Après deux ans de vaches maigres, Bruges semblait avoir renoué avec les sommets. L'ère TrondSollied était digérée et Jacky Mathijssen passait pour le nouveau sorcier capable de reconstruire des Blauw en Zwart bien sombres. Et puis un sommet (face au Standard) est passé par là et la roue a tourné. Depuis, rien ne va plus. Et l'on se demande même si le Club sera européen. Dimanche, les hommes du président Michel D'Hooghe disputent le derby. Capital pour une place européenne et le prestige. Que ce soit dans le chef du Cercle ou dans celui de ses puissants voisins. Qui l'eut cru il y a de cela deux mois ? Désormais, le doute s'est installé dans la Venise du Nord. Au point que le directeur technique Luc Devroe déclare dans la presse : " Si nous continuons à jouer de la sorte, nous pourrons être satisfait si on décroche un ticket en Intertoto ". Comment en est-on arrivé là ? Les huit raisons de la dégringolade.
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Après deux ans de vaches maigres, Bruges semblait avoir renoué avec les sommets. L'ère TrondSollied était digérée et Jacky Mathijssen passait pour le nouveau sorcier capable de reconstruire des Blauw en Zwart bien sombres. Et puis un sommet (face au Standard) est passé par là et la roue a tourné. Depuis, rien ne va plus. Et l'on se demande même si le Club sera européen. Dimanche, les hommes du président Michel D'Hooghe disputent le derby. Capital pour une place européenne et le prestige. Que ce soit dans le chef du Cercle ou dans celui de ses puissants voisins. Qui l'eut cru il y a de cela deux mois ? Désormais, le doute s'est installé dans la Venise du Nord. Au point que le directeur technique Luc Devroe déclare dans la presse : " Si nous continuons à jouer de la sorte, nous pourrons être satisfait si on décroche un ticket en Intertoto ". Comment en est-on arrivé là ? Les huit raisons de la dégringolade. Le 17 février, le Club Bruges aurait pu reléguer le Standard à six points et s'envoler vers un sacre pas vraiment mérité. Mais il s'est incliné 1-2. Dans l'aventure, les Brugeois ont perdu bien plus que trois points. Au soir de la défaite, Mathijssen déclarait que ce jour-là, il avait compris que son équipe serait championne parce que " tout le monde avait vu qu'elle était bien plus forte que les Liégeois " ( sic). Une dernière bravade pour redonner espoir à un groupe complètement abattu. Cela n'a pas fonctionné. Le mental des Brugeois s'est effrité et une brèche est apparue dans la mécanique mise en place par Mathijssen. Un membre proche de la direction a avoué : " Tout le monde savait dans le club que cette formation était inférieure techniquement au Standard et à Anderlecht. Mais Mathijssen avait réussi à faire croire le contraire à ses hommes en compensant le déficit footballistique par un mental de combattant. Le jour où ses hommes ont compris la différence de jeu entre eux et le Standard, ils ont flanché ". Face au Standard, Bruges a donc perdu toutes ses illusions et toutes les vertus qui faisaient de lui un candidat au titre : le courage, l'altruisme et la volonté. Les chiffres sont éloquents. Mise à part une victoire obtenue face à Lokeren et deux autres face au Brussels et Zulte Waregem, les Brugeois ont perdu des plumes dans toutes les rencontres postérieures au sommet. Soit un bilan de 9 points sur 21. Et face à des adversaires loin d'être des foudres de guerre cette saison (Charleroi, Mouscron, Dender et Genk). " Vous dites que le match face au Standard est un tournant. Je ne pense pas puisqu'on a gagné la semaine suivante contre Lokeren ", explique un Luc Devroe agacé. Oui, mais dans des circonstances particulièrement chanceuses puisque Glenn Verbauwhede arrêta un penalty dans les arrêts de jeu. Et depuis lors, Monsieur Devroe, vous avez pris combien de points ? Malgré les six buts encaissés contre un Genk en état de grâce, Bruges restait la deuxième meilleure défense du pays. C'est sur son secteur défensif que Mathijssen a pu se reposer lors de la première partie de saison. Pourtant, en huit matches, les Blauw en Zwart ont pris l'eau à 15 reprises (soit la moitié de leurs buts encaissés). Joos Valgaeren avait retrouvé une seconde jeunesse lorsqu'il avait fallu suppléer Philippe Clement, blessé. Il avait certes perdu sa vitesse mais compensait par son placement et son expérience. Lorsqu'il était dépassé, il commettait la faute nécessaire. A ses côtés, Jeroen Simaeys avait pris une autre dimension. Rapide et fort dans les duels, il était le complément idéal de Valgaeren. Et quand la charnière centrale calait, Stijn Stijnen sortait tous les ballons. Mais voilà, Valgaeren, qui n'avait plus été titulaire aussi longtemps depuis quelques années, donne des signes de fatigue ; Birger Maertens, remplaçant, s'est montré trop fragile mentalement lorsqu'on a dû faire appel à lui ; et Stijnen est redevenu... normal. " Le but de Wouter Vrancken il y a dix jours était l'exemple parfait de ce qui arrive à Bruges ", continue ce membre de la direction, " Stijnen le repousse mais il file dans le goal. Au premier tour, le même ballon allait à côté ". Seul Simaeys continue à prester à son plus haut niveau. Mais, contre