Dans les cours de récrétation, et sur les terrasses des cafés, on chantait a tue-tête, durant l'été '82 un hymne à la gloire d' ErwinVandenbergh. Le but qu'il a inscrit lors du match d'ouverture de la Coupe du monde 1982 en Espagne est resté l'un des plus célèbres de l'histoire du football belge. Il a fait l'objet de documentaires. On l'a revu à satiété.
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Dans les cours de récrétation, et sur les terrasses des cafés, on chantait a tue-tête, durant l'été '82 un hymne à la gloire d' ErwinVandenbergh. Le but qu'il a inscrit lors du match d'ouverture de la Coupe du monde 1982 en Espagne est resté l'un des plus célèbres de l'histoire du football belge. Il a fait l'objet de documentaires. On l'a revu à satiété. Flash-back. Camp Nou, Barcelone. La Belgique a l'honneur d'ouvrir le bal de la Coupe du monde 1982 en affrontant le tenant du titre, l'Argentine de Diego Maradona. On ne donne pas l'ombre d'une chance aux Diables Rouges. Mais ceux-ci jouent de façon organisée et spéculent sur le contre. En deuxième mi-temps, Frankie Vercauteren reçoit le ballon dans le couloir, dix mètres dans la moitié de terrain adverse. Du pied gauche, il envoie l'un de ses célèbres centres-banane, en direction d'un Vandenbergh libre de tout marquage. Contrôle de la poitrine. Le ballon rebondit au-dessus de sa tête. Va-t-il le reprendre du front ? Va-t-il tirer ? Va-t-il essayer de contourner le gardien ? Ce dernier, UbaldoFillol, hésite. Il fait quelques pas, puis s'arrête. L'hésitation de Fillol permet à Vandenbergh de laisser rebondir le ballon, avant de l'expédier de l'extérieur du droit dans le coin du but. La Belgique bat le champion du monde 1-0. Dans son salon, à Ramsel, Vandenbergh se remémore ces beaux moments. Nous feuilletons le premier numéro de l'année 2019 de Sport/Foot Magazine, où un Top 50 des meilleurs footballeurs belges de l'histoire a été établi. Vandenbergh y figure en 26e position, entre Ludo Coeck et Wilfried Puis, deux collègues qui n'ont pas eu la chance de fêter leurs 60 ans. Ni même, hélas, leurs 40 ans. Son regard est attiré par Raoul Lambert. " J'ai encore joué contre lui. " Avec le Lierse contre Bruges, lui demandons-nous. " Non, ici, avec Ramsel. " Ramsel, c'est un peu la patrie de Vandenbergh. Il n'en faut pas plus pour lancer la conversation. Les anecdotes sur sa carrière se succèdent. L'ancien footballeur, autrefois plutôt introverti, se montre particulièrement loquace, et commence par évoquer ce match d'anthologie : KFC Ramsel contre le Club Bruges (1-3) en 32e de finale de la Coupe de Belgique 1975. Ramsel est aujourd'hui descendu en 4e Provinciale. Dans les années '70, les Rouge et Blanc jouaient aussi en 4e division, mais la 4e Nationale : la Promotion, comme on l'appelait à l'époque. Les infrastructures n'étaient pas top, ce qui n'était pas au goût de l'entraîneur brugeois, Ernst Happel. " Derrière le terrain principal, il y avait une petite plaine sur laquelle nous nous entraînions. Il y avait quelques brins d'herbe, et des buts. Pas plus. Avant un match, nous nous échauffions sur cette petite plaine, afin d'épargner le terrain principal, qui était en relativement bon état. 'Pas question', s'est plaint Happel, 'nous voulons nous échauffer sur le terrain principal.' Personne n'a osé s'y opposer. " Que Vandenbergh ait commencé sa carrière à Ramsel semble une évidence. Et pourtant... " J'allais à l'école à Ourodenberg et je voulais jouer là-bas, avec mes amis. Mais Ourodenberg, c'est dans la province du Brabant et mon père, qui était laitier, ne livrait pas dans cette zone-là. Il avait son commerce à Ramsel, et donc, il préférait que j'aille jouer là. Je n'en avais pas trop envie, car je ne connaissais personne dans ce club. " La timidité, la peur de l'inconnu : ce seront des caractéristiques qui poursuivront Vandenbergh durant toute sa carrière. Il