A Charleroi, cela fait douze ans que la famille Bayat occupe la place. Il y a d'abord eu l'oncle, Abbas, sauveur devenu au fil des ans objet de mépris populaire. Il y a eu aussi le neveu, Mogi, directeur général dont la fougue parfois arrogante s'est attaquée à quiconque s'en prenait au Sporting. Lui, s'en est allé vers des cieux plus rémunérateurs. Il y a désormais son frère, Mehdi, présent au club depuis bientôt dix ans (il est arrivé lors de la saison 2002-2003), mais qui, longtemps, est resté bien calé dans l'ombre de Mogi. Depuis le départ du secrétaire général, Pierre-Yves Hendrickx, il a pris du galon, demeurant le dernier élément d'un triumvirat qui a dirigé le club pendant près de huit ans.
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A Charleroi, cela fait douze ans que la famille Bayat occupe la place. Il y a d'abord eu l'oncle, Abbas, sauveur devenu au fil des ans objet de mépris populaire. Il y a eu aussi le neveu, Mogi, directeur général dont la fougue parfois arrogante s'est attaquée à quiconque s'en prenait au Sporting. Lui, s'en est allé vers des cieux plus rémunérateurs. Il y a désormais son frère, Mehdi, présent au club depuis bientôt dix ans (il est arrivé lors de la saison 2002-2003), mais qui, longtemps, est resté bien calé dans l'ombre de Mogi. Depuis le départ du secrétaire général, Pierre-Yves Hendrickx, il a pris du galon, demeurant le dernier élément d'un triumvirat qui a dirigé le club pendant près de huit ans. " Avec mon frère, on s'occupait de tout à deux et Pierre-Yves rangeait le bordel derrière nous ", dit aujourd'hui Mehdi, au four et au moulin depuis la remontée en D1. " Je cours comme un barjo. " Il ne compte plus ses heures : 15 par jour au club entre réunions de sécurité, dîner avec l'un ou l'autre sponsor, coups de téléphones avec les managers et rapport quotidien à l'oncle Abbas, sans l'aval duquel rien ne se fait. Mais qui est vraiment celui que l'on a coutume de considérer comme le plus discret des Bayat ? Comme son frère, Mehdi est né en Iran, le 6 janvier 1979. Le pays est en pleine révolution. La famille Bayat prend alors la direction du sud de la France où la grand-mère maternelle possède une maison, dans les environs de Cannes. C'est là que tout le monde grandit. A 14 ans, ses parents décident de rentrer au pays. Mehdi suit mais se rend vite compte qu'il n'est pas encore prêt pour le pays de ses ancêtres. Retour à Cannes, où il est hébergé et élevé par son frère Mogi. Les frères se chamaillent beaucoup mais c'est à cette époque que se nouent entre eux des liens très forts. Mehdi, adolescent, est considéré comme le rebelle de la famille (image qui évoluera dans le temps puisqu'on a tendance aujourd'hui à le voir comme le plus sage et le plus posé). Un côté un peu artiste, créatif. Un côté play-boy aussi. Chevelure au vent, barbe de trois jours et toujours tiré à quatre épingles. " Il s'en fout des bagnoles mais il a toujours bien aimé s'habiller ", reconnaît Hendrickx. Ce talent créatif, il va le coupler avec un certain sens commercial. Ecole de commerce à Cannes, premier voyage initiatique en Iran (parti 15 jours, il y reste finalement un an), suivi de ses premiers jobs dans des boîtes d'événement, l'un dans le sud de la France, l'autre à Paris (où il rejoint Mogi entré au service de son oncle). Pourtant, son envol, il le prend en 2002 lorsqu'il intègre, en même temps que son frère la direction quotidienne du Sporting de Charleroi, racheté deux ans auparavant par son oncle. Débute alors le règne des M&M's. " Mogi lui a dit qu'il y avait un secteur commercial en lambeaux à reconstruire ", explique Hendrickx. " Il lui a donné les clés et lui a dit : - Va de café en café, de zoning en zoning et ramène des sponsors. C'est ce qu'il a fait. En six mois, il s'est créé tout un réseau commercial. " Mehdi s'affranchit de cette étiquette de " neveu de " et fait ses preuves. Derrière l'image de gigolo que certains lui prêtaient en arrivant, se cache un vrai bosseur. " Il est doué commercialement ", continue Hendrickx. " Il sait gagner la confiance des gens et vendre des projets. "" C'est une machine de guerre ", ajoute Walter Chardon, avec lequel il a collaboré sur l'opération - Le Sporting vous aime en 2008 et qui est par la suite devenu un intime de Mehdi. " C'est quelqu'un qui a le respect des clients avec lesquels il traite. Il croit en son produit, sait faire passer des messages et tenir ses engagements. " Il fidélise les sponsors qui aiment traiter avec ce personnage qui les considère. " Certains ont mis dans leur contrat qu'ils demeureraient sponsor du Sporting tant que Mehdi y était présent !", raconte Hendrickx. Pendant huit ans, Mogi occupe le terrain médiatique, toujours à la limite de la provocation. Le climat entre les dirigeants du Mambourg et les médias se crispent. Mehdi essaie, lui, d'apaiser les tensions. " Les deux frères étaient particulièrement complémentaires ", se souvient Bertrand Laquait, gardien à Charleroi entre 2002 et 2006 et entre 2007 et 2009, aujourd'hui à Evian TG. " D'un côté, il y avait le tempérament fougueux de Mogi, de