S'il réussit à déchiffrer les hiéroglyphes rouches, Johan Boskamp pourra être considéré comme le Jean-François Champollion du football belge. Comme le célèbre égyptologue français (1790-1832), le colosse hollandais a fouillé les ruines entre les pyramides de Sclessin avant de comprendre les secrets de la pierre de Rosette et de déchiffrer le système graphique des Pharaons.
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S'il réussit à déchiffrer les hiéroglyphes rouches, Johan Boskamp pourra être considéré comme le Jean-François Champollion du football belge. Comme le célèbre égyptologue français (1790-1832), le colosse hollandais a fouillé les ruines entre les pyramides de Sclessin avant de comprendre les secrets de la pierre de Rosette et de déchiffrer le système graphique des Pharaons. Les problèmes étaient nombreux : nouveau noyau, changement de préparateur physique après la reprise des entraînements, joueurs venus d'horizons divers et ne maniant pas tous le français, arrivage tardif de nouveaux éléments, recherche d'une autre occupation de terrain, blessures d' Oguchi Onyewu et d' Igor De Camargo, absence de Sergio Conceiçao suspendu jusqu'au 11 août suite à son attitude lors du match de Coupe de Belgique de la saison passée face à Zulte Waregem. Ce soir-là, le général portugais péta les plombs, fourra son maillot sous le nez de l'homme en noir, abandonna ses troupes à leur triste sort. Avec lui sur le terrain, les études tactiques de Boskamp auraient été moins compliquées. En match aller du troisième tour qualificatif de la Ligue des Champions contre les Roumains du Steaua Bucarest (2-2), les vice-champions de Belgique n'alignèrent que trois titulaires de la saison passée : Eric Deflandre, Karel Geraerts et Milan Rapaic. Mohammed Sarr était le plus souvent réserviste et Olivier Renard patientait derrière Vedran Runje comme Joop Zoetemelk dans la roue d' Eddy Merckx. Les problèmes étaient aussi évidents en défense (manques d'automatismes) qu'au sein d'une division offensive absente par manque d'armes. Avec l'apport de Ricardo Sa Pinto, Boskamp a su rééquilibrer son équipe, est passé (provisoirement ?) du 4-3-3 à un 4-4-2 répondant bien aux acquis actuels de son effectif. L'apport du jeune Marouane Fellaini (17 ans, 1m94 m, 85 kg, ex-jeune d'Anderlecht, des Francs Borains, de Mons et de Charleroi, recruté par Christophe Dessy) fut très important contre le Steaua Bucarest. Au poste de demi défensif, il a offert sa taille et son jeu bien posé à son équipe et cela eut un impact évident : décalage de Steven Defour sur la droite, retour d'un étincelant Milan Rapaic à gauche, création d'un duo offensif intéressant et ayant enfin de la présence, du poids, de la vitesse et de la profondeur avec Milan Jovanovic et un Sao Pinto qui devrait apporter beaucoup à ses nouvelles couleurs. Il est cependant regrettable que cette mise en place soit aussi tardive pour des raisons indépendantes de la volonté de Boskamp et de son staff technique. Elle coûte cher aux Liégeois : 0 sur 6 en championnat, avenir incertain dans le cadre de la Ligue des Champions. Les résultats négatifs ont engendré des mouvements d'humeur du public et alimenté des rumeurs (découragement et éventuel retrait en fin de saison de Luciano D'Onofrio et de ses associés) et des scénarios dignes des plus folles bandes dessinées (reprise du Standard par Abbas Bayat). Inutile de dire que ces bruits seront amplifiés ou rangés dans l'armoire aux fantaisies, farces et attrapes selon la manière qui sera celle du Standard lors de son voyage à Genk. Le public limbourgeois réservera un accueil féroce à son ancien jeune ténor, Defour. Le retour à la compétition de Conceiçao devrait faire baisser la pression autour du teenager, être en quelque sorte son paratonnerre par temps d'orage. En Campine, Eric Deflandre rendra le brassard de capitaine au leader portugais. Auteur d'un excellent début de saison, l'arrière doit liégeois ne cache pas sa satisfaction : " Il est évident que le retour de Sergio nous fera un bien fou. Avec lui, il n'est pas question de reculer sans cesse et d'accepter la pression adverse. Tous les défenseurs se méfient d'un joueur de cet acabit qui est