Il y a des carrières qui se construisent sans fausses notes et puis, il y en a qui tiennent du miracle et dont le démarrage est particulièrement poussif. Comme celle de l'actuel meilleur buteur de Ligue 1, le Sénégalais Mamadou Niang, qui a signé récemment contre Nancy le premier triplé de sa carrière.
...

Il y a des carrières qui se construisent sans fausses notes et puis, il y en a qui tiennent du miracle et dont le démarrage est particulièrement poussif. Comme celle de l'actuel meilleur buteur de Ligue 1, le Sénégalais Mamadou Niang, qui a signé récemment contre Nancy le premier triplé de sa carrière. A 30 ans, il atteint la plénitude, lui dont Marseille ne sait plus se passer, au point d'en faire son capitaine. Lui, dont les analystes du championnat hexagonal disent qu'il est le meilleur attaquant de L1 depuis au moins quatre saisons. Une gageure de tenir le haut du pavé si longtemps dans une ville passionnée comme Marseille, qui essore et étouffe ses vedettes en les aimant trop. " Il marque énormément de buts en comparaison avec le nombre de matches qu'il dispute ", a récemment lancé son entraîneur Didier Deschamps. " C'est une valeur forte de l'équipe. Il a toujours été très efficace depuis quatre ou cinq ans. " Depuis qu'il a débarqué à l'OM, les statistiques parlent pour lui. Chaque saison, Niang marque plus de dix buts depuis 2004-2005, lorsqu'il évoluait encore à Strasbourg. Avec 98 buts, Niang est le buteur le plus prolifique de Ligue 1 encore en activité. Et de loin. Cette saison, Niang, c'est 14 buts en 20 matches de championnat. C'est bien simple, à chaque fois qu'il marque, Marseille l'emporte. Pourtant, son parcours est loin d'avoir toujours été aussi rose. Comme lors de sa première saison marseillaise lorsqu'il était raillé pour son inefficacité et sa maladresse devant le but. Cette saison-là, on lui préféra même Michaël Pagis et Toifilou Maoulida, les recrues du mercato hivernal. Et comme lors de ses débuts dans le foot, au centre de formation du Havre, la ville dont il est originaire et où ses parents habitent encore. Viré pour vol ! " On m'a vraiment fait passer pour quelqu'un que je ne suis pas ; pour un voyou ", s'est-il confié quelques années plus tard à La Provence. " Même si on ne m'a pas tenu de propos racistes, je sais que l'on m'a collé ce soi-disant vol sous prétexte que je suis black et que je venais du quartier le plus chaud de la ville. Du coup, j'étais quelqu'un qui avait besoin de voler et de foutre le bordel. " Lui le gosse des immeubles du quartier Caucriauville se retrouvait de nouveau dans la rue. A jouer avec ses potes le dimanche matin et à travailler en semaine comme magasinier dans un supermarché. " Cela me suffisait. Le foot n'était pas une priorité pour moi. Je n'imaginais pas alors que ce serait ma vie ", affirme-t-il aujourd'hui. Jusqu'à ce qu'un entraîneur du HAC passé à Troyes le récupère et l'envoie jouer en Division d'Honneur Régionale, à Saint-André-les-Vergers, dans l'Aube avec la promesse de l'intégrer au centre de formation de Troyes en cas de réussite. Promesse tenue. L'aventure professionnelle pouvait commencer à 20 ans, sous la houlette d' Alain Perrin, jeune entraîneur de Troyes. " Au début, à Troyes, c'était un vrai calvaire. Physiquement, j'étais à la rue. " Difficile à croire quand on voit la belle bête que c'est devenu. Depuis, la courbe est ascendante. Metz, avec Jean Fernandez comme entraîneur, dans un duo d'attaque de feu avec le Togolais Emmanuel Adebayor. Une saison plus tard, ce fut Strasbourg où en l'espace de deux ans, il claqua 21 buts. En 2005, arriva enfin la consécration. Marseille (où il retrouve Fernandez) pour 7 millions d'euros. Pourtant, difficile d'oublier les années galères. " Je ne serais peut-être pas aussi combattif si je n'avais pas connu cela. "A Marseille, il polit chaque saison son statut de vedette locale. Et même quand on doute de lui, comme lors de sa fracture de l'orteil, ou lorsqu'on lui mit Djibril Cissédans les pattes, il fait front. Aujourd'hui, il côtoie les rappeurs comme Sefyu, une ancienne jeune promesse d'Arsenal, dans le clip duquel il a fait une apparition. " Pour moi, Mamadou en quatre mots, c'est corrosif, déterminant, persévérant et sénégalo ", lança d'ailleurs le rappeur dans une émission de télévision. On ne pouvait pas mieux décrire sa carrière. par stéphane vande velde - photo: reporters