"Dépêchez-vous, les enfants ! " Comme tant d'autres supporters de Bruges, ce père attend la fin de l'entraînement avec ses deux fils, pour obtenir un autographe de Ronald Vargas (21 ans). Le petit Vénézuélien prend son temps pour satisfaire tous ses fans. Il n'a que cent mètres à franchir pour rejoindre le vestiaire mais le trajet lui prend un quart d'heure. Il est le dernier à prendre sa douche. Un quart d'heure plus tard, le revoilà pour l'interview mais son gsm sonne. Il s'excuse et décroche : c'est Pedro, son père, en visite en Belgique depuis quelques semaines, qui souhaite entrer. Un homme élégant fait son apparition mais se tient discrètement en retrait pendant l'interview.
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"Dépêchez-vous, les enfants ! " Comme tant d'autres supporters de Bruges, ce père attend la fin de l'entraînement avec ses deux fils, pour obtenir un autographe de Ronald Vargas (21 ans). Le petit Vénézuélien prend son temps pour satisfaire tous ses fans. Il n'a que cent mètres à franchir pour rejoindre le vestiaire mais le trajet lui prend un quart d'heure. Il est le dernier à prendre sa douche. Un quart d'heure plus tard, le revoilà pour l'interview mais son gsm sonne. Il s'excuse et décroche : c'est Pedro, son père, en visite en Belgique depuis quelques semaines, qui souhaite entrer. Un homme élégant fait son apparition mais se tient discrètement en retrait pendant l'interview. Ronald Vargas : C'est incroyable. Je n'en suis que plus motivé. Au FC Caracas, mon club précédent, il y avait du monde à l'entraînement mais jamais autant. Le baseball est plus populaire au Venezuela. Les supporters du Club m'ont conquis. Une merveille. On dirait un immense château médiéval. Et ce calme... C'est différent de Caracas ! Caracas est très grande. Certains quartiers sont dangereux, d'autres pas. Je n'ai jamais eu de problème mais on a volé l'auto d'un ami, une fois. Il ne faut pas montrer ce qu'on a. Si on roule dans une grosse voiture avec une chaîne en or autour du cou, on attire les problèmes. Dans le cas contraire, il ne se passe rien. J'y suis né mais j'ai passé la majeure partie de ma jeunesse à Guatire, une ville de 200.000 âmes, pas très loin de la capitale. A 16 ans, j'ai emménagé dans un appartement à Caracas car j'ai commencé à jouer pour le FC Caracas. Mon père était comptable dans le privé. Il s'occupe un peu de ma carrière. Ma mère Marbelis est informaticienne et est employée à la maison communale de Guatire. On a écrit qu'ils étaient divorcés mais c'est faux. Ils sont unis depuis 27 ans. C'est moi qui les ai séparés : ma mère ne viendra qu'en septembre. J'ai une s£ur, Patricia, de 26 ans, qui vient de donner le jour à un fils, Diego Alejandro. Elle m'envoie des photos par mail. Le représentant du Club m'attendait au mauvais terminal. J'ai donc cherché partout. Heureusement, on m'avait fait parvenir le billet de train à destination de Bruxelles et j'avais déjà effectué le voyage quelques semaines plus tôt, pour les tests médicaux. A mon arrivée à Bruxelles, on m'attendait. L'accueil a été excellent : Michel D'Hooghe parle très bien espagnol et Luc Devroe se débrouille. Dans une semaine, je m'installe dans mon appartement, au centre de Bruges. Quand je jouais en Espoirs du FC Caracas, j'ai été sélectionné en -20 ans du Venezuela. Puis j'ai été repris en équipe fanion de Caracas. De là, j'ai rapidement rejoint l'équipe nationale. Ce sont déjà de bons moments mais j'en ai connus de moins agréables... En effet, durant ma première saison au FC Caracas. Le médecin de l'équipe nationale des Espoirs m'a fait une injection de nandrolone. J'ignorais de quoi il s'agissait. Il m'a dit que c'était pour mon bien. Mais tout s'est bien terminé et c'est une bonne leçon : je ne me laisserai plus surprendre. Quand j'ai effectué mes débuts en équipe A du FC Caracas, j'ai compris que j'avais du talent. Auparavant, j'avais joué au foot en salle et à l'école. A 17 ans, à la fin de mes études, mes parents m'ont placé devant un choix : les études ou le sport. Et comme j'étais mauvais élève, je me suis consacré au football. Mon choix n'était pas évident : le baseball est le sport le plus populaire. Mon père l'a pratiqué et toute ma famille en raffole. Moi, je