Difficile de trouver endroit plus symbolique que l'avenue Houba de Strooper. Nous sommes à deux pas du siège de l'Union Belge et pas très loin de l'endroit où habite la famille Mboyo. Pris par ses affaires à Kinshasa, le père du néo-international a dû reporter le rendez-vous à deux reprises mais une bonne demi-heure avant l'heure fixée, il nous téléphone pour dire qu'il est déjà sur le parking du Stade Roi Baudouin. " Prenez votre temps, cela me permettra de humer l'atmosphère ", glisse-t-il. " Car mardi, ce sera un grand jour pour toute la famille. "
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Difficile de trouver endroit plus symbolique que l'avenue Houba de Strooper. Nous sommes à deux pas du siège de l'Union Belge et pas très loin de l'endroit où habite la famille Mboyo. Pris par ses affaires à Kinshasa, le père du néo-international a dû reporter le rendez-vous à deux reprises mais une bonne demi-heure avant l'heure fixée, il nous téléphone pour dire qu'il est déjà sur le parking du Stade Roi Baudouin. " Prenez votre temps, cela me permettra de humer l'atmosphère ", glisse-t-il. " Car mardi, ce sera un grand jour pour toute la famille. " Après les salutations d'usage, notre interlocuteur se présente : " Pelé Ilombé Mboyo. Le vrai Pelé, c'est moi ! ", clame-t-il avec un grand sourire et cette voix rauque qui rappelle celle de son plus jeune fils, " Petit Pelé " (l'aîné se prénommant Hervé). Puis, Papa Mboyo nous tend sa carte de visite : chef d'entreprise chez Agemi, une société spécialisée dans les entrepôts, le dédouanement, le transit et le transport routier ou maritime. Mais sa grande passion, c'est le football, répète- t-il avec insistance. " Vous connaissez Roger Van Gool (ex Club Bruges et international) tout de même ? Eh bien, en janvier et février, je l'ai accompagné en stage à Rio de Janeiro, à la tête d'une délégation de 37 joueurs, afin de préparer la Ligue des Champions africaine avec l'AS Vita Club de Kinshasa. Cela m'a coûté 240.000 dollars, payés de ma poche. Vous pouvez vérifier. C'était la deuxième fois que je partais au Brésil avec Van Gool, une légende belge. J'ai tout organisé. Gratuitement. Pourquoi ? Pour le bien de mon club et, à long terme, de tout le football congolais. Je n'y occupe plus de fonction officielle parce que la direction est en train de mettre une toute nouvelle structure en place. Le club sera désormais une société. " Le daron Mboyo semble être très puissant à Kinshasa. Depuis tout petit, il est supporter du club le plus populaire de la capitale. Il en a même été le président. " Kinshasa compte dix millions d'habitants et notre club est à la fois le plus grand et le plus populaire. Nous avons potentiellement sept millions de fans sur septante millions de Congolais. Nos supporters sont des passionnés. Parfois, il y a 40.000 spectateurs à l'entraînement. Je n'ai jamais porté le maillot du Vita Club, j'ai joué à un plus petit échelon mais j'ai toujours aimé ce club. En 1985, alors que je n'avais que 27 ans, je suis devenu président. Nous n'avions pas de sponsors, nous devions pratiquement tout payer nous-mêmes. J'étais le numéro un du club, le héros des supporters. C'était un honneur. J'étais même plus jeune que certains joueurs (il grimace). Deux ans plus tard, nous disputions le derby contre le Daring. Je voulais rester au pays pour ce match tandis que ma famille est venue en vacances en Belgique... où elle s'est finalement installée. En grande partie à cause des conséquences du Clasico perdu... J'avais préféré mettre ma famille à l'abri. Je lui ai donc acheté un appartement à Zellik. " Pelé Mboyo père a également facilité le passage de plusieurs de ses compatriotes sur le sol belge. " Vous savez, c'est grâce à mes connexions que Jean-PaulBoeka Lisasi, Nzelo Lembi et Elos Elonga Ekakia (qui appartenait à Saint-Etienne, un club satellite que j'avais racheté) ont pu venir ici. Même Roger Lukaku, le père de Romelu et Jordan, a failli jouer à l'AS Vita grâce à moi. Il était sous contrat avec le Daring, nous le voulions mais il a opté pour Boom. Un des derniers joueurs de mon club à avoir opté pour la Belgique, c'est Zola Matumona. A l'époque, j'ai veillé personnellement à ce qu'il accompagne l'équipe nationale en stage en Afrique du Sud, alors qu'il n'était pas sélectionné, j'ai même dû aller chercher moi-même son passeport. J'avais beaucoup d'influence. En 2000, les fans du Vita ont organisé des élections. Ils ont réclamé mon retour auprès du gouverneur et des autorités politiques, menaçant de semer la pagaille s'ils n'obtenaient pas satisfaction. C'était Pelé ou personne. " Papa Mboyo n'aime pas qu'on dise qu'il rend des services d'ami au football congolais. " Chez nous, le football n'est toujours pas un business ", dit-il. " Il y a trop de rivalités pour cela et beaucoup de gens ne veulent pas investir dans le sport parce qu'il n'y a pas de structures et que la gestion est mauvaise. C'est le chaos et l'amateurisme. Un jour, avec un autre homme d'affaires et le président de Mazembe, Moïse Katumbi, nous avons voulu convaincre Willy Verhoost et Roger Lambrecht de nous vendre Lokeren. Nous avons beaucoup discuté mais nous n'avons pas trouvé de terrain