capable de faire la différence tout seul ou d'offrir des caviars à ses équipiers. Il donne donc une autre dimension à son équipe. Avec lui, le Standard aura forcément beaucoup plus de solutions offensives. Or, c'était un de nos soucis depuis le début de la saison. Avec lui, les choses sont différentes pour moi. Ces derniers temps, je mets régulièrement le nez à la fenêtre. Ce fut le cas contre le Steaua Bucarest car Steven Defour adore rentrer dans l'axe et cela libérait tout un couloir où je pouvais m'évader avant de centrer. Même s'il adore se promener sur tout le terrain, Sergio passe la plupart de son temps sur le flanc droit. Je dois en tenir compte et mes efforts offensifs sont logiquement moins profonds. Mais cela ne me dérange pas du tout car je suis sûr que notre capitaine m'ouvrira la porte lors des moments les plus judicieux. C'est une question de réglages et de complicité sur le terrain. J'ai l'habitude de m'adapter. A Lyon, on me demandait d'y aller franchement car j'ai le coffre pour le faire. Au Standard, je dois prêter plus d'attention à l'aspect défensif de ma fonction et cela me plaît tout autant ". " Ce sera d'abord un plaisir de retrouver Sergio Conceiçao sur le terrain. A l'entraînement, son envie de rejouer est immense. Il y va, met le pied, se prépare, entraîne tout le monde dans son sillage. Avec lui, le niveau technique augmente tout de suite. C'est un point d'appui pour tout le monde, surtout pour les jeunes. Il sait les rassurer, leur apporter son immense vécu, que ce soit sur le terrain ou dans le travail au quotidien. Même si la situation est délicate, ce n'est pas lui qui aura peur à Genk. Il a mené d'autres combats. Il n'a plus joué en compétition depuis un bon petit bout de temps maintenant mais cela ne lui posera pas de problèmes de sensations ou d'automatismes. Quand on a une telle carte de visite, on s'adapte à toutes les situations. Sao Pinto l'a prouvé contre le Steaua Bucarest : lui aussi n'avait plus pris part à un match de compétition depuis des mois et cela ne l'a pas empêché de rudoyer les Roumains. Avec Sergio Conceiçao, je suis persuadé que le Steaua n'aurait jamais égalisé : le Standard serait même allé chercher le 3-1 qu'il méritait. Genk sait tout cela : les Limbourgeois préféreraient que notre capitaine ne soit pas de la partie. Je les comprends "... Michel Preud'homme partage le même avis qu'Eric Deflandre à propos du Leader Maximo liégeois. Le Standard avait besoin plus que jamais de son Fidel Castro afin de réussir sa révolution. Le directeur technique du Standard attend donc son retour avec impatience. " Il n'est pas question de crise chez nous ", avance- t-il. " Le Standard n'a pas eu le zeste de chance dont Anderlecht a bénéficié lors de ses deux premiers matches de championnat. Sans le superbe Daniel Zitka, les Bruxellois n'auraient pas six points dans leur besace. Et nous, avec un effectif au complet, notre récolte aurait été intéressante. Je maintiens que le Standard a bien travaillé en été dans le respect de sa doctrine budgétaire. Si nous n'avions pas été privés de trois titulaires, le discours des observateurs aurait été très différent avant notre déplacement à Genk. Le Standard ne peut pas se passer avec le sourire d' Onyewu, de Conceiçao et de De Camargo. Cela nous prive de beaucoup de métier, de poids et de présence dans les trois lignes. Avec leur apport, tout le travail d'intégration et de recherche d'une nouvelle philosophie aurait été plus facile. Cela nous a fait perdre du temps, c'est évident, mais il y a un fait que je regrette encore plus : l'extension de la suspension de Sergio Conceiçao aux matches amicaux et européens. Si je ne conteste pas la sanction et son application sur le théâtre de la D1 belge, je comprends moins l'interdiction de jouer en Coupe d'Europe. Les faits qui lui ont été reprochés ont eu un impact en Belgique, pas ailleurs. On nous prive ainsi d'une partie de notre arsenal offensif et c'est important car je souhaite que le Standard améliore le coefficient européen des clubs belges. Cela dit, Sergio Conceiçao sera à la hauteur de son talent ". En 2004-2005, Genk ne lui avait pas porté chance. Après avoir raté un penalty à Ostende