suis né pour taper dans un ballon de foot. Oui, sans travail, on n'arrive à rien. Si je suis dans un grand club, c'est parce que je l'ai fait jusqu'ici. Je veux continuer à progresser, sans me fixer un terminus. Il faut essayer d'aller le plus loin possible. Comme tout footballeur, je pense, car c'est un des plus grands clubs d'Europe mais je suis déjà dans un club connu. Oui. D'abord, tout le monde ne peut pas dire qu'il a marqué contre le Brésil et en plus, c'était mon premier goal en équipe nationale. Cette victoire a conféré un nouvel élan au football vénézuélien. Le président Hugo Chavez m'a félicité. D'un coup, les gens m'ont reconnu, même ici. Il y a quelques jours, mon père et moi étions à une terrasse à Bruges et un groupe de touristes vénézuéliens m'a adressé la parole. Ils ne savaient pas que j'avais signé au Club Bruges mais ils se souvenaient de mon match en équipe nationale. Non. J'ai reçu d'autres propositions ensuite mais je suis heureux que le Club Bruges se soit intéressé à moi avant ce but. Nous avons tissé un lien de confiance que je n'ai pas eu avec les autres clubs. Luc Devroe, le manager Paul Courant et le scout Dirk De Vriese n'ont jamais laissé planer de doutes. Ils croient en moi. Mais parce que c'est un club plus important ! Il faut placer la barre le plus haut possible. En outre, le Club s'intéressait plus à moi que Gand. Très bien. Le stage à Coxyde a été une chouette expérience. Ensuite, j'ai souffert d'une pubalgie mais je retrouve progressivement ma meilleure forme. Oui, surtout que je n'ai pratiquement pas eu de vacances - une semaine. Cependant, la préparation en Belgique n'est pas aussi dure qu'au Venezuela : avec le FC Caracas, je m'entraînais trois fois par jour. Ici, il n'y a que deux séances quotidiennes. Il y a toujours des aspects à peaufiner. Un footballeur doit essayer d'avoir le registre le plus complet possible. Je pense que je dois avant tout améliorer ma finition. Je dois aussi apprendre à mieux me contrôler sur le terrain. Durant ma dernière saison au FC Caracas, j'ai pris beaucoup de cartes, jaunes et rouges. C'est notamment dû au fait que mes adversaires me tenaient de plus près et avec dureté. C'est l'inconvénient de la popularité. Je ne pense pas à la seule attaque. J'essaie de m'acquitter de mes tâches défensives. En travaillant à la récupération, vous usez plus vite les nerfs de votre concurrent direct, qui cherche à s'imposer davantage. Je comprends que parfois, j'ai pété les plombs. La presse m'a critiqué. C'est une leçon. J'ai mûri et je me contrôle mieux. Oui. Il y a plus de contacts mais la principale différence, c'est que les arbitres belges sont plus prompts à réagir et à protéger les joueurs. C'est une bonne chose pour moi. Oui, mais pas entre quatre yeux puisque nous ne parlons pas la même langue. J'apprends l'anglais, sans pouvoir déjà dire grand-chose. Antolin Alcaraz et Daniel Chavez font office d'interprètes. Ivan Leko aussi. Très bon. Nous avons avant tout un très bon groupe. Cet esprit collectif est capital. Il faut former une grande famille. On ne devient jamais un grand joueur seul. Je compare le football à la guerre : les membres d'une même équipe doivent se battre les uns pour les autres, aller au feu. L'individu passe après le groupe. C'est différent, évidemment ! C'est aussi un groupe mais composé de beaucoup d'individualités. Je suis médian offensif. Peu importe que je joue dans l'axe ou sur les flancs, même si j'ai une légère préférence pour l'aile gauche. Au Venezuela, je jouais souvent dans l'axe, en soutien d'attaque. L'entraîneur a le dernier mot. Je joue où il m'aligne. L'essentiel est de jouer ! Oui, surtout avec Nabil Dirar et Leko. Ils aiment aussi sentir le ballon. Nous nous comprenons. Je l'espère ! J'ai un bon tir. Chaque équipe a besoin d'un joueur de ce genre. Ici, Leko est au sommet de la hiérarchie. Je la respecte, évidemment. Pareille responsabilité n'est pas attribuée à la légère. Je veux être champion puis participer à la Ligue des Champions. Je ne puis exprimer à quel point j'ai envie de la jouer. Cette saison, nous pouvons nous qualifier pour les poules de la Coupe UEFA. Nous devons tout mettre en £uvre pour y arriver. par steve van herpe - photos: reporters