l'autre le calme de Mehdi. Il y en avait un qui mettait le feu et l'autre qui l'éteignait. " Cette discrétion, Mehdi la cultive. " Passer dans la presse, ça a de bons et de mauvais côtés. Ce n'est pas mon boulot de parler ", dit-il. Certains y voient un signe d'intelligence. Comme s'il prenait ses distances sciemment, effrayé par les critiques virulentes qui se sont abattues sur son frère et son oncle. Quand on l'interroge, il questionne, ne se livre qu'à demi-mots et refuse d'accorder des interviews qui ne portent pas sur le club. " Je joue sur ma discrétion. Cela me permet de naviguer comme je veux le faire ", reconnait-il. Pourtant, depuis près de deux ans, il ne peut plus se blottir dans l'ombre. Son frère a été limogé, dans ce qui a ressemblé à une tragédie familiale. Entre l'oncle et le frère, il s'est senti écartelé. " Alors que Mogi n'a pas peur de dire ce qu'il pense, sans diplomatie, Mehdi cherche la conciliation et veut que les choses se passent dans la bonne humeur. Ce conflit, il en a parlé tous les jours. Il rêve d'ailleurs de réconcilier son oncle et son frère ", raconte Hendrickx. " Il n'aime pas les conflits et a très mal ressenti le divorce entre Mogi et Abbas. Il préfère le compromis et, dans cette affaire, il ne l'a pas trouvé ", explique Chardon. Tiraillé entre les deux, il refuse de choisir. " Là, on touche un côté nébuleux de sa personnalité ", analyse Hendrickx. " D'un côté, il y a les liens du sang très forts entre lui et Mogi. Je rêverais d'avoir une relation fraternelle aussi forte. Mais d'un autre, il y a ce respect de l'autorité et de la hiérarchie familiale. Même s'il est parfaitement conscient de certains disfonctionnements, il ne se révoltera jamais contre son oncle. Il ne l'attaquera jamais publiquement. "Aujourd'hui encore, Mehdi refuse d'évoquer le licenciement de son frère, par pudeur mais également par intelligence. La peur de vexer un des deux camps. " C'est vrai, je ne suis pas un homme de conflit ", reconnait-il. " Pour moi, cela constitue le dernier recours. Je sais aller à la guerre mais tant que possible, je veux l'éviter car chacun y perd des plumes. "Mehdi reste donc à son poste de directeur commercial et partage le boulot vaquant de Mogi avec Hendrickx. En plein naufrage, dans un climat de méfiance permanente entre Abbas et tout le personnel, et alors que le président s'immisce de plus en plus dans la gestion, le duo tient la baraque. Le Sporting descend en D2 mais Mehdi s'étoffe. Son bâton de maréchal, il l'obtient avec le deal de sponsoring conclu avec Belgacom. " Jamais le Sporting n'avait eu un tel sponsor en D1 ", affirme Hendrickx pour remettre le deal en perspective. " On a découvert quelqu'un qui a une longueur d'avance sur les autres ", ajoute Muriel Oostens, responsable du sponsoring sportif pour Belgacom. " Il a un côté visionnaire. Il apporte de nouvelles idées et s'inspire des autres pays. Pour lui, un sponsor s'apparente à un véritable partenaire. Il va penser avec nous à la façon d'attirer de nouveaux clients, à la manière de développer de nouveaux produits. Il est dur en affaire mais reste correct. Pour lui, un euro, c'est un euro et il connait le return sur investissement. " Depuis le départ de Hendrickx, Mehdi porte donc toutes les casquettes. Officiellement, il est toujours directeur commercial. Officieusement, bien plus que cela. " Je n'ai pas besoin de titre pour faire mon job ", se défend-il. " Le respect, je l'acquiers par mon travail. "Depuis son arrivée, il a toujours rempli plus de fonctions que nécessaire. " On ne savait pas très bien quel rôle il avait ", dit Laquait. " On nous l'a présenté comme directeur commercial mais il était très présent à tous les niveaux. "Franck Defays abonde dans le même sens. " Il a toujours été très proche du groupe. Il est même devenu le confident de certains joueurs. Mais si tu lui chiais dans les bottes, tu t'en faisais un ennemi pour la vie. " Ce rôle auprès des joueurs, il l'a surtout occupé à l'époque des Chabaud, Reina, Macquet, Oulmers, Théréau. " Il savait faire la fête avec le groupe ", renchérit Defays. " D'ailleurs, son anniversaire, lors du stage hivernal, ce n'était jamais triste. " Aujourd'hui, alors que son oncle a tout repris en main depuis deux ans, il lui a délégué quelques dossiers, comme les négociations salariales avec les nouveaux joueurs. Pour les transferts, Abbas reste maître à bord. Deux tiers des transferts arrivent par son biais. Mais le tiers restant provient des réseaux de Mehdi. Il ne reste plus qu'à se faire complètement reconnaître comme Mehdi et non plus comme le dernier membre d'une famille honnie par les supporters. " Ce serait bien que les supporters fassent la différence entre son oncle et lui ", dit Oostens. " Les critiques envers la famille lui font mal ", tempère Hendrickx. " Mais c'est le seul de la famille qui passe encore plus ou moins bien auprès des supporters. "PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Mogi et Mehdi étaient complémentaires. D'un côté, il y en avait un qui mettait le feu, de l'autre, un qui l'éteignait. " (Bertand Laquait)