Le foot anglais devient crazy. Les droits TV atteindront 7 milliards d'euros en 2016. De quoi les rendre fous. Tous. Les dirigeants et les autres. Les autres, ce sont, entre autres, les coaches. Les intermittents de ce grand spectacle sont une espèce menacée. Menacée par les enjeux, par le manque de jeu et surtout de résultats. Ces hommes sont prêts à tout. Surtout à subir les lois du marché.
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Le foot anglais devient crazy. Les droits TV atteindront 7 milliards d'euros en 2016. De quoi les rendre fous. Tous. Les dirigeants et les autres. Les autres, ce sont, entre autres, les coaches. Les intermittents de ce grand spectacle sont une espèce menacée. Menacée par les enjeux, par le manque de jeu et surtout de résultats. Ces hommes sont prêts à tout. Surtout à subir les lois du marché. Un marché de dupes où, ni les uns, ni les autres, ne sont blancs comme les lignes que beaucoup aiment franchir. Souvent victimes, ils sont parfois bourreaux de leur propre cause. Exemple lors d'un entretien d'embauche à Liverpool. Le président demande : " Quelle serait votre première décision, si je vous engageais? " Réponse : " Je vire le meilleur joueur du noyau." L'entretien n'a pas duré plus longtemps. Ce coach voulait certainement montrer qu'il n'avait peur de personne. En fait, il avait surtout peur de lui-même. De son incapacité à gérer une star. Ou, peut-être, voulait-il faire de la place pour pouvoir transférer une autre grande star via ses réseaux à lui. Histoire d'arrondir ses fins de mois déjà bien ronds. Tout faux le mec. Le syndicat des entraîneurs anglais a pour habitude de donner ce conseil. Les dirigeants adorent entendre de la part d'un coach qui veut le poste : " Je veux rendre le système de recrutement beaucoup plus efficace et transparent." C'est fou comme on parle d'abord transfert avant jeu. Y a pas à dire : être entraîneur est un métier très aléatoire. 90 % des bancs sont éjectables. Deux défaites et les vautours commencent à rôder. Un entraîneur est viré, le club reçoit en moyenne 100 CV. Faut dire, il y a de la demande. Le syndicat compte 375 membres. 140 cherchent un job. Bonne chance quand on sait qu'il y a 92 places disponibles au niveau pro du foot anglais. La saison qui vient de se finir en Angleterre est édifiante. Dans les quatre divisions professionnelles, 47 coaches ont été virés. 20 rien qu'en Championship. Avec la palme pour Leeds et Watford qui en ont consommé quatre chacun. En moyenne, la durée de vie actuelle y est de...11 mois. Faut dire que les dirigeants de D2 n'ont que les chiffres vertigineux en tête. Une accession en D1 rapporte 163M€ avec " en prime " un parachute doré en cas de relégation immédiate. Les droits télé donnent le droit de rêver mais surtout d'être un peu précipité dans ses renoncements et choix. Petit exemple pour bien comprendre le fossé entre les " British " et le reste du monde. Lors de la saison 2013/2014, Cardiff, pourtant relégué, a perçu plus en droits TV que, entre autres, le Barça, le Real Madrid et les deux clubs de Milan. Vive la livre sterling. Et vive la Premier League qui, cette saison, a été plutôt sage. Seulement cinq virés pour 12 la saison précédente. Tant mieux. L'exemple se nomme Leicester. 140 jours (et 139 nuits) à la dernière place. Jamais une équipe collée aussi longtemps aux portes de l'enfer n'est restée au paradis. Jamais la position de NigelPearson n'a été menacée (sauf quand il a failli en coller une en plein match à un joueur adverse). Fidélité à cet entraîneur arrivé quatre ans plus tôt alors que le club était 12e en D2. La direction a des principes. Son entraîneur aussi. Il maintient l'équipe en maintenant ses principes. Match après match. Cette équipe réussit à peine six passes sur dix, balance une fois sur cinq loin devant mais termine la saison avec seulement 50 cartes jaunes (seul Swansea a fait encore plus propre). Et puis, Pearson a voulu EstebanCambiasso. Un joueur qui a tout gagné et qui a mis autant de " grinta " pour sauver Leicester que pour gagner la Ligue des Champions avec l'Inter d'où il est arrivé gratos. C'est lui le transfert de l'année. Pour le coachoftheyear, on hésite entre Pearson, AlanPardew et RonaldKoeman. Pardew a ressuscité et sauvé Crystal Palace pendant que Koeman donnait l'envie à Southampton de tutoyer les étoiles. Les meilleurs entraîneurs ne sont pas toujours ceux que l'on croit.?FREDERIC WASEIGEEn 2013-14, Cardiff, pourtant relégué, a perçu plus en droits TV que le Barça, le Real et les deux clubs de Milan.