Nous n'avons interviewé Léon Mokuna qu'une seule fois. Dans son appartement à Wondelgem, en bordure de Gand, rien ne faisait référence au football : pas de photo, pas de coupe, pas de fanion, ni autre trophée. Léon Mokuna se semblait pas vivre dans le passé. Pourtant, l'attaquant était considéré comme le Pelé d'Afrique, il était un tourment pour tous les défenseurs, bien qu'il ait souvent joué sous une volée de remarques racistes.
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Nous n'avons interviewé Léon Mokuna qu'une seule fois. Dans son appartement à Wondelgem, en bordure de Gand, rien ne faisait référence au football : pas de photo, pas de coupe, pas de fanion, ni autre trophée. Léon Mokuna se semblait pas vivre dans le passé. Pourtant, l'attaquant était considéré comme le Pelé d'Afrique, il était un tourment pour tous les défenseurs, bien qu'il ait souvent joué sous une volée de remarques racistes. Léon Mokuna était disposé à parler de sa carrière tout l'après-midi. De sa période à La Gantoise, dont il était devenu une sorte d'attraction de cirque. Les gens venaient de partout pour le voir à l'oeuvre. Ils le regardaient bouche bée, comme s'ils n'avaient encore jamais vu un Noir en chair et en os. Les stades étaient combles et il fallait placer des chaises supplémentaires le long de la ligne. Mokuna était un brillant footballeur : explosif, mobile et doté d'un bon dribble. Ses tirs tendus, armés des deux pieds, trouaient les filets. Un jour, le gardien de l'Antwerp, Wim Cooreman, avait dit qu'il n'avait même pas vu le ballon, après avoir encaissé un but. Mokuna trouvait que c'était le plus beau compliment jamais reçu. Léon Mokuna ne baignait pas dans le luxe. Les échecs en affaires constituent le fil rouge de sa vie, mais il ne s'en est jamais plaint. Mokuna offrait quelques bières et parlait avec émotion de sa carrière. Il riait beaucoup et il avait appris à relativiser les choses. De même que sur le terrain, il essayait de se maîtriser face aux provocations et aux intimidations. Ses yeux ne s'enflammaient que quand il parlait du Congo. Il racontait qu'à son indépendance, le pays était tombé dans un bourbier de misère et une spirale de corruption. Il s'était irrité des festivités organisées à l'occasion des cinquante ans de l'indépendance. Avant son passage en Belgique (quatre ans à La Gantoise, cinq saisons à Waregem), Mokuna s'était produit pour le Sporting Lisbonne de 1954 à 1956. Mais l'existence de footballeur professionnel ne lui plaisait pas, même sil pouvait mener grand train dans la capitale portugaise et y avait progressé sur le plan sportif. Mokuna voulait travailler en journée. Il l'avait fait plus tard, à Gand, pour le quotidien Het Volk. Léon Mokuna est décédé le mardi 28 janvier. À l'âge de 91 ans, selon les journaux. Ou était-ce à 89 ans ? Il ne connaissait pas sa date de naissance. De même, quand on lui demandait combien d'enfants il avait, il répondait en riant : " Beaucoup. "