Genk, il avait été replacé dans l'entrejeu. On enlève l'ancien Trudonnaire de la défense et celle-ci s'écroule. Certains transferts ont fait illusion lorsque tout allait bien mais ceux qui devaient servir de pilier au nouveau Bruges ne répondent pas tous présent. François Sterchele alterne le bon et le moins bon. A sa décharge, il évolue davantage sur le flanc et a quand même trouvé le chemin des filets à dix reprises. Mais il est loin de sa production anversoise. Karel Geraerts fait son travail mais est également moins présent en zone de finition car ses qualités d'infiltreur sont peu utilisées. En début de saison, il était d'ailleurs perdu dans cet entrejeu. Ce n'est que lorsqu'il fut replacé devant la défense, dans le 4-3-3, qu'il retrouva ses couleurs. Mais Geraerts a de nouveau été changé de place, ce qui nuit à son jeu. Wesley Sonck est souvent transparent. Dusan Djokic est un battant limité sur le plan technique. " Il y a trois mois, on disait que les transferts étaient réussis ", se défend Devroe. " Aujourd'hui, on parle de flops, même quand on évoque Geraerts et Sterchele. Seul Simaeys trouve grâce aux yeux de la presse. Il ne faut pas exagérer ! Sonck connaît un contrecoup, comme chaque joueur qui est resté longtemps sur le flanc. Sterchele n'est vraiment pas mauvais et Djokic n'est peut-être pas le footballeur le plus élégant mais il s'est déjà montré très utile et il le sera encore dans le futur. Les deux seules déceptions sont Stepan Kucera et Antolin Alcaraz et à 75 % sans doute à cause de blessures ". Jacky Mathijssen aurait bien voulu instaurer un 4-4-2 mais il ne possédait pas dans son groupe de flanc assez rapide. C'est pour cette raison qu'il a opté pour le 4-3-3. Dans l'entrejeu, il a misé sur des travailleurs. Seul Ivan Leko est capable de faire la différence à lui seul. Le but était de résister en tête le plus possible en attendant les retours de Koen Daerden et du Sud-Africain Elrio Van Heerden. Mais Daerden ne reviendra pas cette saison et Van Heerden a disputé en tout et pour tout huit rencontres avant de partir pour la CAN et de revenir blessé. A l'inverse de ses rivaux, Bruges ne compte pas d'éléments créatifs. Ce n'est pas pour rien que l'on prépare déjà le prochain mercato et que les noms de Gustavo Colman, Hernan Losada et Nabil Dirar ont circulé au Jan Breydelstadion. Evidemment, les mauvaises langues pourront toujours dire que la rumeur bruisse mais que le seul transfert entériné est celui de... Bernt Evens. Quand on évoque le manque de fraîcheur mentale et physique de ses hommes, Luc Devroe se hérisse. " C'est vous les spécialistes. Les journalistes ont toujours raison ", dit-il ironiquement. " Vous avez vu la liste des blessés ?". Dans un journal flamand, il a même été plus loin en disant qu'Anderlecht et Bruges avaient beaucoup souffert des blessures lors du premier tour mais pas le Standard et le Cercle Bruges. Mais là, on parle du deuxième tour, Monsieur Devroe. Le Standard a perdu Steven Defour et Mohamed Sarr ; le Cercle Tom De Sutter. " Oui mais sur notre noyau de 26 éléments, 15 joueurs ont été blessés plus d'un mois. C'est énorme ". Au premier tour, Mathijssen avait limité la casse mais le remaniement défensif suite aux différentes blessures de Clement a perturbé la ligne arrière. " Le Standard a presque toujours évolué avec la même défense ", ajoute Devroe. Bruges a souvent fait la différence sur phases arrêtées, soit grâce à des coups francs de Sonck ou de Leko, soit à des coups de tête de Clement, Geraerts ou Simaeys. Mais la concurrence étant prévenue, cela ne fonctionne plus. Et comme Bruges n'a jamais dominé son adversaire de la tête et des épaules - Bruges gagna le plus largement contre le Germinal Beerschot (3-0) mais paradoxalement, jamais le Club ne fut autant dominé que durant cette rencontre -, on comprendra aisément que sans ces phases arrêtées, le Club n'arrive plus à débloquer la situation. Le Club a commencé à enfiler les victoires lorsque Mathijssen est passé du 4-4-2 au 4-3-3. Mais depuis quelques semaines et l'introduction Daniel Chavez, le système a évolué. D'abord avec le Péruvien dans le 3 offensif, ensuite en le faisant quelque peu reculer. Enfin, contre Genk, Mathijssen avait choisi un vrai 4-4-2 avec Sonck et Sterchele en front d'attaque ainsi que Simaeys devant la défense et Geraerts plus haut dans l'entrejeu. Un échec cuisant. Jusqu'à présent, c'est ce qui faisait la force de Bruges. Mais, les deux dernières saisons gâchées commencent a trotté dans les têtes. Preuve de la fragilité mentale de ce groupe. Pourtant, le mot crise veut être évité à Bruges. On calme les esprits et on tente de retrouver la sérénité. Mathijssen a compris cela. Il a voulu une atmosphère détendue aux entraînements et lui-même s'est montré très disponible, n'hésitant pas à rester longuement à signer des autographes aux supporters. La direction, elle, est davantage nerveuse. Au point de déjà signifier à Valgaeren, Maertens, Gaëtan Englebert et Sven Vermant qu'ils pouvaient se chercher un autre employeur. Une façon bien peu commune de les motiver pour le sprint final ! par stéphane vande velde - photos: belga