a préféré attendre et, pendant ce temps, il jouait pendant de longues heures sur un terrain vague près de la maison familiale. " On était toujours une quinzaine sur ce terrain. Nous nous empressions de faire nos devoirs et nous jouions au football jusqu'à la tombée de la nuit. Il arrivait que nous allions dans les bois pour y couper quelques branches et en faire des poteaux de but. Les jeunes d'aujourd'hui ne pourraient pas imaginer. Aujourd'hui, ils s'inscrivent déjà dans un club lorsqu'ils ont fini le biberon. " La rumeur qu'un petit footballeur talentueux s'amuse sur ce terrain vague a vite fait le tour du village. Lorsqu'Erwin a eu 14 ans, son père convie tout de même un responsable du KFC Ramsel à venir jeter un coup d'oeil. Erwin accepte à contrecoeur d'aller passer un test. " Finalement, je ne l'ai pas regretté. C'était un chouette groupe. J'ai signé une carte d'affiliation chez les Cadets. " À partir de là, tout est allé très vite. Si Vandenbergh a mis du temps à s'affilier, l'entraîneur Frans Schellens veut le faire débuter le plus rapidement possible en équipe Première. Il devra attendre le 26 janvier 1975, lorsqu'Erwin fête ses 16 ans. Il restera à Ramsel pendant un an et demi. Durant l'été 1976, il part au Lierse, le club dont il est supporter depuis sa plus tendre enfance. C'est aussi un choix dicté par les circonstances : l'adolescent de 17 ans peut accompagner un équipier de Herselt et un autre de Hulshout en voiture. Deux équipiers qui ont aussi facilité l'entrée de Vandenbergh dans le vestiaire du Lierse. Et pour le match de Réserve du samedi, maman se charge de jouer au chauffeur. Après une demi-saison en Réserve, il effectue ses débuts en équipe Première en montant au jeu contre Charleroi. Son premier ballon atterrit sur le poteau, le deuxième dans le but. La Belgique fait la connaissance d'un insatiable buteur. Erwin Vandenbergh était un attaquant pur sang. Personne n'avait un tel sens de la finition que lui. Une reprise au premier poteau, un ballon perdu au deuxième, un " pointu " entre les jambes de deux défenseurs : VDB était un véritable voleur de buts. On a parfois expliqué qu'il se trouvait toujours à la bonne place, mais lui-même trouve cette explication un peu réductrice. " Comme si je n'avais qu'à attendre que le ballon me parvienne. Au contraire, c'était surtout une question de bouger, de se positionner au bon endroit. " Lorsque l'occasion se présentait, Vandenbergh faisait preuve d'un calme olympien, d'une grande maîtrise de soi et d'une technique exemplaire. Lui-même s'inspirait de son idole de jeunesse, Gerd Müller, et tentait de reproduire les gestes du leader de sa génération, Marco van Basten. S'il fallait le comparer à un joueur actuel, ce serait peut-être Robert Lewandowski. Car Vandenbergh inscrivait aussi des buts plus compliqués. En reprenant un ballon dos au but, en mettant son défenseur dans le vent avant de tromper le gardien. Ou en reprenant un coup de coin, en se libérant subtilement du marquage individuel impitoyable dont il faisait souvent l'objet. Il arrivait qu'il passe inaperçu durant 90 minutes, mais finisse tout de même par marquer dans les arrêts de jeu, en profitant d'une seconde d'inattention de son défenseur. Mais il n'était pas un attaquant qui ne participait pas au jeu - un reproche qui lui a parfois été adressé. Il l'a prouvé à suffisance lorsqu'il a terminé sa carrière à Gand. Mais n'anticipons pas. D'abord, le Lierse. Durant sa quatrième saison chez les Pallieters (1979/80), Vandenbergh a vécu l'un des deux grands moments de sa carrière. Il devient meilleur buteur avec 39 réalisations, ce qui lui offre aussi le Soulier d'Or européen. " Cette année-là, Jan Ceulemans avait aussi beaucoup marqué : 29 buts. À un moment donné, il a même pensé qu'il me rattraperait, il me l'a lui-même confié. C'est alors qu'est arrivé le match contre Hasselt. J'ai