d'entente. En février de cette année, nous avons jeté notre dévolu sur Eupen. Nous étions très proches d'un accord mais alors que j'étais à Kinshasa, Luciano D'Onofrio a décidé d'injecter un million d'euros dans le club afin de lui permettre d'obtenir sa licence. Nous avons loupé l'occasion mais les plans existent toujours. Pourquoi nous voulons faire cela ? Parce qu'il y a beaucoup de jeunes talents au Congo mais qu'ils ont besoin d'une structure professionnelle pour exprimer leur potentiel. Nous cherchons une solution qui contente tout le monde. Si une occasion se présente, nous n'hésiterons pas à mettre quelque chose sur pied en Belgique. " Petit Pelé est né à Kinshasa mais il n'avait que deux ans lorsqu'il est venu en Belgique. Il a un frère et six s£urs. " Je les ai toujours beaucoup soutenus, même si je n'étais pas toujours présent à cause de mes activités professionnelles ", explique papa Mboyo. " Le sacrifice valait la peine car mes enfants ont eu des moyens et cela a donné de bons résultats. Presque toutes mes filles ont terminé leurs études supérieures et celle qui suit Pelé est actuellement à l'université en Chine. De ce côté-là, tout est parfait. Seul Pelé a été victime de ce que j'appelle " la mauvaise curiosité " lorsqu'il était adolescent, ce qui lui a valu une lourde peine d'emprisonnement. Je n'en dirai pas davantage. Aujourd'hui, je suis un père heureux. "C'est surtout la maturité dont " Petit Pelé " fait preuve depuis qu'il est professionnel (avant La Gantoise, il a joué à Charleroi et à Courtrai) qui frappe son père. " Je suis très fier de lui. Il est rigoureux, poli, honnête et aimable. C'est quelqu'un qui a un grand c£ur. Lorsque mon père est décédé, il m'a offert sa bible. Et j'ai fait de même avec Pelé quand il était encore très jeune. Comme tous mes autres enfants, " Petit Pelé " est très croyant. Cela lui donne beaucoup de force car Dieu va continuer à lui dicter sa voie. En jeunes, à Anderlecht comme au FC Bruges, tout le monde parlait de ses dons magiques. Il n'avait même pas besoin de s'entraîner pour être le meilleur. J'ai toujours su que " Petit Pelé " pourrait faire de cette passion son métier. Zinédine Zidane était son idole et Marseille, son club favori (il éclate de rire). Mais son frère aîné, Hervé, est fan du PSG. A 13 ou 14 ans, " Petit Pelé " a joué un tournoi en France contre le Lyon de Karim Benzema. Il y fut phénoménal et meilleur joueur du tournoi. Marseille et Bordeaux voulaient le transférer immédiatement mais je m'y suis opposé : c'était trop tôt. J'essaye de le conseiller, même si c'est lui qui prend la décision finale. Je ne peux et ne veux en faire davantage, il doit suivre son intuition. Papa Mboyo n'est pas surpris par l'envol sportif de son fils et il s'appuie sur une de ses statistiques. " Il est l'un des attaquants d'origine africaine qui marquent le plus en Europe. " " Je pense qu'il se situe aux alentours de la quinzième place. C'est quand même formidable, c'est un beau cadeau pour toute la Belgique. Avant, Pelé était un garçon timide. Aujourd'hui, il ose élever la voix dans le vestiaire. C'est la preuve qu'il se sent bien. La Gantoise est l'équipe idéale pour lui car elle joue offensivement et Pelé se débrouille à toutes les places. L'été dernier, déjà, des clubs se sont intéressés à lui. Yaya Touré a bien été découvert à Beveren, hein (il grimace). Mais l'équipe nationale, c'est une excellente vitrine et c'est bon pour Pelé car à l'entraînement, il peut observer de grands joueurs. Combien de Diables Rouges évoluent encore en Belgique ? Pelé est sans doute prêt à partir à l'étranger mais il doit encore se montrer patient et soigner ses statistiques car il n'est encore qu'à 75 % de ses possibilités. Il peut et doit être plus efficace devant le but, sans devenir égoïste. Il est de plus en plus opportuniste et je le trouve très curieux -mais cette fois dans le sens positif du terme - pour un sportif de haut niveau. Il n'a plus de manager. Désormais, c'est moi qui défends ses intérêts en accord avec lui. Et c'est mieux comme ça. " PAR THOMAS BRICMONT ET FRÉDÉRIC VANHEULE - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Nous avons voulu convaincre Roger Lambrecht de nous vendre Lokeren. On était aussi proches d'un accord avec Eupen. "" Mon entourage n'a jamais changé et ne changera jamais, que je joue à Zulte Waregem ou au Real Madrid. Je sais d'où je viens et je ne l'oublierai jamais. J'ai parlé de Genk à mes amis, dont Pelé. Ils m'ont dit que ce club pouvait être une bonne solu-tion et j'ai signé. " (Anthony Vanden Borre à Sport/Foot Magazine, le 29 décembre 2010) " Mes amis Mboyo et Mujangi Bia m'ont écrit en prison pour me dire de rester calme. Après 34 jours, j'ai été libéré parce qu'ils n'avaient pas de preuves contre moi. La sensation de pouvoir à nouveau faire ce qu'on veut est unique. Toute cette période fut une fameuse leçon de vie. " (Hervé Kage à Het Nieuwsblad, le 12 juillet 2012). " Mboyo est mon cousin, nous nous voyons souvent. Il a beaucoup évolué au cours des derniers mois. Et il soi-gne ses statistiques. Il a compris qu'un footballeur moderne devait être efficace. " (Geoffrey Mujangi Bia à La Dernière Heure, le 4 décembre 2011).