Un bar à l'ambiance tamisée un mercredi sur les coups de 20 h 45 rappelle forcément les soirées animées de Ligues des Champions. Ce soir-là pourtant, la buvette du Kosova à Schaerbeek est encore désespérément vide et à la télé, c'est Courtrai-Anderlecht. Pas très excitant. Et dehors, il pleut. Pourtant, sur le terrain, juste en face, la troisième journée de championnat de la BBFL ne va pas tarder à commencer. " Oh les filles ! Ce soir, le spot nous lâche à 22 h, donc faut y aller. " Dimitri, l'entraîneur de La Kompany, tient à ses deux fois 35 minutes et le fait savoir. L'échauffement sera écourté, le traditionnel appel supprimé. Ce qui n'est manifestement un problème pour personne. Ici, l'important, c'est de jouer. Et si possible de se marrer. Ainsi va la BBFL les soirs de matchs. 70 minutes plus tard, les sourires sont plus partagés. Il y a les gagnantes, radieuses, et puis les autres, mouillées. Pas grave, ce soir-là comme tous les autres, l'équipe qui reçoit paye sa tournée. Ça tombe bien, aujourd'hui, c'est les perdantes qui régalent. C'est ça le BBFL spirit.
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Un bar à l'ambiance tamisée un mercredi sur les coups de 20 h 45 rappelle forcément les soirées animées de Ligues des Champions. Ce soir-là pourtant, la buvette du Kosova à Schaerbeek est encore désespérément vide et à la télé, c'est Courtrai-Anderlecht. Pas très excitant. Et dehors, il pleut. Pourtant, sur le terrain, juste en face, la troisième journée de championnat de la BBFL ne va pas tarder à commencer. " Oh les filles ! Ce soir, le spot nous lâche à 22 h, donc faut y aller. " Dimitri, l'entraîneur de La Kompany, tient à ses deux fois 35 minutes et le fait savoir. L'échauffement sera écourté, le traditionnel appel supprimé. Ce qui n'est manifestement un problème pour personne. Ici, l'important, c'est de jouer. Et si possible de se marrer. Ainsi va la BBFL les soirs de matchs. 70 minutes plus tard, les sourires sont plus partagés. Il y a les gagnantes, radieuses, et puis les autres, mouillées. Pas grave, ce soir-là comme tous les autres, l'équipe qui reçoit paye sa tournée. Ça tombe bien, aujourd'hui, c'est les perdantes qui régalent. C'est ça le BBFL spirit. Avant d'en arriver à se payer des coups à boire les soirs des matchs, il a fallu rassembler tout ce petit monde autour d'un projet. Une petite soeur en manque de sport, une jeune mère désireuse de se séparer de ses quelques kilos post-grossesse, voire même un abonnement à la salle de sport qui périme gentiment, mais sûrement sur la table du salon, toutes les excuses sont bonnes en 2014 pour venir tâter du ballon. C'est un peu ça, les débuts de la Belgian Babes Football League. Le reste appartient à l'enthousiasme de quatre jeunes mecs désireux de voir perdurer cet emballement nouveau du public féminin au-delà des seuls matchs des Diables Rouges. Quatre fanatiques de foot parmi lesquels Alban Herinckx, co-créateur de la BBFL : " Il y avait un engouement, on sentait bien qu'on pouvait foncer et que ça allait prendre. " Alban, c'était le grand frère motivé à l'idée de voir ce que la petite soeur a dans le ventre. Dans les pieds surtout. L'histoire de laBelgian Babes Football Leaguepart de là. De toutes petites choses donc, et d'un constat : on ne s'improvise pas footballeuse. Du moins pas professionnelle. Cela, le quatuor né autour d'Alban l'avait manifestement compris avant quelques autres : " Ma soeur avait d'autres potes qui jouaient dans la ligue officielle, mais qui se faisaient défoncer à chaque match. Elles se prenaient des 20-0, elles ne s'amusaient pas et nous, on en avait un peu marre des entraînements au parc ". Les raclées, le manque de perspectives et les entraînements sans but, c'était il y a deux ans, juste avant que la BBFL ne voie le jour. Et à l'époque déjà, Alban n'était pas le seul à chercher à élargir son champ d'action. Le salut est donc venu de la BBFL. Une arrivée discrète, mais bénéfique pour l'équipe de Dimitri, La Kompany : " Un jour Alban me contacte et me propose de participer à un championnat parallèle, un truc amateur où on ne te casse pas les couilles parce que tu n'as pas ta carte d'identité, parce que tes chaussettes ne sont pas les mêmes, etc. " Dimitri est ravi. En même temps, on le comprend, cela fait déjà deux ans qu'avec son équipe il squatte le parc du Wolvendael à Uccle. Sans cet esprit de compétition inévitablement amené par la création d'une ligue, fût-elle amateur, le soufflé serait sans doute retombé. Marine, l'une des premières à avoir rejoint la bande de Dimitri, le reconnaît : " Cela change tout qu'il y ait des matchs. C'est gai de battre des filles et c'est aussi ça qui nous motive à aller aux entraînements. Sans les matchs, je pense que j'aurais arrêté ". Marine est finalement restée et, comme cinq autres équipes, La Kompany n'a donc pas hésité une seconde au moment de se lancer dans l'aventure de la BBFL. Depuis la ligue a fait du chemin. Très vite, les règles s'installent. Pas de match