inscrit six buts ! Jan s'est alors rendu compte qu'il ne me rejoindrait plus. " La remise du Soulier d'Or européen, récompensant le meilleur buteur de tous les championnats, s'est tenue cette année-là à Paris. La veille, au soir, les lauréats étaient invités à un dîner de gala et à une soirée au Moulin Rouge. L'attaquant de 21 ans a pris le train, avec un délégué du Lierse, mais à l'époque déjà, les chemins de fer accusaient du retard, et les deux hommes ne sont pas arrivés à l'heure au dîner. " Nous devions encore manger, alors que les autres invités avaient terminé et se préparaient à assister à la cérémonie. Nous avions une table près du podium, et comme vous le savez, il y a beaucoup de plumes dans les spectacles du Moulin Rouge. Après cinq minutes, nous avons dû arrêter de manger, car notre assiette était pleine de plumes. Ce sont des anecdotes qui seraient impensables aujourd'hui, mais elles avaient leur charme. " Entre-temps, Vandenbergh est devenu international. Il a fêté sa première sélection en Écosse. Après un début de tournoi qualificatif pour le Championnat d'Europe à moitié raté, les Diables Rouges étaient obligés de s'imposer le 19 décembre 1979 à Hampden Park. " Guy Thys ne semblait plus trop y croire, mais j'ai ouvert la marque après un bon quart d'heure. Après, François Van der Elst a encore trouvé le chemin des filets à deux reprises. Nous avons gagné 1-3 et nous nous sommes qualifiés pour l'EURO 1980 en Italie. On sait ce qu'il en est advenu : nous avons atteint la finale, où Horst Hrubesch nous a crucifiés. " Après ce Championnat d'Europe, la Belgique a encore participé à trois grands tournois. Quatre grands tournois d'affilée : un exploit que la génération actuelle ne pourra égaler qu'en 2020. En ces temps-là, la Belgique a aussi vécu ses heures de gloire. Le football de club traversait aussi une période de haute conjoncture. Anderlecht, Bruges et le Standard jouaient des finales européennes. En 1982, après la Coupe du monde, Vandenbergh a quitté le Lierse pour rejoindre Anderlecht. Il faisait quotidiennement la navette depuis Ramsel, et il y avait en outre le facteur Constant Vanden Stock. " De tous les présidents que j'ai connus ", dit-il, " Constant était le seul avec lequel on pouvait véritablement parler de football. Une forme de confiance s'est directement installée entre nous. Il m'a confié, en faisant référence au transfert raté de Ceulemans : je ne veux plus commettre la même erreur ! " Vandenbergh a débarqué dans une équipe de classe mondiale, comprenant de nombreux internationaux étrangers. " Et ils apportaient réellement une plus-value : Morten Olsen, Luka Peruzovic, Per Frimann, Frank Arnesen, Henrik Andersen, Arnór Gudjohnsen... " Il les cite de mémoire, sans aucun problème. " Et j'oublie encore le meilleur... " Tout amateur de football qui se respecte devine aisément de qui il veut parler. " Juan Lozano ! "L'un des matches qui lui reste en mémoire, est celui disputé à domicile contre la Fiorentina en 1984. Les Mauves ont écrasé l'équipe italienne, qui comptait notamment le Brésilien Sócrates en ses rangs : 6-2. En 1983, Anderlecht remporte la Coupe de l'UEFA, l'ancêtre de l'actuelle Europa League. En 1984, le Sporting se retrouve de nouveau en finale, disputée par match aller et retour, contre Tottenham. On en reste à 1-1, tant au Parc Asttrid qu'à White Hart Lane, et les Mauves s'inclineront aux tirs au but, mais Vandenbergh n'était pas présent lors du match retour. " La veille du match, nous n'avons pas pu nous entraîner dans le stade. Nous avons donc dû nous contenter d'un petit terrain bosselé, avec de l'herbe haute et des buts que nous avons confectionnés avec deux vestes de training. Nous avons joué un petit match, Gudjohnsen a adressé un centre, je me suis élevé, j'ai repris le ballon de la tête et en retombant, crac !Ma cheville. J'ai directement senti que ça