lors de la 34e et dernière journée de la saison, Conceiçao obligea le Standard a disputer deux tests-matches pour l'obtention d'une place en Coupe de l'UEFA. Génial mais exclu à Sclessin, il fut interdit de match retour dans le Limbourg. Sans lui, le Standard sombra corps et âme dans la tempête qui s'empara du Fenixstadion. Si son apport est considérable à tous points de vue, ses absences ont toujours coûté cher à son club : un billet pour l'UEFA, probablement le titre la saison passée, un début de campagne difficile cette fois. Conceiçao se retrouve comme d'autres, et même plus qu'eux si on songe à son talent et à sa personnalité, face à ses responsabilités. Jeudi passé, un petit incident l'opposa à Michel Renquin et à Siramana Dembele. C'est une broutille : lors d'un petit match, le T2 liégeois accorda un penalty à une des deux équipes. Le Leader Maximo contesta l'endroit où devait être posé le ballon. La discussion fut vive et, énervé, Michel Renquin quitta le terrain d'entraînement avant de rentrer au vestiaire alors que certains joueurs l'imploraient de changer d'avis. Il en avait soupé de ces gamineries et cela pouvait se comprendre. Renquin et Conceiçao se sont expliqués devant Luciano D'Onofrio. Mêmes si ce fut bénin, la haute direction se pencha sur le problème. Dembele fut mêlé à ce moment chaud sans être dramatique mais a précisé : " Je me suis interposé entre Michel Renquin et Sergio Conceiçao, rien de plus ". Vingt-quatre heures plus tard, il n'y avait plus un seul petit nuage gris dans le ciel rouche. " Non, je n'accorde pas d'importance à ce qui s'est passé entre nous ", affirme Renquin. " C'est réglé et ce n'est pas du tout cela qui importe ou qui prime. Mais l'essentiel est de mesurer l'impact que cela a auprès des autres. J'ai rarement vu un joueur aussi doué que Sergio. A plus d'un égard, il me fait penser à David Beckham ou à Cristiano Ronaldo, c'est dire ce qu'il représente pour un club comme le nôtre. Il doit mesurer son énorme influence sur le groupe quand tout va bien mais également, et même surtout, si cela rigole moins. Sergio Conceiçao est tellement doué et dominant que son message et son attitude doivent être positifs et entraînants en cas de pépins. Il a envie, est motivé, a soigné ses genoux, a respecté des séances de travail différencié afin d'être prêt au bon moment ". " L'absence de compétition constitue toujours un problème. On peut dire tout ce qu'on veut mais un entraînement ne remplacera jamais un match de compétition. En Formule 1, les bolides foncent lors des essais mais c'est lors des GP qu'on voit ce que les champions et leurs voitures ont dans le ventre. Sergio Conceiçao aura donc un manque d'octane quand il allumera son moteur mais il compensera par sa classe. C'est un joueur qui peut déchirer une défense. Il multiplie les atouts techniques, cela se voit à l'entraînement et c'est un plus considérable sur un terrain de football. Quand Sergio Conceiçao et Milan Rapaic prennent le dessus sur leur aile, cela signifie que la défense et la ligne médiane de notre opposant reculent, ne mettent plus la pression chez nous, ce qui était un de nos problèmes. Offensivement, l'apport de notre capitaine sera important. Nous avons pour le moment un 4-4-2 modulable avec un attaquant qui peut décrocher, chercher des relais avec la ligne médiane comme Sao Ponto l'a très bien fait contre le Steaua Bucarest. Sergio Conceiçao est indispensable mais on peut en dire autant, dans un autre registre, pour d'autres absents comme Onyewu et De Camargo ". " Le Standard n'est pas en crise. Nous sommes des compétiteurs. La gagne est au centre de nos préoccupations. Je ne veux pas entrer dans les détails mais différents paramètres ont fait que nous n'étions pas prêts. Les paramètres n'étaient pas complets. Mais nous avons déjà parcouru beaucoup de chemin et Sergio Conceiçao nous aidera à avancer très loin ". A Genk, le Standard négociera un virage très important. En cas de dérapage, les rumeurs d'économie de budget et d'intérêt de la famille Bayat pour les eaux pétillantes de Sclessin animeront les conversations. Michel Preud'homme n'a en tout cas jamais entendu parler de cette dernière rumeur. PIERRE BILIC