avant la fin septembre, pas de match le week-end, pas plus en hiver, des troisièmes mi-temps festives et un gros barbecue de fin de saison pour se disputer les accessits. L'idée est claire, la BBFL n'est pas là pour se prendre la tête. Charles est l'entraîneur des championnes en titre, les Fiers Poneys, et ne peut que se rendre à l'évidence : c'est bien mieux comme ça. " À l'Union Belge, les différences de niveau sont tellement énormes qu'on ne s'amuse pas. Il fallait quelque chose de plus sympa, avec un arbitrage plus coulant où on ne siffle pas les mauvaises rentrées, et puis surtout, ici, on prône le fair-play. " Tout l'inverse de l'ABSSA bien connu des milieux masculins du foot amateur en Région Bruxelloise ? Pas forcément. Alban Herinckx nuance : " L'ABSSA est clairement un bon exemple. On veut aussi répondre à une demande. Mais,contrairement à eux, on essaie d'être au maximum interactif. Via notre site, on peut poster des photos, des vidéos, des résumés de matchs, et les filles, ça les valorise autant que ça les amuse. C'est un peu l'esprit de la BBFL : essayer de se marrer tout en mettant sur pied un truc qui a de la gueule, mais sans se prendre vraiment au sérieux. D'ailleurs, il faudrait montrer notre site à l'ABSSA. Parce qu'eux, leur musique au début, c'est plus possible. " Là-dessus, Alban n'a pas tort. Le site internet de la BBFL a bien dix ans d'avance sur celui de l'ABSSA. Mais, il faut bien le reconnaître, les deux n'ont pas grand-chose en commun. Avec ses 300 affiliés, la BBFL découvre encore humblement les rançons du succès, mais sait qu'elle risque d'être peut-être rapidement appelée à grandir. Et si certaines le redoutent, trop heureuses de la convivialité d'une ligue qui ne regroupe aujourd'hui que 10 équipes, d'autres, comme Dimitri, se rêve déjà à voir la BBFL se développer en dehors du cercle actuel : " Moi, je me dis que j'aurais bien aimé faire partie des six équipes qui ont lancé l'ABSSA à l'époque. Quand tu te dis que maintenant, tu as cinq divisions et des milliers d'adhérents, c'est beau. Et ça n'empêche pas de garder nos valeurs. La BBFL, c'est un peu " against modern football ". Le foot pro montre les stars, le pognon et tout ça, mais on sait tous que ce qu'on aime dans le football, c'est aller se mettre la pire en troisième mi-temps après avoir gagné son match du samedi après-midi. C'est ça le foot. "Une vision assez festive de la compétition qui tend à se partager aux quatre coins de la ligue. Stan, entraîneur des Red Cougs en atteste : " Je joue et j'entraîne en ABSSA, mais j'ai vraiment l'impression que la BBFL, c'est le foot sans les mauvais côtés. Et puis, il y a une chose que les filles font bien mieux que les hommes, c'est picoler. Cet été, on m'a proposé un terrain à Wezembeek, à condition que je le prenne pour mon équipe féminine. Parce qu'elles, au moins, elles savent faire vivre une buvette. " À entendre tous ces hommes vanter l'esprit BBFL, on a la bizarre impression que cette ligue féminine est avant tout encadré par des hommes. Une excentricité qui n'en est pas vraiment une quand on prend la peine de prendre le pouls du côté féminin. Pour Laurence, capitaine des Red Cougs, ce serait même plutôt une bonne chose : " Je me suis aussi déjà posé la question. Mais en fait, le foot, ça reste plus une affaire d'hommes. Il n'y a rien à faire, les mecs sont plus calés là-dedans, et ça reste gai d'avoir un coq pour diriger le poulailler. " Et puis, à y regarder de plus près, ceux qui s'investissent aujourd'hui dans la BBFL sont avant tout des passionnés. " Ce sont tous des fanas de foot, mais avec le côté fun en plus ", rajoute Marine. Pas les pires donc. Et de fait, parmi les créateurs de la BBFL, il y a, par exemple, des jeunes comme Gilles Chatelain. Ce genre de type qui s'émerveille devant un contrôle approximatif. " Voir des filles mater les matchs avec des étoiles dans les yeux, c'est déjà magnifique, mais leur apprendre à jouer au foot, ça a presque un côté romantique ". C'est surtout plus gratifiant qu'avec des hommes. Là-dessus, le consensus semble s'opérer. Plus assidues, les filles seraient aussi plus à l'écoute. Ce n'est pas pour autant que la tâche en est rendue plus facile. Pour Dimitri, entraîner des filles, est parti d'une envie toute simple : " C'est parti d'un kif. Mais quand tu commences avec onze filles sur le terrain qui ne comprennent pas qu'il faut faire tourner le jeu, j'avoue que c'est un peu l'anarchie. Il faut de la patience. " Le jeu en valait manifestement la chandelle. La BBFL n'a pas encore fait du foot féminin l'équivalent de son grand frère masculin, mais l'a en tout cas mis sur les bons rails. Ceux qui produisent du fun. En attendant d'en faire encore un peu plus : " Sur le BBFL spirit, on est bon, maintenant reste plus qu'à essayer de choper un peu de niveau. " PAR MARTIN GRIMBERGHS - PHOTOS: BELGAIMAGE/STOCKMAN" À l'Union Belge, les différences de niveau sont tellement énormes qu'on ne s'amuse pas. " Charles, coach des Fiers Poneys