n'allait pas. René Vandereycken était furieux : Regardez, avec ce terrain pourri, nous allons peut-être devoir nous passer de notre attaquant, demain ! " Il y a un autre match qu'il n'oubliera jamais, c'est celui contre le Real Madrid, un tour après la Fiorentina. Les Madrilènes ont également fait connaissance avec la puissance offensive des Mauves (3-0). Vandenbergh a ouvert la marque après 55 minutes. Il jouait avec une... fracture du nez. " Une semaine plus tôt, au Beerschot, j'ai sauté dans la mêlée sur un corner et Georges Grün m'a heurté du bras. J'ai saigné abondamment. Après le match, Eddy Merckx m'a conduit en voiture à l'hôpital. Mon nez était en piteux état, mais nous ne voulions pas ébruiter la nouvelle. J'ai joué sans masque contre le Real et nous avons, tant bien que mal, camouflé les taches bleues. Après le match aller, on a quand même décidé de m'opérer. Avec un 3-0, il n'y avait en principe pas péril en la demeure... En principe... J'ai suivi le match retour à la radio, dans mon fauteuil : 6-1. Après coup, on a prétendu qu'un produit avait été ajouté à la nourriture ou au café - le Real avait l'habitude de renverser des situations très compromises. Mais je n'étais pas présent, je ne peux donc pas confirmer. " Tous ces succès n'ont pas altéré la modestie de Vandenbergh. Non pas qu'il manquait d'ambition, mais il n'aimait pas le crier sur tous les toits. Si Anderlecht était une écurie de bolides rugissants à l'époque, Vandenbergh était la Tesla, qui amenait l'équipe à destination sans aucun bruit. Il ne faisait aucune vague. On pouvait le croiser en rue sans le remarquer. Son corps mince et élancé semblait le prédisposer davantage au demi-fond qu'au combat contre des armoires à glace du type Claudio Gentile ou Andoni Goikoetxea. Cela lui a causé quelques soucis en 1986, lorsqu'il a quitté Anderlecht pour rejoindre Lille, après un conflit avec l'entraîneur Arie Haan. Dans le championnat de France, le pays des champions d'Europe 1984, on jouait bien au football, pensait-il. En outre, Lille n'était pas trop éloigné de la maison, cela restait important à ses yeux. " Mais je me suis trompé sur le style de jeu pratiqué dans l'Hexagone. Cette année-là, on avait pris des dispositions pour que les arbitres se montrent plus sévères, mais après un mois, on a dû revenir en arrière, car les cartons jaunes et rouges se distribuaient à la pelle. " Après quatre ans, il revient en Belgique. Il a toujours aussi faim de football, et retrouve René Vandereycken à Gand, où il deviendra meilleur buteur du championnat pour la sixième fois. Une brillante carrière, donc, mais aujourd'hui, après toutes ces années, il en garde un goût de trop peu. Car, au lieu de partir à Lille, il aurait pu signer au Barça. " Je vois encore cet homme de Barcelone discuter à table avec ma mère. Les contacts avaient été établis par l'intermédiaire de Juan. Je me souviens encore précisément de combien je pouvais gagner. " Mais la peur de l'inconnu était trop forte. " J'aurais aimé savoir ce dont j'aurais été capable à Barcelone. " Sa carrière d'entraîneur, par la suite, a été brève. Il aurait aimé devenir entraîneur des attaquants à Anderlecht. Et, comme consultant, il se serait sans doute bien débrouillé. C'est la conviction que nous avons eue après l'avoir entendu parler aujourd'hui. " Mais il n'aurait pas fallu m'expliquer ce que je pouvais dire ou pas. J'aurais simplement dit ce que je pensais. " Mais il n'est pas du genre à prendre son téléphone pour appeler Michael Verschueren ou un responsable d'une chaîne de télévision. Samedi prochain, il fêtera ses 60 ans. Rester en bonne santé, c'est son principal souci. Pour le reste, tout va bien. Il est devenu grand-père, et le différend avec son fils Kevin a été aplani depuis un petit temps. Ce dernier habite d'ailleurs quelques rues plus loin. Ramsel demeure toujours la patrie des Vandenbergh.