Nous sommes le 20 décembre 2015. A une heure trente du coup d'envoi du choc au Club Bruges, l'imposant car des joueurs anderlechtois pénètre sur le parking du stade Jan Breydel, côté visiteur. Un absent de marque : KaraMbodj, suspendu pour avoir pris deux cartons jaunes le week-end précédent à Ostende. Son remplaçant, MichaëlHeylen, lui, est bien là. Imperturbable, il regarde par la fenêtre tandis que ses écouteurs crachent du hip hop et du R&B. Heylen (21) a appris la veille qu'il serait titulaire. Détail intéressant : l'Anversois n'a pas encore joué une seule minute cette saison en championnat. Pourtant, il n'est pas du tout nerveux. " Je ne l'ai jamais vu tendu, il a des nerfs d'acier ", dit un équipier.
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Nous sommes le 20 décembre 2015. A une heure trente du coup d'envoi du choc au Club Bruges, l'imposant car des joueurs anderlechtois pénètre sur le parking du stade Jan Breydel, côté visiteur. Un absent de marque : KaraMbodj, suspendu pour avoir pris deux cartons jaunes le week-end précédent à Ostende. Son remplaçant, MichaëlHeylen, lui, est bien là. Imperturbable, il regarde par la fenêtre tandis que ses écouteurs crachent du hip hop et du R&B. Heylen (21) a appris la veille qu'il serait titulaire. Détail intéressant : l'Anversois n'a pas encore joué une seule minute cette saison en championnat. Pourtant, il n'est pas du tout nerveux. " Je ne l'ai jamais vu tendu, il a des nerfs d'acier ", dit un équipier. A Bruges, Michaël Heylen fait parler de lui en bien. Malgré le manque de rythme, il met JelleVossen dans sa poche avec une facilité déconcertante. Même quelques crampes ne l'empêchent pas de faire du grand rectangle sa plaine de jeux. Après le match, les SMS défilent sur son GSM. Ses équipiers - SilvioProto en tête - font la file pour le féliciter. RogerVandenStock le secoue et, un peu plus loin, il s'en faut de peu que HermanVanHolsbeeck l'embrasse. Trois jours plus tard, contre Lokeren, Heylen prend à nouveau place sur le banc sans sourciller. Le citoyen de Wommelgem peut se contenter d'une place dans l'ombre d'OlivierDeschacht et de Kara. En diablotins, au K. Ternesse V.V., club de P1 anversoise, il lui est déjà arrivé de prendre place sur le banc également, même si cela n'avait rien à voir avec ses qualités. " Michaël arrivait souvent en retard aux matches ", se souvient DirkSomers, son premier entraîneur. " Les joueurs devaient être au rendez-vous une heure trente avant le match mais son père était indépendant et sa mère éprouvait des difficultés à l'amener à temps car elle avait deux autres enfants. Je me suis souvent disputé avec elle. Elle ne comprenait pas que Michaël soit puni à cause d'elle mais, vis-à-vis des autres joueurs, je ne pouvais pas le titulariser. Après le match, tout le monde devait prendre sa douche au club : ça aussi, ça posait des problèmes avec sa mère. Michaël dit toujours qu'il n'a jamais connu d'entraîneur plus sévère que moi. " A l'âge de 9 ans, il est parti au GBA. UrbainHaesaert et KoenMichiels, respectivement scout et entraîneur du club fusionné aujourd'hui disparu, l'avaient repéré au cours d'un tournoi à Herentals. OlivierSomers, le fils de son entraîneur à Ternesse, l'accompagnait à Wilrijk, où il est arrivé en même temps que DavyRoef et où il est vite devenu le leader d'une équipe au sein de laquelle on retrouvait aussi TortolLumanza. " Il était chargé de rappeler les autres joueurs à l'ordre ", rigole son père, DanielHeylen. " Lors des tournois à l'étranger, on le mettait souvent dans la même chambre qu'un joueur difficile parce que l'entraîneur se disait qu'avec Michaël, il ne ferait pas de bêtises. " A l'époque, Heylen n'était pas très doué techniquement. Il retroussait ses manches et intimidait l'adversaire par sa puissance. " Très jeune, déjà, il était costaud ", se souvient Somers. " C'était la copie conforme de son père, Daniel, avec qui j'avais joué en provinciale à Ternesse et qui était également défenseur