1 Les grands ne marquent pas : hasard ou pas ?

Le Standard, Anderlecht, Gand et Genk ont été incapables de scorer ce week-end. Parmi les grands du championnat, seul le Club Bruges a su mettre un tout petit but à Westerlo, et encore bien dans les dernières secondes. C'est l'équipe qui a le plus refusé le combat qui s'en est bien sortie. Le foot hyper réaliste de Christoph Daum ne peut pas durer éternellement, il n'y a plus rien de sensationnel dans le jeu du Club. Soit il passe à autre chose, soit son équipe arrêtera d'être vernie et va commencer à perdre. Pour le moment, il a de la chance et la victoire à Maribor en est une autre illustration.
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Le Standard, Anderlecht, Gand et Genk ont été incapables de scorer ce week-end. Parmi les grands du championnat, seul le Club Bruges a su mettre un tout petit but à Westerlo, et encore bien dans les dernières secondes. C'est l'équipe qui a le plus refusé le combat qui s'en est bien sortie. Le foot hyper réaliste de Christoph Daum ne peut pas durer éternellement, il n'y a plus rien de sensationnel dans le jeu du Club. Soit il passe à autre chose, soit son équipe arrêtera d'être vernie et va commencer à perdre. Pour le moment, il a de la chance et la victoire à Maribor en est une autre illustration. Depuis le début du championnat, c'est surtout le collectif qui a fait la différence dans de nombreux cas, au lieu des qualités individuelles pures. Et c'est normal quand on voit les joueurs partis pendant l'été : Ivan Perisic, Steven Defour, Mehdi Carcela, Axel Witsel. Tous savaient débloquer un match fermé. On compense par l'organisation, mais quand elle a des ratés, on a des week-ends avec peu de buts. Par rapport à la saison dernière, il y a aussi Jelle Vossen qui court derrière sa forme, Kevin De Bruyne qui souffre, et Marvin Ogunjimi est parti. C'est trop pour qu'on continue à voir autant d'éclairs qu'en 2010-2011. Bojan Jorgacevic sera vite oublié à La Gantoise. Frank Boeckx était clairement prêt pour prendre sa place. Il n'est pas exceptionnel mais il est très bon. Il vient de jouer deux matches très difficiles sur le papier : à Courtrai et au Standard. Et il n'a pas encaissé un seul but. C'est comme ça que Gand peut viser très haut. Depuis plusieurs saisons, ce club avait l'habitude de marquer beaucoup mais il encaissait beaucoup aussi. Maintenant, c'est solide derrière. Grâce au duo espagnol en défense centrale, et maintenant avec Boeckx, c'est prometteur aussi. Le passage de la majorité de nos clubs au 4-3-3 continue à faire débat. C'est soi-disant ça, le football moderne. Moi, j'ai quand même des doutes. Je préférerai toujours un 4-4-2 soi-disant démodé mais qui fonctionne à un 4-3-3 boiteux. Jacky Mathijssen l'a bien illustré ce week-end. Contre Genk, il a aligné un vrai 4-4-2 : Sherjill MacDonald et Ibrahima Sidibe à l'attaque, et dans leur dos, un losange avec Hernan Losada (en pointe), Vusumuzi Nyoni, Dor Malul et Wim De Decker. Pourquoi s'obstiner à vouloir aligner une pointe et deux ailiers quand on sait que la pointe sera prise en tenaille par les deux défenseurs centraux et qu'on n'a pas le matériel pour aligner des hommes excentrés ? Quand tu mets deux vrais attaquants, tu sais qu'ils auront normalement plus de liberté. Et avec quatre joueurs dans le milieu du jeu, tu as une chance de contrôler ce secteur si l'adversaire n'y a que trois pions. C'est donc réducteur de dire que le 4-4-2 est démodé. Cela n'a aucun sens de chercher à imposer un système si on ne sait pas l'appliquer. On ne peut pas jeter une occupation de terrain qui avait permis à l'AC Milan de se mettre sur le toit de l'Europe. Il y avait Filippo Inzaghi et Andriy Shevchenko devant, et dans l'entrejeu, Clarence Seedorf à gauche, Gennaro Gattuso à droite, Kaká sur la pointe, Andrea Pirlo en retrait. Pourquoi un système pareil ne pourrait plus fonctionner ? Tout le monde parle du groupe de la mort à l'EURO, avec les Pays-Bas, l'Allemagne, le Portugal et le Danemark. Mais sur les quatre poules, il y en a trois qui vaudront le détour. France, Angleterre, Ukraine et une Suède qui m'inspire, ça peut être joli. L'Espagne et l'Italie ensemble, avec l'Irlande et la Croatie, c'est bien aussi. Il n'y a que le groupe A qui n'est guère attirant avec la Pologne, la Russie, la Grèce et la République Tchèque. Ici, on va se ronger les ongles pendant l'été en repensant à notre campagne éliminatoire. Parce que nous méritions d'y être à la place de la Croatie. Les Diables qui auraient affronté l'Espagne et l'Italie devant toute l'Europe, ça aurait rendu un coup de boost à tout notre foot.On peut être sous le charme de Manchester City ou admirer le bloc du Bayern, ça reste un cran en dessous du Real et de Barcelone. Le clasico de ce week-end va se jouer dans les mêmes conditions que celui de la saison dernière : c'était à la même période et le Real avait aussi un petit avantage au classement. Il est sur une série de 14 victoires consécutives, c'est fantastique. Cette équipe est plus mûre et réaliste que l'année passée. J'aurais misé sur le Barça si ce match s'était joué au Nou Camp, parce que son goal-average de 39-0 à domicile est aussi extraordinaire que la série de succès du Real. Mais comme ça se dispute à Madrid, je vois le Real prendre le dessus et marquer encore quelques points dans une course au titre où il est favori, sans pour autant jouer le plus beau football. J'ai fait mes débuts professionnels en 1983, quand Socrates était au sommet de son art. C'était le style de joueur que je regardais, c'était à des monuments pareils que je m'identifiais. Le Brésil de l'époque, avec aussi Zico et Falcao, était une équipe idéaliste, et Socrates en était l'illustration. Il avait la technique, l'élégance, le style, le charisme. C'était une icône. Avec des joueurs pareils, ce n'est pas logique que le Brésil n'ait pas été sacré champion du monde en 1982 ou 1986. Malheureusement, Socrates a eu un style de vie qui l'a conduit à une mort précoce. C'est dramatique de voir ça. PROPOS RECUEILLIS PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS IMAGEGLOBE