Nous sommes le 14 mai, peu avant minuit : le car des joueurs du Club Bruges pénètre sur l'Olympialaan. Quelques heures plus tôt, les Bleu et Noir ont décroché leur quinzième titre de champion de Belgique sur la pelouse du Standard. Devant le stade, des milliers de fans les attendent pour les escorter vers un podium improvisé au son des incontournables We Are The Champions et You'll Never Walk Alone.
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Nous sommes le 14 mai, peu avant minuit : le car des joueurs du Club Bruges pénètre sur l'Olympialaan. Quelques heures plus tôt, les Bleu et Noir ont décroché leur quinzième titre de champion de Belgique sur la pelouse du Standard. Devant le stade, des milliers de fans les attendent pour les escorter vers un podium improvisé au son des incontournables We Are The Champions et You'll Never Walk Alone.Félicités de toutes part, les héros respirent difficilement. Alors que Ruud Vormer et Ivan Leko brandissent le trophée, Jelle Vossen (29) danse sur les beats du DJ. Au-dessus du podium, on peut lire BluvnGoan, ce qui, en dialecte brugeois, signifie " ne jamais abandonner. " Tout un symbole pour Vossen, souvent considéré comme le troisième choix aux avant-postes. L'attaquant limbourgeois, qui avait manqué une partie de la saison en raison d'une blessure, n'avait été titularisé qu'à onze reprises en quarante matches. C'était beaucoup moins qu'au cours de ses deux premières saisons à Bruges (19 et 30 titularisations). Il avait été sacrifié après la débâcle d'Athènes, lorsque le nouvel entraîneur avait définitivement opté pour un 3-5-2. Leko misait clairement sur un attaquant capable d'aller à la guerre et de garder le ballon - Wesley en l'occurrence- et un petit attaquant rapide et mobile capable d'apporter de la profondeur - Abdoulay Diaby -. Vossen ne le cachait pas : il avait souvent rongé son frein. C'est toutefois lui qui, alors que le Club était en plein doute suite à la défaite contre Anderlecht (1-2), avait ramené l'espoir à Charleroi. Entré à une demi-heure de la fin alors que le marquoir indiquait un but partout, il avait offert un assist à Hans Vanaken avant de faire 1-3 de la tête. C'était son premier but inscrit de plein jeu en championnat après cinq penalties. Une semaine plus tard, c'était encore lui qui avait égalisé à Sclessin, peu avant la mi-temps. Un but qui allait s'avérer décisif dans la lutte pour le titre. Un attaquant qui marque peu se sent seul, c'est bien connu. La saison dernière, toutes compétitions confondues, Vossen n'a inscrit que neuf buts, soit la moitié de la saison précédente. Au cours de sa première saison au Jan Breydelstadion (2015/2016), le Limbourgeois avait conquis les coeurs en faisant trembler les filets à 16 reprises même si, dans le 4-3-3 de Michel Preud'homme, il avait entamé plus de la moitié des matches sur le banc. Il avait atterri à Bruges après une courte aventure à Burnley et, dès son premier entretien avec le Liégeois, il s'était entendu dire qu'il était " un cas difficile " : il n'était ni un attaquant de pointe, ni un médian mais plutôt un deuxième attaquant qui, en perte de balle, devait empêcher le médian défensif adverse de monter et qui, en possession de balle, devait s'infiltrer. Mais comme Preud'homme jouait en 4-3-3, il y avait un problème. L'entraîneur avait donc tranché : Vossen devrait se concentrer sur la place d'attaquant de pointe, même si Diaby avait une longueur d'avance. Michel Preud'homme avait constaté qu'après son prêt à Middlesbrough, en D2 anglaise, Vossen avait changé. Il n'attendait plus que l'attaquant ait créé des espaces pour frapper comme il le faisait à Genk mais cherchait désormais lui aussi la profondeur. " En Angleterre, j'ai affronté des armoires à glace, il a fallu que j'apprenne à utiliser mon corps autrement. Cette compétition a fait de moi un joueur plus expérimenté et plus malin ", dit-il. La saison suivante, Preud'homme avait inversé les rôles et le Limbourgeois l'avait remercié en inscrivant 18 buts et délivrant 8 assists. Sous la direction du nouveau T1, il poursuivait sur sa lancée au cours des quatre premiers matches de championnat en 4-3-3 (un assist et 3 penalties) mais la nouvelle occupation de terrain et la percée de Wesley faisaient en sorte qu'il livrait sa " moins bonne saison " depuis ses débuts à Genk en novembre 2006. Vossen n'a toutefois jamais songé à partir. Son bilan après trois ans n'est pas mauvais : deux titres avec le Club Bruges, bientôt une nouvelle participation à la Ligue des Champions et la sensation de pouvoir être important même dans les moments difficiles sur le plan mental. Il a inscrit 46 buts, soit plus que Diaby (36) et Wesley (24). Ivan Leko a retenu les leçons de la préparation de la saison dernière, lorsqu'il avait gardé dans le noyau et même aligné quelques joueurs qui voulaient partir, dont Björn Engels. Cette fois, il a d'emblée sacrifié ceux qui voulaient absolument partir, comme Anthony Limbombe et Diaby. Une bonne chose pour Vossen, chargé de tourner autour de Wesley. Lors du match d'ouverture face à Eupen, le Brésilien a inscrit deux buts et Vossen trois - dont deux sur penalty. A Mouscron, l'attaquant de Bilzen aurait pu soigner ses statistiques mais après le coup de coude de Wesley, Bruges a joué à dix et s'est contenté de défendre. Il s'est présenté deux fois seul devant Olivier Werner mais a loupé ces occasions. Personne n'en a parlé car Bruges a gagné. Par contre, au Club, on se demande ce qui va se passer lorsque Wesley sera suspendu. Ce n'est pas évident car, au sein du noyau, personne n'a le profil du Brésilien. Emmanuel Dennis semblait être son remplaçant tout désigné. La saison dernière, il a inscrit cinq buts au cours de ses cinq premiers matches mais par la suite, on ne l'a plus beaucoup vu. De plus, Leko aime que le ballon circule vite et que ses joueurs plongent dans les espaces. Siebe Schrijvers (22), a donc été préféré à Dennis (20) et au jeune Loïs Openda (18). Le Limbourgeois convient à la philosophie de Leko : il se déplace intelligemment, marque facilement, est polyvalent et n'hésite pas à courir pour prêter main forte à un équipier. Parfois trop, même, si on ose dire. Contre Courtrai, Leko avait inversé les rôles - Vossen en pointe, Schrijvers dans son dos - mais ce match n'est pas une référence car c'était 2-0 après huit minutes grâce à deux buts d' Arnaut Danjuma : un sur un assist de Mats Rits, l'homme du match, et un sur une passe de Vossen qui n'a cessé de rappeler à ses équipiers qu'ils devaient jouer au sol : il mesure 1,80 m, pas 1,91 m. comme Wesley... Schrijvers a beaucoup décroché mais, après la pause, il a profité des espaces et a fait 3-0 sur une action individuelle. Après 80 minutes, Vossen est sorti sous les applaudissements. Epuisé, comme toujours. Le coach lui a adressé un high five. La semaine prochaine, le Club Bruges se déplace au Bosuil. Une nouvelle fois, il faudra se battre : BluvnGoan.