Disputer un tournoi sur ses terres peut constituer un avantage important, comme l'a expérimenté le sélectionneur français, Didier Deschamps (47 ans), quand les Bleus ont plongé l'Hexagone dans le délire en remportant la Coupe du Monde 1998.
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Disputer un tournoi sur ses terres peut constituer un avantage important, comme l'a expérimenté le sélectionneur français, Didier Deschamps (47 ans), quand les Bleus ont plongé l'Hexagone dans le délire en remportant la Coupe du Monde 1998. Quand DD a repris les rênes de l'équipe nationale en juillet 2012, celle-ci était une bête blessée, déchirée par les dissensions internes qui lui avaient valu de rentrer d'Afrique du Sud le rouge aux joues. Quatre ans plus tard, la France figure à nouveau parmi les favoris de l'EURO qui se dispute sur ses terres. Toutefois, faute de matches de qualification ces deux dernières années, il est difficile de porter un jugement valable sur l'équipe. Il y a deux semaines, la France s'est imposée aux Pays-Bas alors qu'elle était privée de Franck Ribéry, retraité de l'équipe nationale qui a toutefois récemment entrouvert la porte à un retour, et de Karim Benzema, qui n'est plus sélectionné depuis le scandale du chantage à propos de la sextape de Mathieu Valbuena. DIDIER DESCHAMPS : Il y en a beaucoup. L'Allemagne, l'Espagne, l'Italie. Nous ne devons pas non plus oublier la Belgique, jusqu'il y a peu numéro un mondial. Notre équipe est ambitieuse et veut aller loin mais il ne faut pas perdre de vue les pays de plus petite taille car beaucoup de leurs joueurs évoluent dans de grands championnats. DESCHAMPS : Nos joueurs ont retrouvé la fierté d'enfiler le maillot de l'équipe nationale. Nous avons une équipe très jeune mais la plupart de nos internationaux jouent dans de grands clubs européens. Nous disposons de footballeurs très talentueux mais nous ne connaîtrons le succès que si chacun se place au service de l'équipe. DESCHAMPS : On ne remplace pas des matches à enjeu comme ça. On n'a pas l'adrénaline de la lutte. J'ai demandé des matches contre les meilleurs adversaires d'Europe et même du monde pour affûter mon équipe et être en mesure de la jauger. L'avantage, c'est que j'ai pu tester beaucoup de joueurs dans ces matches. J'ai souvent modifié ma composition d'équipe, ce qui n'aurait pas été possible si nous avions dû disputer des matches de qualification. Nous avons disputé de bons matches, des moins bons et des mauvais mais par expérience, je sais qu'une préparation n'apprend pas tout. On ne découvre sa véritable valeur que pendant le tournoi. DESCHAMPS : Le tournoi sera réussi si nous le gagnons. Il sera un échec si nous ne nous qualifions pas pour la finale. Le premier match, contre la Roumanie, constituera une première indication. Nous saurons où nous en sommes. DESCHAMPS : On ne peut effacer ça des mémoires d'un coup de baguette magique mais il faut aller de l'avant, sans avoir peur. J'espère que ce qui s'est passé le 13 novembre ne se reproduira plus jamais. Sur le terrain, tout se déroulait normalement mais après, nous avons vécu des moments très durs. Plusieurs joueurs étaient directement concernés par les suites des autres attentats qui ont endeuillé Paris. Par respect envers les Allemands, toute la sélection est aussi restée au stade, tard le soir, jusqu'à ce qu'on trouve une solution pour eux. DESCHAMPS : Je ne le fais pas seul. Je réfléchis longuement avant de trancher. De fait, pour certains postes, j'ai quatre joueurs de haut niveau. Je dois reprendre ceux qui conviennent le mieux à notre système. Je veux que mon équipe monopolise le ballon et joue vers l'avant. Ce ne sera pas facile contre l'Allemagne ou l'Espagne. Désormais, toutes les équipes savent défendre. Ce qui compte, c'est d'avoir des solutions offensives. Nous avons d'excellents automatismes, ce qui est déjà très positif. DESCHAMPS : Kingsley Coman n'a que vingt ans mais il joue déjà au Bayern. Ce n'est pas rien. L'expérience est importante, évidemment, mais la qualité fait la différence. Au Brésil aussi, j'alignais huit internationaux de moins de 25 ans. Ils ont acquis de l'expérience là, comme les jeunes actuels vont le faire pendant l'EURO. Travailler avec ces jeunes si doués est fantastique. DESCHAMPS : Il est parti très jeune à la Juventus. Il y était cinquième ou sixième dans la hiérarchie des attaquants et n'a guère joué mais il y a beaucoup appris et le système de jeu du Bayern lui convient sans doute mieux, même s'il est en concurrence avec trois autres internationaux à sa position. DESCHAMPS : Notre capitaine, Hugo Lloris, Patrice Evra, un des plus chevronnés, mais aussi Raphaël Varane, qui prend déjà ses responsabilités, comme Lassana Diarra. Je demande à mes joueurs de bien communiquer. C'est la meilleure façon de résoudre les problèmes sur le terrain. DESCHAMPS : De mieux en mieux. Il est logique qu'on attende beaucoup de lui puisque son talent le place au-dessus des autres. Il peut faire la différence. Il est capable de gérer cette pression, selon moi, même s'il n'a encore que 23 ans. Je ne m'attends pas à ce qu'il marque trois buts par match mais je lui fais entièrement confiance. DESCHAMPS : C'est un médian moderne. Pas très grand mais très utile. Kanté récupère le ballon, opère rapidement la transition, est omniprésent et a toujours une solution. Un vrai box-to-box, comme disent les Anglais. Il était moins sous les feux de la rampe à Boulogne-sur-Mer et à Caen, même s'il était déjà très fort. Je suis curieux de voir ce qu'il peut nous apporter, dans un environnement nouveau pour lui. DESCHAMPS : La pression, nous y sommes habitués, non ? Pour moi, il est question d'adrénaline, d'aptitude à repousser ses limites. Je crois que des attentes élevées ont un effet positif, qu'elles libèrent une énergie supplémentaire. Kingsley Coman, Paul Pogba, Anthony Martial et Raphaël Varane jouent au Bayern, à la Juventus, à Manchester United et au Real. Semaine après semaine, ils sont confrontés à des attentes très élevées et ils gèrent très bien cette situation. DESCHAMPS : Pas vraiment. Evidemment, un gouffre sépare le PSG des autres mais ça nous permet aussi d'offrir leur chance à de nombreux jeunes talents. La plupart des internationaux évoluent à l'étranger. Les 23 footballeurs sélectionnés contre les Pays-Bas et la Russie étaient issus de vingt clubs différents. Seuls cinq joueurs portent encore le maillot d'un club français. DESCHAMPS : Je le répète : ce n'est pas de la pression. Ça doit faire gicler plus d'adrénaline dans nos veines. Je pense que l'avantage du terrain est réel, même si, jusqu'à présent, seules trois nations sont parvenues à remporter l'EURO qu'elles organisaient : l'Espagne en 1964, l'Italie en 1968 et nous en 1984. Nous ne voulons pas nous accrocher au passé mais écrire une page d'histoire en 2016. Je serais très heureux que la France gagne un championnat d'Europe tous les seize ans. PAR HARDY HASSELBRUCH - PHOTOS BELGAIMAGE" La pression ? Pour moi, c'est de l'adrénaline. " - DIDIER DESCHAMPS