"J'avais encore trois rêves dans ma vie avant de mourir : le premier consistait à avoir un garçon - c'est fait depuis le mois de septembre -, le deuxième voudrait que ce garçon joue un jour pour le Standard et le troisième, c'était de moi-même y retourner. J'ai un jour fait l'erreur de dire cela à ma compagne. Quelques jours après, elle le marquait sur Facebook. C'était il y a deux mois, et depuis cela a fait le boum. "
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"J'avais encore trois rêves dans ma vie avant de mourir : le premier consistait à avoir un garçon - c'est fait depuis le mois de septembre -, le deuxième voudrait que ce garçon joue un jour pour le Standard et le troisième, c'était de moi-même y retourner. J'ai un jour fait l'erreur de dire cela à ma compagne. Quelques jours après, elle le marquait sur Facebook. C'était il y a deux mois, et depuis cela a fait le boum. " Le boum dont parle Gilbert Bodart, c'est ce qu'on pourrait, en forçant un peu les traits, appeler un buzz. Aujourd'hui, le groupe Facebook appelant au retour de Gilbert Bodart au Standard de Liège réunit quelque 900 membres et ne manque pas de flatter l'individu. " Au début, j'en rigolais, mais cela ne s'arrêtait pas. Moi je n'étais pas un adepte de Facebook, mais chaque jour ma compagne me faisait part de l'ampleur que ça prenait. Elle me disait : " Tu vois, tu dis tous les jours que les gens ne t'aiment pas, mais regarde, c'est ton rêve et les gens te soutiennent. " C'est à ce moment-là que j'ai compris l'importance que je pouvais encore avoir pour certaines personnes. " En deux mois, les échanges s'accélèrent, les nostalgiques se retrouvent, partagent de vieux clichés du jeune Gilbert, et n'oublient pas de saluer l'homme combatif qu'il a toujours été. Bref, une véritable ode à l'égotrip où s'entremêlent les lamentations sur le manque d'âme actuel du club principautaire et les bienfaits qu'un Gilbert Bodart pourrait apporter à un club qui déplore l'absence de vraies personnalités en son sein. Une flopée de commentaires qui ne va pas tarder à redonner le sourire à l'ancien portier du Standard. " Je crois que c'est extraordinaire, non ? C'est la preuve que ma popularité n'a pas baissé. Et que j'ai laissé une trace dans le coeur des gens. " Ces témoignages d'amour, Gilbert Bodart les attendait manifestement depuis bien trop longtemps. À croire que quand il s'est finalement décidé à confier ses derniers fantasmes à madame, il ne s'agissait donc pas d'une énième erreur de communication. Non, Gilbert Bodart aime encore le Standard, et il voulait manifestement que cela se sache. Et tant pis s'il a fallu attendre que sa compagne elle-même prenne les choses en main, pour qu'il ait enfin droit à revivre la sensation grisante d'être attendu quelque part. Vingt ans après, l'ancien international, devenu entraîneur de seconde zone avec le temps, aurait presque l'impression de replonger au milieu des nineties, en pleine gloire, mais avec les réseaux sociaux en plus. " Chaque jour, j'ai minimum 75 ou 100 commentaires de gens qui viennent vers moi via mon compte personnel. Je prends toujours, et, quel que soit l'heure, le temps de répondre. " Parce que Gilbert est comme cela. Proche des gens, depuis toujours et sans doute pour l'éternité. Lui-même en est convaincu et bat le rappel si nécessaire. " Vous en connaissez beaucoup vous des gens qui ont joué 25 ans dans le même club ? Et puis, dans tous mes clubs, j'ai toujours eu une aura particulière. Je souhaite cela à tout le monde. Être l'homme des supporters, c'est vraiment grisant. " Fier de pouvoir compter sur ce noyau d'irréductibles, Gilbert Bodart semble pourtant tout aussi conscient d'être encore bien loin d'un strapontin d'entraîneur principal en division 1. " Après ce qui m'est arrivé à La Louvière, j'ai reçu un paquet de propositions pour revenir. Mais je ne suis pas prêt. Je ne le serai jamais. Mais le Standard, c'est différent, c'est chez moi. " Revenir, non. Revenir à la maison, oui. " Vous savez, la maison des Rouches est une maison sacrée. C'est difficile d'y entrer, mais on y sort très vite. J'ai vu beaucoup de matches cette année-ci. Dans tous ces matchs, je ne me suis jamais amusé. À part en Grèce, contre le Pana (victoire 1-2 du Standard, ndlr). Le problème, c'est qu'il n'y a pas de plaisir et un vrai manque d'envie. C'est pour ça qu'on pense à moi, c'est ce que je représente. " La grinta, voilà donc ce que Gilbert Bodart aimerait tant apporter au Standard. Un franc-parler, de l'envie, beaucoup d'envie même, le parallèle presque insidieux avec Marc Wilmots était trop tentant pour éviter que les comparaisons fusent sur la toile. Mais là encore, comme ses fans, Bodart joue le jeu et accepte le rapprochement. " Marc et moi, au niveau caractère, c'est la même chose. On est des battants, et on n'a peur de rien. On ne fait pas l'unanimité, mais on s'en fout. On est francs. " De ce caractère plein et entier, Bodart ne veut rien renier, parce qu'il le sait, c'est aussi cela qui fait son charme. " Quand je suis arrivé à Brescia en Italie, les gens me regardaient bizarrement, mais après 15 jours je parlais italien. Avec un bel accent belge, c'est vrai, mais les gens adoraient ça. Déjà à ce moment-là, je faisais le buzz avec mon accent sur la Rai Uno. Les gens en étaient fans. " Pourtant Bodart le sait, il ne suffira pas de faire le clown devant les caméras de télévision pour que Roland Duchâtelet pense à lui comme successeur de Guy Luzon. " Quelle que soit la direction en place, je serais prêt à donner tout ce que j'ai pour revenir au Standard, c'est le rêve de ma vie. " Un rêve osé, évidemment, très loin d'être gagné, mais un objectif profond dans le processus de reconstruction du bonhomme. " Ma carrière d'entraîneur, il serait temps qu'elle redémarre. Et puis, elle n'est quand même pas si mal, je rappelle que j'ai quand même été champion partout où je suis passé. " À quelques exceptions près, l'homme dit presque vrai. Mais ce n'est pas parce qu'on gonfle légèrement son palmarès qu'on en oublie qu'un groupe à 888 membres ne fait pas de vous un prétendant crédible au poste de T1. " Je me doute que ce ne sont pas des trucs importants pour la direction, mais pour moi c'est important de savoir que je suis encore populaire et que les gens sont derrière moi. Ma femme voulait me montrer que j'avais encore des soutiens, de l'aura. Je crois qu'indirectement je peux la remercier aussi. Moralement, psychologiquement, tout cela me fait du bien. " L'opération retour au Standard n'est pas encore gagnée, mais grâce à Facebook, Gilbert Bodart aura au moins retrouvé le sourire. Et ce n'est déjà pas si mal. PAR MARTIN GRIMBERGHS - PHOTO: BELGAIMAGE" Marc Wilmots et moi, au niveau caractère, c'est la même chose. On est des battants et on n'a peur de rien. "