central. Un type terriblement dur sur l'homme. A l'entraînement, je m'arrangeais toujours pour être dans son équipe et je pense que les équipiers de Michaël se disaient la même chose. " Au cours des fêtes de fin d'année 2008, alors qu'il n'a pas encore 15 ans et qu'il évolue à Anderlecht depuis un peu plus d'une saison, le monde de Michaël Heylen s'écroulait. Christophe et sa soeur Valérie le voyaient maigrir à vue d'oeil. De 60 kilos, il passait à 45. " Ce fut une course contre-la-montre, nous ne savions pas ce qu'il avait ", dit Daniel. " Il allait beaucoup à selle puis le diagnostic est tombé : c'était la maladie de Crohn, un problème aux intestins. Il nous a fallu des mois pour trouver les bons médicaments puis le deuxième combat a commencé : il a fallu convaincre les mutuelles de rembourser le traitement, qui était très cher. Aujourd'hui, la maladie est sous contrôle. Il prend des compléments alimentaires prescrits par le médecin d'Anderlecht et on lui fait une perfusion toutes les six semaines. " Daniel s'est déjà demandé ce qui serait arrivé si son fils n'était pas tombé malade. " Je me dis parfois qu'il aurait fait une autre carrière. A l'époque, des clubs hollandais étaient intéressés mais nous n'avons jamais négocié car Michaël était au plus mal. Mais sans Anderlecht, il ne s'en serait pas sorti. Il n'a pas joué pendant un an et, physiquement, il lui a fallu deux ans pour rattraper son retard. De nombreux clubs l'auraient laissé tomber mais Anderlecht a attendu patiemment son retour. Le club l'a toujours beaucoup soutenu et, inversement, il se plaît beaucoup à Anderlecht. " Heylen était devenu entre-temps capitaine des espoirs et, en janvier 2013, JohnVandenBrom l'incorporait au noyau A. Il y était cependant rapidement dépassé par des pur-sang comme YouriTielemans, DennisPraet et LeanderDendoncker. HeinVanhaezebrouck tombait pourtant sous le charme et, en 2013-2014, il le faisait venir à Courtrai. La plupart du temps, les jeunes prêtés par de grands clubs se croient intouchables mais ce n'était pas le cas de Heylen. " Il n'avait pas le gros cou ", dit PatrickDeman, qui, à l'époque, entraînait les gardiens de Courtrai. " Ce n'était pas du tout le gars qui croyait que le monde tournait autour de lui. Par contre, il avait du charisme, il savait se faire remarquer. Mais il a dû composer avec la concurrence, se battre pour les points et les primes. " Au Stade des Eperons d'Or, on ne lui faisait pas de cadeau mais il gagnait rapidement sa place et devenait un des meilleurs arrières centraux de Jupiler Pro League. " Il fallait travailler son placement mais il avait de la taille - Hein aime ça - et réfléchissait rapidement. Il était assez intelligent pour comprendre très vite ce que Hein voulait. " Après 32 matches de championnat avec Courtrai, l'Anversois rentrait à Anderlecht, avec qui il effectuait ses débuts le 21 septembre 2014 face au Cercle. Pour son agent, EvertMaeschalck, il a percé sur le tard. " Son engagement est énorme et sa mentalité excellente. A Anderlecht, tout le monde n'était pas convaincu de son talent mais, petit à petit, les gens ont changé d'avis à son sujet. Ce qui me frappe le plus, c'est sa conscience professionnelle : je n'ai jamais dû lui taper sur les doigts. " Somers se souvient d'un seul dérapage : " Il venait de recevoir sa nouvelle voiture à Anderlecht. Ma femme et moi étions déjà au lit quand nous l'avons entendu arriver comme un fou. Ma femme l'a sérieusement engueulé d'autant que ça correspondait à la période de la mort de Junior Malanda. Je l'entends encore lui dire : " Ecoute, Michaël : tu as intérêt à lever le pied avec cette bagnole, sans quoi tu ne vivras plus longtemps. " Ces mots lui ont fait peur et il a présenté ses excuses. " PAR ALAIN ELIASY - PHOTOS BELGAIMAGE" Je ne l'ai jamais vu tendu. Il a des nerfs d'acier " UN DE SES COÉQUIPIERS AU SPORTING " De nombreux clubs l'auraient laissé tomber mais Anderlecht a attendu patiemment son retour. " SON PAPA, DANIEL