Le quotidien du Royal Mouscron Péruwelz fait un peu penser à celui d'Anzhi Makhachkala à l'époque où Mehdi Carcela y jouait. Tout se fait avec des expats, on s'entraîne ailleurs et - logiquement - la population locale n'adhère pas au projet. Les joueurs d'Anzhi bossaient en semaine autour de Moscou et ne rentraient dans leur territoire hostile que pour y disputer les matches. Quand ils montaient sur leur terrain, ils étaient considérés comme des étrangers. Même topo à Mouscron. Le noyau s'entraîne presque tous les jours à Luchin, le centre d'entraînement de Lille. Et quand ils se produisent au Canonnier, ils sont régulièrement accueillis par des cris " Anti-Lille " ou " Ici, c'est Mouscron ".
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Le quotidien du Royal Mouscron Péruwelz fait un peu penser à celui d'Anzhi Makhachkala à l'époque où Mehdi Carcela y jouait. Tout se fait avec des expats, on s'entraîne ailleurs et - logiquement - la population locale n'adhère pas au projet. Les joueurs d'Anzhi bossaient en semaine autour de Moscou et ne rentraient dans leur territoire hostile que pour y disputer les matches. Quand ils montaient sur leur terrain, ils étaient considérés comme des étrangers. Même topo à Mouscron. Le noyau s'entraîne presque tous les jours à Luchin, le centre d'entraînement de Lille. Et quand ils se produisent au Canonnier, ils sont régulièrement accueillis par des cris " Anti-Lille " ou " Ici, c'est Mouscron ". Cette froideur du public et la politique sportive entièrement dictée par l'actionnaire lillois sont des constantes depuis que le LOSC a acheté le club. On se souvient de l'euphorie de la première montée en D1 de Mouscron, dans les années 90. Avec plusieurs gars de la région dans l'équipe type. C'est simple : tout le monde était content, et pas seulement dans le Hainaut. Aujourd'hui, la situation est complètement différente. Le RMP a émergé à la surprise générale du tour final de D2 mais il fallait voir les journaux du lendemain. Partout, et encore plus en Flandre qu'en Wallonie, cette promotion a été accueillie avec un scepticisme énorme. On a l'impression que les médias auraient encore préféré un succès du projet qatari d'Eupen. Pourquoi ce rejet ? Et comment cela va-t-il se passer ? Quelles réponses concrètes aux nombreuses interrogations à régler dans les prochaines semaines ? Analyse. La grand patron du RMP ? Michel Seydoux, le boss (en partance) du LOSC. Il y a bien le président Edward Van Daele, mais tout le monde le sait au Canonnier : il n'a vraiment pas grand-chose à dire. Le directeur sportif ? François Vitali, responsable de la formation au LOSC. Le coach depuis le début de l'année ? Rachid Chihab, ex-coach des U19 et de l'équipe B de Lille - où il a quand même formé Eden Hazard et Divock Origi. Le noyau ? Pas moins de 14 joueurs français, dont six sont prêtés par le LOSC. Les Belges dans l'histoire, c'est anecdotique. Il y en avait cinq dans le groupe cette saison, et seulement deux titulaires réguliers : Vincent Provoost et Jérémy Huyghebaert. Et donc, ça ne plaît pas du tout au public mouscronnois. Pour le match de la montée à Saint-Trond, moins de 300 supporters avaient fait le déplacement. Soit 30 fois plus que pour le duel hyper-important à Eupen : on n'en comptait qu'une dizaine. Pas étonnant quand on sait que l'assistance lors des matches à domicile est souvent comprise entre 1.000 et 1.500 personnes. Il y en aura plus en D1 mais on sait déjà que le Canonnier n'attirera pas autant de public qu'avant la faillite, quand il y avait un vrai ancrage local. Le danger guette : Seydoux, président à Lille depuis dix ans, a annoncé officiellement qu'il souhaitait se retirer. Son club est à vendre. Des investisseurs d'Abu Dhabi et de Chine se sont déjà manifestés mais le club préférerait négocier avec des acteurs locaux. Le prix de la reprise est fixé à une quarantaine de millions mais la presse française a calculé que les repreneurs devraient allonger jusqu'à 70 millions en tenant compte du domaine d'entraînement et de la disposition du nouveau stade. Et rien ne dit que les nouveaux propriétaires seraient toujours intéressés par un partenariat avec le RMP. Dans ce cas, Mouscron serait aussi à remettre et on ne sait pas du tout à quoi ressemblerait l'avenir. Le club serait-il viable en D1 ? Edward Van Daele n'exclut pas un départ des Français et signale qu'il a déjà " réfléchi à un plan B ". Parmi les hommes d'affaires approchés par la direction lilloise, il y a Marc Coucke. Le patron d'Omega Pharma a dépensé 2,5 millions pour prendre le contrôle d'Ostende il y a quelques mois. Il l'a fait à titre privé, ce n'est pas son entreprise qui a investi. Il reconnaît que le projet lillois l'intéresse. Mais il doit respecter les règlements du foot : une même personne ne peut pas diriger deux clubs jouant dans la même compétition. Depuis l'accession du RMP (et donc de Lille) à la D1, il y a un conflit potentiel avec Ostende. Coucke est sûr qu'il peut contourner le problème : " Si j'investis au LOSC, je n'en serai pas le propriétaire mais seulement un actionnaire passif. " On ne compte pas les réactions négatives suite à la victoire dans le tour final. Lu et entendu, pêle-mêle... " On y est. L'Union Belge n'autorise pas les équipes B de clubs de D1 à jouer en D3 ou en Promotion, mais la saison prochaine, notre Pro League va s'enrichir de l'équipe B, voire de l'équipe C du LOSC. " " A Mouscron, on forme des joueurs pour les mettre un jour en équipe Première de Lille, pas pour faire du RMP une valeur sûre de la D1 belge. " " Si, demain, les deux backs droits de Lille sont blessés, on sait déjà où le club viendra chercher un back-up. " " On peut raisonnablement se demander si Mouscron est un enrichissement pour la Pro League version 2014-2015. " " Ce club est à des années-lumière de l'Excelsior Mouscron de Jean-Pierre Detremmerie. " " Le seul lien entre le RMP et la Belgique, c'est la formation d'Eden Hazard sur les terrains d'entraînement de Luchin. " " L'entente entre le RMP et la population mouscronnoise est aussi parfaite qu'entre Bart De Wever et le Parti Socialiste. " Aujourd'hui, on ne sait rien du visage que présentera le club à la reprise des entraînements. Les joueurs prêtés par le LOSC seront-ils toujours là ? Chihab dirigera-t-il toujours l'équipe ? Il affirme qu'il avait reçu une mission ponctuelle pour quelques mois, qu'il l'a menée à bien et qu'il ne connaît pas son avenir. Il dit aussi : " Avec ou sans Lille, le RMP peut survivre parce que la structure est en place. " Tout ne serait-il pas plus simple si Mouscron redevenait Mouscron, avec un patron local ou des entreprises de la région à sa tête ? Continuer à ne miser que sur l'investisseur lillois semble scabreux, dangereux. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS: BELGAIMAGELe LOSC est à vendre. Et donc, le RMP aussi ?