G oran Ljubojevic (23 ans) est affalé dans son siège, les jambes étendues. Il soupire. La question était pourtant simple : que peut-il nous raconter sur sa carrière avant Genk ?
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G oran Ljubojevic (23 ans) est affalé dans son siège, les jambes étendues. Il soupire. La question était pourtant simple : que peut-il nous raconter sur sa carrière avant Genk ? " J'ai d'abord joué à Osijek, avec RobertSpehar. Ensemble, nous avons marqué 37 buts. It was great. Auparavant, de 13 à 22 ans, j'ai été capitaine dans les équipes d'âge nationales. Le quotidien le plus lu de Croatie m'a décerné une année le trophée de jeune le plus talentueux. C'était quand DadoPrso a été élu Footballeur Pro de l'Année. A 21 ans, deuxième meilleur buteur après Spehar, j'ai rejoint le Dinamo Zagreb. Les journaux écrivaient que j'étais le nouveau DavorSuker. Il avait également été transféré d'Osijek à Zagreb et comme lui, j'avais marqué de nombreux buts. J'étais sur le point de devenir international. J'avais inscrit deux buts contre l'Angleterre en Espoirs et on me considérait comme une star en devenir. Selon les normes croates, j'ai donc été grassement payé. Las, tout s'est dégradé à Zagreb. Mes coéquipiers étaient jaloux et ils escomptaient que je marque cinq buts par match. Quand nous avons commencé à mal jouer, la pression est devenue trop forte et j'ai été écarté. J'ai tenté de trouver un autre club,... même si le Dinamo me répétait d'être patient. Mon histoire est vraiment longue, vous savez. Nous n'avons pas le temps... " Il pousse un nouveau soupir devant notre curiosité : " Un joueur, Niko Kranjcar, a appris que je gagnais deux fois plus que lui. Il était capitaine, il était de Zagreb et il a tenté de se débarrasser de moi, avec succès. Il ne me passait jamais le ballon, tout simplement. C'était horrible. The worst time of my life. Le pire moment de ma vie. La saison suivante, IvanBosnjak est passé du flanc droit à l'attaque et a vraiment bien joué de concert avec Da Silva. Je n'ai pas été aligné. J'ai perdu une année. Je voulais partir. Finalement, Saint-Gall, en Suisse, m'a enrôlé. J'ai accepté pour pouvoir jouer mais j'étais trop coûteux pour y séjourner plus d'un semestre. Entre-temps, Bosnjak avait rejoint Genk et Zagreb voulait me récupérer. J'ai disputé pas mal de matches pendant la préparation mais l'entraîneur a préféré miser sur le contre et donc sur un seul avant-centre vif pour les qualification en Ligue des Champions. J'étais de nouveau confronté à un problème. Je ne suis pas entré au jeu contre Arsenal, alors que nous étions menés 0-2. C'était un manque de respect, compte tenu des buts que j'avais déjà marqués. Pour la énième fois, j'ai donc demandé à partir ". N'est-il pas partiellement responsable de ses problèmes ? " Ma pire erreur a été de retourner à Zagreb après l'épisode suisse. J'ai perdu deux ans. Zagreb a tué mon rêve. Car le père de Niko Kranjcar est devenu entraîneur. J'étais donc fichu. Je ne supporte pas que des aspects extra sportifs polluent le football. On joue bien ou on joue mal. Je suis donc heureux d'être ici et de repartir à zéro. Là-bas, j'ai moi-même diminué mon salaire pour résoudre le problème. Le club a trouvé ça génial. Quel geste ! En championnat, j'ai alors marqué trois buts en cinq matches. C'est ainsi que Genk m'a remarqué ". Vous avez vraiment pris l'initiative de renoncer à une partie de vos émoluments ? " Bon, d'accord,... le vice-président a suggéré qu'il vaudrait mieux renoncer à 25 % de mon salaire. Il dirait alors aux observateurs que je l'avais personnellement proposé. J'ai accepté à condition de jouer mais le club n'a pas tenu sa parole. Il faut l'avoir vécu pour le croire ". Il a tiré des leçons de cet épisode : " Il faut travailler tant et plus. Avoir confiance en ses moyens car les autres peuvent vous démolir. J'aurais vraiment dû quitter Zagreb plus tôt. Naletilic, mon manager, avait la possibilité de me caser à la Sampdoria mais les Croates ne font pas partie de l'Union européenne. J'ai appris que je pouvais aussi signer au Club Bruges mais certaines personnes ont fait circuler des e-mails racontant que j'étais un fou, un idiot. Jerko Leko a vécu ça à Monaco aussi. On a insinué qu'il abusait de l'alcool et des choses pareilles. A 18 ans, international Junior, j'ai eu l'opportunité de signer à l'Ajax. Leo Beenhakker en était alors le directeur technique et me proposait un contrat de quatre ans. Je me suis entraîné cinq jours avec l'équipe fanion. Quel rêve... Mais mon club était trop gourmand. Il exigeait 2,5 millions d'euros. C'était bien trop pour un adolescent. Beenhakker a donc remisé le contrat dans un tiroir. Sept mois plus tard, je devais normalement être libre. Ronald Koeman et Ton Pronk sont venus me visionner au moment où je ne jouais pas à Zagreb... Maintenant, je suis à Genk, avide de revanche. Très avide, très motivé ". En fin de compte, y a-t-il quelque chose que nous ne pouvons savoir à son sujet ? Il comprend que c'est du second degré mais ne rit pas : " Je dis parfois tout ce que j'ai sur le c£ur et peut-être vous ai-je expliqué des choses que j'aurais mieux fait de taire, à propos de Kranjcar, car il est une vedette en Croatie. Néanmoins, je suis las de ces gens au mauvais fond et il fallait que ça sorte. Vous comprenez ? Je déteste faire banquette. Après deux saisons pareilles, je ne le supporte plus. Je ne pense plus à l'argent : je veux jouer ". RAOUL DE GROOTE