Vous êtes comment en privé?
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Vous êtes comment en privé?Thierry Siquet (33 ans): Je ne cherche pas à me mettre en évidence auprès de la presse mais je crois être respecté par le groupe des joueurs. Je ne fais pas le premier pas. C'est pareil avec les voisins. L'un d'eux, supporter du Standard, me lance souvent des vannes mais je ne vais pas aller parler de mon métier à tout le monde. Quels sont vos centres d'intérêt?Je n'aimais pas l'école. Je m'occupe beaucoup des enfants. Je suis Balance. J'arrange toujours les bidons, car je n'aime pas les conflits mais ça me retombe sur le bouchon! Toutefois, c'est moi qui sévit quand il le faut. Nathalie explose, quand elle en a marre.Qu'espérez-vous pour vos filles? Qu'elles soient sportives?Qu'elles soient en bonne santé, qu'elles réussissent leur vie, que ce soit grâce au sport, aux études ou à des voyages, car peu de gens peuvent se permettre de faire ce qu'ils veulent. Peut-être préférerais-je quand même les études.Vous-même lisez beaucoup...Incroyable! Je suis scotché au journal de la première à la dernière page. Je dévore aussi des magazines sur le sport, les voitures, les maisons. Quand nous avons acheté, je me suis intéressé à ce qui concernait les maisons. Idem avec le jardin.Des événements en particulier vous émeuvent-ils?Il y a des choses très graves qu'on ne voit jamais à la télévision. Il ne faut pas oublier le sida, la misère qui règne en Belgique aussi. Il y a plus de problèmes que de bonnes nouvelles: guerres, nouvelles maladies. Enfin, récemment, des chercheurs néerlandais ont trouvé comment neutraliser la croissance des tumeurs.Vous regardez aussi la télévision?Oui, dans le même registre: le journal, les documentaires, Thalassa. Avant, je regardais tous les matches. Je ne pensais pas à Nathalie. Maintenant, je n'en regarde qu'un et s'il est mauvais, j'arrête. Votre nouvelle maison vous a donné du travail?Et ça continue (il rit)! Le problème, c'est que quand je fais quelque chose, ma femme repasse derrière moi. Elle n'est jamais contente. Perfectionniste. Malgré tout, je lave les très nombreuses vitres de la maison. Nous l'avons achetée alors que le gros-oeuvre était presque achevé. Nous avions quitté Bruges en juin et nous habitions chez mes parents. Nous cherchions à louer ou à acheter mais ce n'était pas évident. Malgré la route nationale, le quartier est tranquille, la maison est lumineuse. J'aurais voulu une fermette à rénover mais je ne suis pas bricoleur. Je ne sais pas carreler, par exemple. Je peux juste donner un coup de main. Nathalie et vous semblez complémentaires.C'est le mot de Nathalie: je lui dis que je l'aime et elle répond que nous sommes complémentaires. C'est une matheuse... (il feint d'être accablé) Elle veille sur sa famille, elle a un esprit de sacrifice total. Nous nous connaissons depuis 16 ans et nous n'avons jamais eu de problème! Elle n'aime pas les imprévus, je suis plus zen. Songez-vous à votre reconversion?J'espère jouer encore quelques années. Ensuite? Je privilégierai notre rythme de vie à l'argent. Me lever à 7h15, conduire les enfants à l'école, travailler une demi-journée et revenir l'après-midi. Chapeau à ceux qui travaillent de 6 à 18h. Je le ferai s'il le faut mais ma famille me manquerait. Entreprendre quelque chose, comme ouvrir un commerce, n'est pas évident: je ne veux pas risquer mon petit capital. Nous pourrions travailler chacun à mi-temps car nous ne sommes pas dépensiers. Argent ou pas, notre vie ne serait pas fondamentalement différente. Je ne m'achète pas deux vestons par mois.Avez-vous un rêve?C'est inaccessible, par définition. J'ai déjà essayé le Lotto (il rit)! J'aimerais découvrir les pays du monde. Nous n'avons pas beaucoup voyagé jusqu'à présent: Ténériffe, Majorque, le Maroc, la Tunisie, mais nous n'avons pas découvert des pays lointains comme l'Australie, l'Argentine, le Canada. J'aimerais aller au Grand-Nord. Ceci dit, il y a des choses magnifiques en Europe aussi. Vous avez rencontré Thierry il y a 16 ans. Comment?Nathalie Delvaux (32 ans): Nous habitions chacun d'un même côté du pont de Huy et nous allions à