit pas plus que Webo. Seuls Makoun de Rennes, qui évolue librement derrière l'attaque, et l'ancien Ajacide Enoh au six sont intéressants mais l'ensemble ne fonctionne pas. Je n'attends donc pas grand-chose du Cameroun. Il ne passera pas le premier tour. " PAR JAN HAUSPIE - PHOTOS: BELGAIMAGE " L'Algérie est synonyme de football ennuyeux, comme beaucoup de nations nord-africaines. "