Ce soir du 7 octobre 1985, le virage de l'E19, qui s'appelle encore E10 à l'époque, à Rumst, est fatal à Ludo Coeck. Ce jour-là, le joueur crashe sa BMW bleue alors qu'il se rend de son appartement de Berchem chez son kiné à Louvain.
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Ce soir du 7 octobre 1985, le virage de l'E19, qui s'appelle encore E10 à l'époque, à Rumst, est fatal à Ludo Coeck. Ce jour-là, le joueur crashe sa BMW bleue alors qu'il se rend de son appartement de Berchem chez son kiné à Louvain. Au moment de ce décès brutal, Coeck vient d'avoir trente ans et entame une énième rééducation. Durant toute sa carrière, le Diable rouge alternera en effet les moments de gloire - un but de classe internationale au Mondial 1982 et trois Coupes d'Europe avec Anderlecht - et de multiples blessures. Cinq opérations à la cheville lui vaudront de nombreuses revalidations et mettront également un terme prématuré à sa carrière. L'Inter, son dernier club, finira même par le prêter à Ascoli, sans qu'il parvienne à retrouver le terrain. Coeck touche son premier ballon à neuf ans, à Berchem Sport. Ses copains le charrient à propos de son père, qui est agent de police. À seize ans, il est sur le banc quand à la mi-temps d'un match contre le FC Beringen, RikCoppens veut effectuer un remplacement. Coeck tourne le regard vers un joueur plus âgé, mais Coppens lui dit: "Allez, Lu, va t'échauffer." Effaré, Coeck n'en inscrira pas moins un but. Quelques mois plus tard, il se retrouve à Anderlecht. Feu le président ConstantVandenStock veut lui offrir un salaire de 10.000 francs par mois (250 euros) alors qu'il fréquente encore les bancs de l'école. Il ne doit s'entraîner qu'une fois par semaine avec le Mauves et Constant promet de lui envoyer un chauffeur. Le père Coeck essaye de convaincre Berchem: "Donnez-lui 5.000 francs et il reste." Mais Berchem a besoin de l'argent bruxellois. À son arrivée à Anderlecht, Coeck est censé devenir le successeur de PaulVanHimst, mais il n'est pas encore prêt. Jusqu'alors, il ne s'entraînait que deux fois par semaine et durant la préparation, il a du mal avec le rythme de deux entraînements par jour. Il transite par la réserve, puis le 26 novembre 1972, il est repris contre le Standard et s'érige comme l'une des sensations du match. Coeck a l'étoffe d'un footballeur élégant, fin technicien, qui distille de longues passes soignées, mais il possède également une frappe très sèche. On le surnomme donc également Ludo Boum. Le goal qu'il marque sous le maillot des Diables à la Coupe du monde 1982, contre le Salvador, restera longtemps dans les mémoires. Pourtant, ses malheurs commencent bien plus tôt. Durant sa première finale de Coupe d'Europe, en 1976 contre West Ham, TrevorBrooking lui donne un violent coup sur la cheville. Il doit quitter le terrain après une demi-heure. C'est le début de la fin. Au début des années 80, TomislavIvic, l'entraîneur des Mauves, juge que ses meilleurs éléments doivent évoluer en défense et il positionne Coeck en tant que libéro, contre son gré. En 1983, au terme d'un été agité, il met le cap sur l'Inter. Sport 80, le prédécesseur de votre magazine préféré, lui rend visite dans son appartement de la Via Etna, dans le centre-ville milanais. Il propose de se rendre chez EricGerets, son coéquipier en équipe nationale, qui vient d'être transféré chez son rival, l'AC Milan. Coeck conduit donc les journalistes à la villa de Gerets, à Olginasio di Besozzo, où tout le monde passe un magnifique moment. Cet après-midi-là, le rire si caractéristique de Coeck résonne souvent. Pourtant, il met du temps à se faire à l'Italie. Ses coéquipiers, qui consomment du vin pendant leur repas, le surnomment Ludo birro, parce que lui ne boit que de la bière. Ni l'un ni l'autre n'auront une longue carrière dans la Botte. Gerets est renvoyé, suite à la suspension qui lui a été infligée à cause du scandale Standard-Waterschei et à l'Inter, le médian allemand HansiMüller ne passe pas souvent le ballon à Coeck, qui ne tarde de toute façon pas à se retrouver une fois de plus à l'hôpital à cause de sa cheville. Quand les Nerazzurri se décident à se débarrasser de lui, il met tout en oeuvre pour revenir. En octobre 1984, Coeck emmène un journaliste de ce magazine aux Pays-Bas, où il consulte une voyante. Celle-ci le met en garde contre les accidents de voiture. En décembre 1984, il subit une cinquième opération et dans sa dernière interview, en mai 1985, il avoue qu'il redoute que cette ultime rééducation ne serve à rien. "Or, une revalidation est beaucoup plus dure que l'entraînement." Après son accident, l'ancien Anderlechtois reste deux jours dans le coma avant de décéder le 9 octobre à l'hôpital d'Edegem. Les jeunes footballeurs anversois le connaissent un peu: il a donné son nom au stade de Berchem Sport, son premier club.