l'école de l'autre côté. Nous nous croisions donc. Je l'avais remarqué mais la grande question, c'était comment l'aborder. Mon père, supporter du Standard, insistait pour que je l'y accompagne. J'ai cédé, à l'occasion d'un match de gala. Avant celui-ci, les jeunes ont défilé sur le terrain. Parmi les Scolaires, le garçon du pont! J'avais trouvé mon prétexte pour l'aborder: -C'est bien toi que j'ai vu au Standard? Par la suite, tous les matins, nous bavardions ou nous nous faisions la bise, sur le pont de Huy. 30 secondes car Thierry était en internat et ne pouvait quitter le rang. Vous n'aimiez guère le football. Avez-vous changé d'avis?Oui! Thierry a été intégré au noyau un semestre plus tard et il a effectué ses débuts en équipe fanion un an après notre rencontre. Il a disputé son premier match contre Rijeka. Il est revenu avec une invitation pour moi. J'allais me retrouver avec les autres femmes de joueurs, plus âgées que moi. Je me demandais comment elles allaient m'accueillir mais elles ont été très gentilles. Il y avait une bonne ambiance. Nous effectuions les déplacements ensemble.Avez-vous fait des études?Trois ans de médecine, que j'ai réussis, avant d'arrêter. Je le regrette car je n'ai rien en mains. Mais voilà, c'était très dur. Je suis perfectionniste. J'étudiais tout à la ligne près. En plus, Thierry jouait alors au Cercle et je le rejoignais tous les week-ends, alors que j'aurais pu étudier. J'étais saturée. Je ne voulais plus voir un livre et je n'ai donc pas envisagé d'autres études. Depuis toujours, j'aimais les hôpitaux. Ce milieu m'attirait. Je voulais d'ailleurs être spécialiste.Vous ne vous ennuyez pas?Lea a 6 mois et Pauline, 6 ans et demi. Elle va à l'école, à la natation et à la danse. En fait, j'avais envisagé de travailler à mi-temps, comme vendeuse, mais je n'aurais pas vu Thierry le mercredi après-midi ni le samedi. Ni d'ailleurs les enfants. Chaque âge requiert une attention différente. Avant qu'elle n'entre à l'école primaire, nous allions promener plusieurs après-midis par semaine avec Pauline. Nous voulions un deuxième enfant car nous sommes tous deux enfants uniques et Pauline focalisait trop l'attention générale. Elle était trop gâtée. Je constate toutefois qu'il en va de même pour Lea! Pauline n'est pas difficile mais elle ne se rend pas compte du luxe qui lui est offert. A Bruges, elle ne faisait pas un pas sans moi. Son entrée à l'école a été un drame car elle a été confrontée, en plus, au néerlandais. Toutefois, elle l'a appris et le parlait mieux que nous.Avez-vous des hobbies?J'aime cuisiner mais dans de bonnes conditions. A la Noël, j'ai préparé un repas pour dix personnes mais Lea n'arrêtait pas de pleurer. Heureusement que Thierry m'a donné un coup de main! En fait, avoir une activité est peut-être plus facile pour une femme qui travaille. Où dois-je laisser Lea? J'ai fait un choix de vie, que nous pouvons nous permettre. Je pourrais souffler deux ou trois heures, quand Thierry est à la maison, mais je n'en profite pas. Avant la naissance de Lea, je m'adonnais au fitness de trois à cinq fois par semaine. J'étais devenue accro. Maintenant, je n'arrive pas à m'y remettre. Le premier pas est difficile.Comment vous détendez-vous?Nous regardons la télévision, nous louons des vidéos, même si je m'endors souvent avant la fin! Nous aimons les thrillers, les comédies françaises, pour rire un peu. Nous avons regardé Star Academy avec Pauline. J'aime les débats animés par Delarue. Thierry aime la chanson française, moi, je préfère ce qui bouge, la techno, par exemple. Seule, j'allume souvent la radio. Quelles sont les qualités et défauts de Thierry?C'est un papa-gâteau, je peux faire ce que je veux. Il serait tenté par l'aventure mais pas moi. Il a eu une offre pour l'étranger mais j'ai refusé. Il est honnête, généreux, conciliant. Comme ma grand-mère le répète: -Il est bien: il ne boit pas, il ne fume pas... D'autre part, je lui reproche sa froideur. Il est un peu distant. Quand il râle, il s'assied sans un mot. Parfois, chez nos parents, il lit le journal. Il ne prend pas l'initiative de nouer des contacts, de téléphoner à ses amis. Pascale Piérard